Rover : Interview

Quelques mois seulement après la sortie de son premier album éponyme, Rover n’en finissait plus de faire ce qu’on appelle « le buzz ». Sur le net, à la radio, à la télévision, il a promené un peu partout son imposante silhouette pour parler de son premier album, de ce sinueux parcours qui l’a entraîné à travers le monde… Avec d’autres artistes – Nadeah (rock), François and the Atlas Mountain (pop sous influences), Claire Denamur (chanson française), ou encore Christine (« platinistes » électro) –, il a d’ailleurs été sélectionné par l’Adami pour une série de dates dans les plus grands festivals internationaux. Ce qui ne l’a pas empêché de se prêter au jeu des questions et des réponses pour www.horsdoeuvre.fr

Souriant, il tend la main : « Bonjour, Timothée. » Timothée… Le ton est donné, car Rover est français, même s’il chante en anglais des chansons mélancoliques, vagabondes ou exaltées. « I’ve been to London, seen seven wonders. I know to trip is just to fall » chantait Led Zeppelin dans… The Rover. Mais il y a fort à parier que Rover n’est pas près de trébucher…

Hors d’œuvre : La France vient de découvrir Rover et c’est plutôt une bonne surprise, mais qui est-il vraiment ? Le double parfait de Timothée Régnier, ou quelqu’un d’autre ?

Timothée Régnier : C’est vraiment mon double parfait ! Je fais très peu de différence entre le projet que j’incarne, Rover, que ce soit sur scène ou à la ville, et ce que je suis, moi. Il n’y a pas de costume de scène, ou alors très peu… Je pense Rover, je dors Rover, je me réveille Rover (rires…). Si c’était un costume – mais cela n’en n’est pas un –, il serait vraiment très confortable. Il me permet de compenser et de supporter beaucoup de choses…

HdO : Mais tout de même, Rover est un projet musical ?

Timothée Régnier : Bien sûr, un projet de vie en tout cas… J’essaie d’y mettre le maximum de sincérité, de toucher à des émotions qui nous échappent au quotidien. C’est une manière d’arrêter le temps, de retrouver certaines sensations de l’enfance, ou ces moments privilégiés, ces rencontres qui comptent, les moments durs et tristes, ces sentiments un peu extrêmes que l’on traverse dans un état de conscience, ou d’inconscience… Le tout mis en musique avec respect, car je respecte beaucoup la musique…

HdO : Du coup, cette musique est-elle vraiment différente de ce que tu as pu faire par le passé ? (Avec son frère Jérémie Régnier et le musicien Zeid Hamdan, Timothée faisait partie au Liban du groupe The New Government, ndlr.)

Timothée Régnier : La différence principale, c’est l’habillage, les arrangements… quoiqu’en y réfléchissant bien, c’est tout de même sensiblement différent. L’intention est autre, et c’est une autre approche de l’écriture, une autre approche esthétique, même si dans le fond j’emploie les mêmes instruments et des sonorités assez similaires. Comme s’il s’agissait de deux frères : le même sang coule dans leurs veines mais leurs personnalités sont différentes, et tant mieux ! Rover est de toute façon absolument personnel, il ne se raccroche à aucune tendance. C’était d’ailleurs dans mon cahier des charges au début !

HdO : Tu avais donc une idée si définie de ce que tu voulais faire dès le départ ?

Timothée Régnier : Oui et non. Je voulais être seul et avoir le maximum de liberté, ne surtout pas me censurer, ne pas avoir peur de sonner « comme ». C’est souvent ce qui arrive dans un groupe de rock, on se dit : « Pas ça, on l’a déjà entendu ! »

HdO : Justement, ton album fourmille d’allusions, de ressemblances, d’hommages en quelque sorte, aux musiques des années 1960-1980…

Timothée Régnier : Mes influences sont complètement assumées ! En commençant par la musique pop des années 1960, avec des groupes comme les Beatles évidemment, les Beach Boys et Brian Wilson, David Bowie, Dylan, puis des groupe plus contemporains comme Interpol, Joy Division, sans oublier les Français : Gainsbourg, Bertrand Belin, Mathieu Boogaerts… Il y a aussi la musique classique, Bach surtout, pour l’harmonie et le contrepoint, mais là on atteint l’intouchable en art, un peu comme pour Léonard de Vinci. Enfin à mon avis, moi, humble musicien qui sait à peine lire une portée…

http://www.youtube.com/watch?v=lbvuknyfe3k&feature=relmfu

HdO : Tu n’as donc pas étudié la musique ?

Timothée Régnier : Non, je pratique la musique depuis mon plus jeune âge, mais en autodidacte. C’est sûrement cette approche atypique qui m’a permis de prendre plus de liberté, de ne pas avoir peur des dissonances, de casser quelques codes.

HdO : Ton travail sur la voix est néanmoins très important, tu n’hésites pas à l’utiliser au maximum, avec des superpositions, par exemple…

Timothée Régnier : En studio, j’aime beaucoup, de manière un peu naïve, travailler encore et toujours sur l’harmonie. L’approche reste pourtant assez sauvage, assez terrienne et brutale. Cela correspond aux formes d’art que j’apprécie, en poésie par exemple.

HdO : Des auteurs en particulier ont pu t’inspirer ?

Timothée Régnier : Rimbaud correspond bien à ce que je viens de décrire, cette poésie terrienne, âpre…

HdO : Rover comme un Bateau ivre ?

Timothée Régnier : Oui, peut-être, même si je ne bois pas (rires…). Et pour continuer à parler d’art, Van Gogh a aussi cette approche dénuée de tout compromis. J’aime ces choses qui ne sont pas dans la séduction, comme une forme de thérapie dans le travail, une photographie de ce que l’on a en tête. J’aime bien ce travail-là… Enfin, pour en revenir à la superposition des voix, bien sûr ! Dès que j’ai eu un quatre-pistes K7, je me suis amusé à superposer, à balancer, jusqu’à me rendre compte qu’une seule note pouvait être accompagnée de cinq autres voix, avec pourquoi pas une sixième pour faire tout chavirer, puisqu’on parlait du Bateau ivre

HdO : Mais comment adapter cela sur scène ?

Timothée Régnier : C’est très différent, je propose l’ossature de la chanson, c’est ça, quelque chose d’assez osseux, de nu. Je me suis aperçu qu’il m’arrivait inconsciemment de compenser le manque d’instruments, le manque de voix – hélas ! je n’ai pas les Beach Boys à côté de moi (rires…) – en tentant de restituer les harmonies avec ma seule tessiture, de naviguer, d’opter pour une voix la plus pleine possible, avec un panel harmonique très riche, en toute humilité bien sûr. C’est le genre de défi qui me plaît… Par exemple, en studio, c’est ce qui m’a poussé dans les aigus, parce que je n’avais pas d’orgue pour m’accompagner.

HdO : Et la réception de l’album en live, tes premières impressions ?

Timothée Régnier : On a fait une date à la Maroquinerie qui était archi pleine avec un public plus qu’au rendez-vous, ce qui m’a complètement surpris. En fait, ça m’a brûlé la moitié du cerveau, je ne m’y attendais pas (rires…) ! Des chansons nées dans une chambre qui finissent par être reprises par 400 personnes, ça va faire cliché ce que je dis, mais c’est vraiment un moment d’échange fantastique, réel, ce que je n’avais jamais connu, puisqu’auparavant j’étais plus dans la présentation du projet. Les gens sont désormais imprégnés de l’ambiance du disque et du personnage (s’il y en a un), ils ont des attentes… Quand j’ai eu ce public complètement dingue en face de moi, ça m’a littéralement coupé les jambes. C’était fantastique, et j’espère revivre ça un jour…

HdO : Une tournée est d’ailleurs prévue…

Timothée Régnier : Oui, une très belle tournée, et puis nous avons la chance d’avoir été sélectionnés par l’Adami,qui met en avant plusieurs artistes dans le cadre de festivals programmés cet été. Pour notre part, il y aura Solidays, le Art Rock à Saint-Brieuc, le Paléo Festival et les Botaniques à Bruxelles. Moi qui suis un grand amoureux de la Belgique !

HdO : Tu as collaboré avec plusieurs réalisateurs pour des musiques de film (Montparnasse de Mikhaël Hers, Une aventure new-yorkaise d’Olivier Lécot et Le Jour de la grenouille de Béatrice Pollet), mais aussi en tant que comédien. Hasard ou envie d’aborder différemment la musique ?

Timothée Régnier : Le hasard, complètement ! Je vais très rarement au cinéma et j’ai un rapport à l’image très particulier, fait de réticences… Chez moi, je n’ai pas la télévision, pas Internet. C’est pour cela qu’à chaque fois, c’était une approche assez légère, assez ludique de ma part, et très curieuse, un peu comme si je rencontrais quelqu’un d’une autre religion (sourire). C’est vraiment un autre métier, et tant que cela ne rentrait pas dans mon intimité, sans violence ni agressivité pour ce que je suis vraiment, j’ai pu me prêter au jeu. Le résultat : ces très belles expériences. Pour les musiques de film, c’est un peu la même chose, un exercice atypique à pratiquer avec du recul, une sorte de collaboration où on laisse l’autre prendre un peu plus les commandes.

http://www.youtube.com/watch?v=AL6ZpK8v-SM&feature=relmfu

HdO : Tu as dit quelque part que « la frustration en musique était importante ». Que voulais-tu dire par là ?

Timothée Régnier : Que j’apprécie les musiques tout en retenue, où l’on ne lâche jamais tout à fait les chevaux. J’aime bien cette expression… J’aime aussi cette frustration éprouvée au moment de la composition d’une chanson, où le manque devient physique et où l’on se presse, vite, vite, vite, où l’inconfort grandit, même si l’urgence n’existe pas vraiment. Je trouve que ces exigences ont du bon. Cela dit, pour ma part, je travaille beaucoup en amont, silencieusement, caché.

HdO : Une retenue à relier à ce « romantisme » dont on te parle souvent ?

Timothée Régnier : Absolument, un romantisme fait de beaucoup de mélancolie, terne et dur. J’entretiens avec la tristesse un rapport assez particulier, je ne la considère pas comme un ennemi. Les sentiments négatifs peuvent être nos alliés et nous aider à rebondir.

HdO : Une « nourriture terrestre » dont Rover se servira pour continuer son parcours ?

Timothée Régnier : J’y pense tout les jours. Lorsque j’ai conçu mon premier album, dans ma tête, j’en étais déjà au troisième… Et même si ce disque n’a finalement été écrit que pour moi et pas pour être écouté, je l’ai remis entre les mains du public : une expérience un peu violente mais formidable. Les idées se pressent, mais je me dis que si Rover ne doit faire qu’un album, il n’y en aura qu’un. Je n’ai aucun plan de carrière, aucun…

Pour connaître les dates de concert de Rover : http://www.facebook.com/musicrover

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4 avis pour “Rover : Interview

  • 11/05/2012

    Merci Christelle ! Je suis ravie que vous ayez apprécié cette interview : l’occasion en effet de découvrir une personnalité, et une musique, vraiment originales…

  • 20/04/2012

    C’est vraiment top ce que tu as fait de ton site, Caroline (et j’inclus tous ceux qui y contribuent, bien entendu). Bravo !

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