William Z. Villain : Stone Digging Interview

Veinards ! Après la sortie de son album Stonedigger en octobre 2018, William Z. Villain revient sillonner les routes françaises en très bonne compagnie. Nous l’avions rencontré il y a quelques mois, l’occasion de revenir avec lui sur la genèse d’un son inclassable, résolument Blues Power

HdO : Hello Bill, ou plutôt William, William Z. Villain, un personnage bien mystérieux. Quand est-il né d’ailleurs ?

William Z. Villain : Je crois que la première fois où j’ai joué sous le nom de William Z. Villain, c’était en 2012. J’ai commencé à jouer dans une église transformée en restaurant à Madison, dans le Wisconsin, où ils organisaient des concerts en sous-sol. J’y jouais et accessoirement je débarassais les tables, je faisais la plonge…

HdO : Mais quel est le point de départ de tout ça, la source d’inspiration de tes premières chansons, de ton goût pour l’étrange ?

William Z. Villain : J’ai été très inspiré par « Docteur Mabuse, le joueur », le film de Fritz Lang, particulièrement sur la chanson de mon premier album, Tippy Tippy Top, dont j’ai écrit le refrain par plaisanterie. Je marchais dans la rue et j’ai commencé à le chantonner en imaginant que les gens se mettaient à gonfler, ce qui me faisait bien rire (il se met à chanter) puis la ligne mélodique change, tout s’écroule et ça devient très sombre (chantant le passage en question). C’est là où j’imagine le Docteur Mabuse utilisant ses pouvoir psychiques pour contrôler autrui, indifférent à leurs supplications – « s’il vous plaît, laissez-moi vivre ! » -, afin de pouvoir tricher aux cartes. Pourtant, je n’ai jamais pris possession de l’esprit de quelqu’un…

HdO : Pas encore !

William Z. Villain : … du moins je ne l’ai jamais fait publiquement. Donc, oui, c’est définitivement un concept, William Z. Villain est un personnage de fiction, mais c’est comme pour tout, c’est à toi, à ceux qui écoutent, de décider de l’intention qu’il y a derrière. Tiens, imaginons que je n’arrête pas de regarder l’heure sur mon téléphone portable, c’est toi qui va décider si c’est impoli ou pas. C’est toi uniquement qui a le contrôle de ta perception de la réalité, de ce qui est bien ou mal, intelligent ou idiot, élégant ou affreux ; c’est le libre arbitre de chacun qui décide de tout ça. Je crois que, particulièrement dans le domaine de l’art et de la musique, un point de vue objectif est vraiment difficile à prouver.

HdO : Mis à part des films comme « Docteur Mabuse », quelles sont tes source d’inspiration ?

William Z. Villain : Absolument tout, je ne vais pas essayer de faire croire que je ne suis inspiré que par des trucs « cool ». Une visite à l’épicerie du coin, une musique ringarde écoutée par hasard – ou du moins jugée ringarde -, de la musique classique… Je suis souvent surpris, après coup, de découvrir que ce que j’écris a pu être influencé par telle ou telle chose.

HdO : Ton premier album, comme Stonedigger, était déjà enregistré et produit en France. Par quel enchaînement de circonstances est-tu arrivé de ton Wisconsin natal ?

William Z. Villain : En fait, j’ai enregistré mon premier album tout seul dans mon coin et les Editions Miliani (précédémment appelé Normandeep Blues) l’ont remastérisé et sorti en vinyl ; je n’avais édité qu’une cassette à l’époque. J’ai fait une tournée en France et Nicolas* avait déjà dans l’idée de me faire enregistrer un second album. Jean-Pierre Maillard, un excellent ingénieur du son avec qui je travaillais sur la tournée, m’a fait venir à Grenoble. J’avais déjà enregistré la plupart des démos mais sur certains morceaux, nous avons vraiment nourri les arrangements, la qualité sonore…

HdO : C’est vrai que la production de Stonedigger semble plus soignée.

William Z. Villain : Oui, et c’est quelque chose qui me faisait un peu peur à vrai dire, je craignais d’y perdre en gagnant en sophistication. Mais au final, je suis vraiment content du résultat. Et puis, j’ai découvert quelque chose d’intéressant : une œuvre d’art n’est jamais vraiment terminée, elle est plutôt… abandonnée.

HdO : Abandonnée ?

William Z. Villain : Oui, il me semble impossible de dire à propos d’une chanson : « elle est parfaite telle qu’elle est, il n’y a plus rien à changer ». Il faut juste se dire, « ça suffit, j’arrête », exactement comme avec une peinture. Il s’agit plutôt de la photographie d’une chanson à un moment précis, à une date précise.

HdO : Et donc, sur scène, ce sont d’autres photographies qui nous sont données à voir, enfin, à entendre.

William Z. Villain : Exactement ! Pour le premier album, je tournais tout seul, ce qui impliquait certaines limites, et certaines opportunités. Pour celui-ci, je suis accompagné sur scène par Lucien Chatin, un batteur très talentueux, ce qui change un peu la donne. D’ailleurs, je dis « talentueux », non, attends, je ne devrais pas dire ça, mais plutôt que c’est quelqu’un qui travaille dur et qui joue très bien. Lorsque l’on parle de talent, cela induit une déresponsabilisation qui ne me plaît pas plus que ça. En tout cas, les concerts, l’énergie, sont très différents, et je m’amuse beaucoup. Le public aussi apparemment.

HdO : Tu as également introduit le piano, que tu joues sur le très joli I Wonder.

William Z. Willain : Oui, je me suis cassé la main juste avant ma première grosse tournée française et du coup comme il y avait un rappel et que j’avais le clavier à disposition, j’ai eu l’idée de cette reprise d’un titre très populaire pendant la 2nde guerre mondiale. Le morceau a été écrit par un soldat, Cecil Gant, et traduit la mélancolie de celui qui se demande, à des milliers de kilomètres de là, où est la femme qu’il aime. Rien d’étonnant à ce que le morceau soit devenu un hit à l’époque.

HdO : Ton nouvel album s’appelle Stonedigger, mais de quelles pierres parles-tu ?

William Z. Villain : On en revient toujours au même point… Là aussi, c’est une histoire de perspective, de choix, un mélange de plusieurs choses. Les pierres, les murs, sont partout, comme un monde minéral qui nous entoure. Particulièrement ici, à Paris, où tout semble fait de briques, de béton. Cest à mille lieux de là où je vis, en pleine campagne, avec ma copine, une véritable passionnée de jardinage. Moi, je ne suis qu’un amateur, à peine son assistant.

Album Stonedigger - William Z Villain
William Z Villain – Stonedigger

HdO : Moi qui te croyais maraîcher, du moins, c’est ce que j’avais lu…

William Z. Villain : C’est vrai que j’ai fait un stage dans une ferme connue pour la permaculture aux Etats-Unis et qu’à l’époque de mon premier album, j’y travaillais à mi-temps. Je vis dans l’ouest du Wisconsin, une région plus vallonnée, sillonnée de cours d’eau, magnifique, encore épargnée par l’agriculture industrielle. Alors peut-être qu’à ma manière, là-bas, je suis vraiment un « stonedigger** ».

HdO : Tu es venu avec ta guitare et plusieurs autres instruments. Celui-ci m’intrigue, qu’est-ce que c’est ?

William Z. Villain : C’est une trois cordes, un peu comme un instrument grec.

Il l’empoigne et commence à plaquer quelques notes et le blues s’invite sur les bords de la Méditerranée.

HdO : Mais où l’as-tu trouvée ?

William Z. Villain : Je l’ai faite ! C’est moi qui l’ai conçue.

Il continue à jouer et son improvisation se mêle curieusement au tintement des verres et aux éclats de voix du café où nous nous trouvons, si typiquement parisien. J’en profite pour lui raconter une exposition d’instruments anciens dans un musée d’Héraklion.

William Z. Villain : Super cool ! Quand j’ai montré cet instruments à des Grecs, ils m’ont dit que c’était une sorte de trichordo ou de baglama. Normalement ils ont des doubles cordes, mais le design de cet instrument a été imaginé par un Américain et était normalement destiné à un dulcimer – Joni Mitchell jouait du dulcimer -, alors je me le suis approprié. C’est génial car on peut l’emmener partout, le montrer, le partager, et c’est vraiment ce que je recherche.

HdO : L’authenticité, le partage, c’est important pour toi ?

William Z. Villain : L’authenticité, c’est tout ce que j’aime, j’aime les choses – que ce soit des gens, des objets, des accents, des danses, des vêtements – qui ont une véritable histoire. Quand je pense à tous ces gens qui sont venus aux Etats-Unis, ces migrants avec leurs cultures si diverses, échoués là comme après un orage, et qui une fois l’orage passé ont tout reconstruit et partagé leurs savoirs, je trouve ça fantastique.

HdO : Bill, pour finir, j’ai une question vraiment importante. Quel serait à ton avis le menu idéal pour accompagner ta musique ?

William Z. Villain : Parfois je vais pêcher à côté de chez moi, et la chose que je préfère par-dessus tout, pour une occasion spéciale – je ne mange pas du poisson tous les jours -, c’est la truite cuite en plein air, sur un feu de bois. Mais bon, je ne tiens pas à passer pour un bourreau qui massacre des poissons à main nue et les plante sauvagement sur un pique ! On pourrait aussi essayer le riz aux légumes frits avec des oeufs, c’est quelque chose que je mange souvent, et c’est pacifique…

HdO : Et pour finir, un fromage français ?

William Z. Villain : Mais oui, pourvu que ce soit un vrai, qu’il soit du terroir !

 


 

Concerts : William Z. Villain joue le 20 mars à Lorient à l’Hydrophone – avec Jeanne Added ! -, le 21 mars à Saint-Malo à La Nouvelle Vague, le 22 mars à Rambouillet, le 23 à Liège (heureux Belges), le 27 mars à Toulouse au Metronum avec Delgres (un concert à ne pas manquer !), le 29 mars à Nilvange avec Bjorn Berge et le 30 mars à Saint-Pierre Les Elbeuf.

 


 

*Nicolas Miliani, d’où le nom des fameuses Editions.

** Etre un stonedigger, c’est à dire une sorte de mineur de l’impossible, un casseur de pierres, suggère une métaphore de l’utopie. Enfin, quelque chose d’approchant…

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