Salvaation : Electro Ladyland
Le calendrier aime flirter avec le hasard, à moins que ce dernier n’existe pas. Lorsque l’on m’a proposé de découvrir le duo Salvaation, composé de deux femmes, l’iranienne Meshcut, de son vrai nom Meshkat Mosavat, et la productrice et musicienne DJ Oui Future, issue du mouvement Riot Grrrl, le récit de sa genèse, avant même d’écouter leur musique, m’a immédiatement frappé de par sa résonance avec l’actualité.
Et me voilà, en ce début du mois de mars 2026, alors que l’Histoire nous rattrape, à écouter l’électro noire et syncopée de ce binôme à la fois logique et improbable. « Femmes, vie, liberté » : il y a comme un sentiment d’urgence dans ces titres biberonnés à la cold wave des années 80 et dans la voix étirée de Meshcut, à mi-chemin entre celle de Jade Vincent d’Unloved et de Nadine Shah. Mais elle, Meshcut, comment en est-elle arrivée là ?
Figure de l’underground iranien alors qu’elle n’a qu’une vingtaine d’années – oui, il y a une scène underground à Teheran, l’art, comme l’herbe folle, fissure les murs les plus durs – Meshcut nous raconte l’impossible. Première femme à oser faire une performance dans une galerie d’art, au vu et au su de tous, elle raconte la peur mais aussi l’excitation de la transgression : « J’aimais transgresser les règles et, malgré la peur, j’y suis parvenue, devenant ainsi la première femme à le faire dans ce climat oppressant. J’adorais sentir l’adrénaline couler dans mes veines. »

Salvaation
Mais comment faisaient-ils pour communiquer, pour annoncer ces concerts passibles d’horribles châtiments ? « Nous faisions cela discrètement, explique t’elle, via Instagram avec nos amis proches et par messages privés pour inviter les gens. Impossible de faire d’annonce publique. J’ai 33 ans aujourd’hui et à l’époque, je voyais la jeune génération, moi comprise, se battre pour ses droits fondamentaux. Au vu de la situation actuelle en Iran, je peux affirmer sans hésiter que cette jeune génération en a assez des clichés et aspire au changement. Trop, c’est trop ! »
Et puis, il fallut bien prendre décision ; partir ou rester, deux formes de résistance dont nous ne débattrons pas ici. Les Iraniens pouvant séjourner facilement en Turquie, Meshcut part pour Istanbul où elle continue à se produire et se fait repérer, chance inouïe, par un représentant du Ministère de la Culture français qui lui attribue un visa « passeport talent ». Puis ce sera à Paris, sur la barge du Rosa Bonheur sur Seine, que le hasard, ou la destinée, se manifestera une seconde fois.
« Je prospectais pour y donner des concerts et Oui Future en était la directrice artistique, le courant est tout de suite passé entre nous. Un jour, je suis allée dans son studio pour parler musique et j’y ai remarqué une photo de Depeche Mode derrière sa machine à café, il s’est avéré que c’était également mon groupe préféré ! Depuis, on s’entend à merveille : j’adore son travail de production et elle adore ma voix et mon travail d’auteure-compositrice. Sans parler de notre passion pour la scène musicale des années 80 : les synthés, les rythmes, le style des artistes et leurs blousons en cuir. Comme on dit en farsi, leur « Manesh » nous représente parfaitement, Christine et moi. C’est comme un voyage dans le temps, comme si nous vivions dans un monde parallèle où le punk, la new wave, la cold wave et toute la culture des années 80 étaient encore bien vivantes. C’est notre univers en quelque sorte. »
Amateurs de ce multivers, en attendant de découvrir le « Manesh » de Salvaation sur scène lors de festivals ou au FGO Barbara le 29 mai prochain et au Rosa Bonheur Sur Seine lors de la Fête de la Musique 2026, il ne vous reste plus qu’à vous brancher sur Soundcloud…

