Balthazar en interview

Quatre mois après avoir fait la première partie des Editors, le groupe Balthazar revient en tête d’affiche au Trianon ce 11 février 2014. J’attends avec une certaine impatience le concert de ces cinq Belges (Patricia Vanneste, Maarten Devoldere, Jinte Deprez, Simon Casier et Christophe Claey), après avoir été emballé cet été par leur live à Rock en Seine. La voix un peu brisée de Maarten et les envolées plus pop de Jinte s’harmonisent parfaitement avec la mélancolie lancinante de leurs mélodies, et je me laisse embarquer une fois de plus par leur spleen, sombre et lumineux.

Quelques heures avant, je rencontre Patricia et Jinte dans les loges. Ils ont un peu le blues et sont visiblement fatigués par leur tournée mais ils sont charmants et drôles, et l’on s’entretient à bâtons rompus de texte biblique et… Beyoncé ! Non, Balthazar n’est définitivement pas un groupe triste.

[Actu mai 2015 : Depuis l’interview, Balthazar a sorti Thin Walls (mars 2015), l’album qui était alors encore à l’état de projet, et qu’ils évoquaient dans l’interview.]

Hors d’Oeuvre  : Vous êtes en pleine tournée européenne et ça se passe plutôt bien. C’est sold out un peu partout, et ce soir le Trianon à Paris ne déroge pas à la règle. Heureux de ce succès ?

Patricia Vanneste : Oui, mais ce n’est pas trop soudain non plus, c’est graduel. On joue depuis dix ans. C’est difficile, je pense, de passer de l’état d’inconnu à un gros succès d’un coup. Nous, on vit ça pas à pas. On est contents de voir que les salles grandissent au fur et à mesure et qu’il y a de plus en plus de monde qui nous suit en Allemagne, aux Pays-Bas, en France, en Angleterre…

Jinte Deprez : Oui, c’est cool ! Mais c’est beaucoup de travail en fait. On a joué environ 123 shows l’an passé. Donc oui, c’est cool, de voir qu’on marche bien !

HdO : C’est primordial pour vous, de « faire le show » justement ?

Patricia : Oui, je pense que c’est un aspect important. On ne peut pas dire qu’on nous entende beaucoup à la radio. Il y a peut être deux ou trois radios qui nous suivent par pays. Ce n’est pas hyper commercial, Balthazar, donc si on veut attirer un public, il faut aller jouer et tourner…

HdO : Vous jouez tous plusieurs instruments dans le groupe, il me semble ?

Patricia : On se débrouille tous un peu. On est virtuoses dans aucun instrument, on aime bien en essayer d’autres, on chante tous aussi…

Jinte : Et c’est de la pop ! On essaye de ne pas avoir trop de limites, on peut se permettre des choses.

HdO : D’où vous vient ce nom, Balthazar ?

Jinte : Il n’y a pas vraiment une histoire précise en fait. Nous étions très jeunes quand nous avons commencé et pour notre premier concert, nous avions besoin d’un nom, et c’est venu…comme ça !

Patricia : Oui, comme ça ! On a commencé très vite à participer à des concours, après c’était difficile de changer de nom. On ne peut pas dire qu’on n’aime pas ce nom, mais en définitive c’est vrai qu’on n’a pas vraiment d’histoire avec, et c’est parfois un peu dommage.

Jinte : Nous avons eu des moments où nous trouvions ce prénom vraiment…très laid ! Mais maintenant, ça va ! Et puis, on peut le dire facilement dans toutes les langues, ça se prononce bien en anglais, français, espagnol… Finalement, nous sommes plutôt contents.

HdO : Oui, c’est assez joli comme nom en fait. Sinon, vous vous êtes rencontrés comment ?

Jinte : Dans la rue, d’abord. Juste pour gagner un peu d’argent. Marteen et Patricia jouaient d’un côté, moi de l’autre, et puis on a fini par se rencontrer.

Patricia : Il y a dix ans à peu près. On faisait de la musique à l’époque, mais séparément. On se connaît depuis l’adolescence.

HdO : Vous vous sentez typiquement Belges dans votre musique ?

Patricia : On ne passe plus beaucoup de temps en Belgique en fait ! On se sent Belges pas plus que ça… De toute façon, je crois qu’en Belgique, il y a moins ce côté « se sentir d’un pays » comme on peut le trouver aux Pays-Bas ou en France. On regarde ailleurs, on est très ouverts vers l’extérieur. On a beaucoup d’influences. On chante en anglais par exemple, ce qui est une évidence pour nous, les Belges.

Jinte : C’est un mix la Belgique. Un carrefour au milieu de l’Europe. Mais tu te sens toujours un outlaw quand tu es Belge… Et c’est un avantage en fait.

Balthazar Rats CoverHdO : Revenons à l’album. Il y a une signification particulière concernant son titre énigmatique, Rats ?

Jinte : Il y a plusieurs raisons. Nous chantons des choses plutôt…laides (rires) ! Mais nous trouvons ça intéressant. Laids, comme les sentiments d’une personne peuvent être parfois…pas trop romantiques en fait, plutôt mélancoliques. Nous voulons voir la beauté dans la laideurRats, le titre est très beau comme ça, mais l’animal n’est pas terrible ! Et aussi parce que nous étions en sous-sol tout le temps, comme des rats justement !

Patricia : Et quatre lettres, ça sonne bien ! C’est court. Pourtant, la signification du mot à la base n’est pas très attirante effectivement. Et visuellement, il y a des lettres que l’on retrouve dans Balthazar. Du coup, c’est assez joli.

HdO : Vous citez souvent Serge Gainsbourg, notamment l’album Melody Nelson, et Leonard Cohen comme références. Et à part eux, quels sont les musiciens qui vous inspirent ou que vous appréciez ?

Jinte : Beyoncé ! (rires) Toute la musique pop en fait ! Parce que nous entendons ça sur la radio quand on est en train d’écrire, alors forcément on reconnaît, et on se dit, c’est pas mal Beyoncé (rires). Mais évidemment, Dylan ou Cohen sont des classiques. Nick Cave aussi…

HdO : Votre album est en effet très mélancolique, même s’il n’est pas triste pour autant.

Jinte : Non, ce n’est pas triste, c’est vrai. Mais peut être que nous sommes un peu dans cet état là en ce moment…

Patricia : C’est le fait d’être trop souvent partis de la maison aussi. C’est vrai que c’est bizarre d’être tout le temps en tournée, il y a une certaine mélancolie à ça…

HdO : J’aime tout spécialement la chanson Lion’s mouth. Vous pouvez m’en parler d’avantage ? Quel est son sens ?

Patricia : En fait ça parle d’une histoire biblique, mais il y a plusieurs influences.

Jinte : C’est aussi sur le fait d’écrire des chansons, d’être en dehors de la société… C’est sur l’histoire de Daniel…euh, comment on dit en français ? (Ndlr : Jinte, qui est flamand, s’adresse à Patricia en néerlandais pour lui expliquer l’histoire de Daniel et la fosse aux lions afin qu’elle me la traduise)

Patricia : Ah oui ? C’est intéressant, je ne savais pas tout ça ! (rires). C’est au sujet d’une fausse promesse, en fait, une promesse non tenue… Et l’histoire de Dieu qui ferme les « bouches » des  lions pour ne pas qu’ils puissent manger Daniel…quelque chose comme ça…

 HdO : Entre Balthazar, qui est un roi mage, et l’histoire de Daniel, vous êtes décidément très « biblique » ! En tout cas, l’histoire de la fosse aux lions a l’air passionnante, et très imagée…

Jinte : Oui, mais ce n’est pas chouette pour l’expliquer ! (rires)

Patricia : C’est Maarten qui l’a écrite. Il faudrait lui demander l’explication. Même pour nous, ce n’est pas complètement clair…ça reste de la poésie, si on peut dire ça. Et les gens peuvent interpréter ce qu’ils veulent. C’est ce qui est intéressant, je pense.

Jinte : Les textes sont vraiment importants pour nous d’une manière générale, autant que la musique. Mais c’est plutôt chouette finalement d’être fiers d’un texte parce qu’en tournée, tu la chantes sans arrêt, cette chanson !

 HdO : Après cette tournée, je suppose que vous prenez un peu de repos, non ? Vous pensez déjà au prochain album ?

Patricia : On enchaîne, en fait. On est en préparation du 3ème album en ce moment. On profite de l’énergie qu’on a, c’est le moment…

Jinte : Nous avons sorti un nouveau single, Leipzig, qui sera dans cet album. Le but était d’écrire une chanson sur chaque ville lors de notre tournée avec les Editors l’an dernier, donc Leipzig a été écrite à…Leipzig !

HdO : Logique… Mais il doit y en avoir des dizaines en attente, vu la tournée que vous avez faite avec les Editors ?

Patricia : Ah oui, mais, elles ne sont pas toutes aussi bien.

Jinte : Il y en a beaucoup qui ont fini à la poubelle !

Patricia : Et on voulait garder un lien aussi avec les gens, comme on savait qu’on allait partir un petit temps en tournée. On a donc décidé de sortir cette chanson entre nos deux albums.

JBalthazar Leipzig Coverinte : Leipzig ne sera pas forcément représentative de ce prochain album d’ailleurs. C’est vraiment un single. On essaye encore différentes choses…

HdO : On attend avec impatience ce 3ème album… Sinon, rien  à voir, mais Patricia, tu le vis bien d’être la seule fille dans ce groupe de garçons avec une tournée marathon ?

Patricia : ça fait pas mal de temps que j’essaye d’avoir une fille qui puisse rejoindre le groupe. De n’importe quelle façon ! Je milite pour.

Jinte : Elle est la plus macho de nous tous !

Patricia : C’est toi plutôt, non ? (rires) Et puis s’il n’y avait qu’eux quatre… Mais il y a les techniciens, l’ingénieur du son, le chauffeur, le tourman, la lumière…ça va parce que je me suis toujours bien entendue avec les garçons, mais quand on part longtemps… Il y a toujours un côté plus doux avec les femmes, et ça, ça me manque parfois. Il se foutent de ma gueule quand je leur dis ça ! Mais Jinte, imagine pendant des années tu ne pars qu’avec des filles ?

Jinte : Ah mais super, moi, je veux bien !

Patricia : Oui, au début ! Mais au bout de 10 ans, tu verras ! (rires)

L’album Rats (PIAS), toujours dispo, est sorti fin 2012. Balthazar est reparti en tournée en 2015 pour leur 3ème album Thin Walls.

Pour en savoir plus : www.balthazarband.be

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