The Murder Capital — When I Have Fears

« Etre ou ne plus être », telle est la question à laquelle les Irlandais de The Murder Capital ont décidé de ne pas répondre avec leur premier album, When I Have Fears.

Premier album et premier uppercut du gauche pour ce groupe encore inconnu il y a quelques mois. Sur la bonne foi de quelques prestations live surevoltées et de Green And Blue, single entêtant aux relents post-punk affirmés, nous étions déjà prêts à les déclarer « groupe le plus prometteur du moment », restait à transformer l’essai. Voilà qui est chose faite dès For Everything, premier titre de l’album, et son intro atmosphérique. Quelques secondes de répit avant une franche entrée en force.

Dès le départ, The Murder Capital plante le décor, entre rage ostensible et lyrisme désenchanté d’une jeunesse qui, lasse d’espérer, préfère se jeter tête la première sur l’écueil d’un néant pressenti. Souvent porté par la colère expressive de son chanteur, le charismatique James McGovern, The Murder Capital ne cherche pas à arrondir les angles et ose le brutalisme, voire la brutalité.

Parcouru d’une poésie nourrie de désespérance, l’album brille par ses contrastes, comme en témoignent Slowdance I et Slowdance II,  deux titres, deux versants d’un même morceau, moment de répit hypnotique, envoûtant et quasi monochrome, qui annonce la mélancolie sourde et presque murmurée de On Twisted Ground.

Profondément marqué par le post-punk et le début des années 80 – on pense parfois à Joy Division, à Nick Cave et à ses Bad Seeds –, période sombrement romantique s’il en est, When I Have Fears ne cesse de frémir, de serrer les dents et de vibrer. Après tout, qui sait si, chaussé de Docs et portant pantalon à pinces*, John Keats ne se serait pas lui aussi mis à gueuler  « They Kept Our Souls Together » à la tendre Fanny ?

« Lorsque me vient la peur de pouvoir cesser d’être » — l’emprunt est du poète sus-nommé -, résume ce sentiment d’urgence qui secoue la jeunesse avant qu’elle ne baisse les bras et ne s’éteigne d’elle-même, rongée par la chlorose d’une société suicidée, Don’t Cling To Life, ou ne décide de s’accrocher malgré tout à la vie.

On n’en souhaite pas moins à The Murder Capital car si When I Have Fears, habilement produit par Flood,  semble à la première écoute moins évidemment surprenant que d’autres albums récemment chroniqués, il n’en n’est peut-être que plus profond. Superbe point d’orgue d’un album qui a déjà tout d’un grand classique, Love Love Love, dernier titre de l’opus, vient nous rappeler que ce sont les déchirures qui resserrent les fils de l’humanité et que, tant pis pour le cliché, il n’est pas de lumière sans obscurité.

The Murder Capital – When I Have Fears
The Murder Capital – When I Have Fears

Car après tout, il n’y a rien de l’autre côté…

A se procurer d’urgence le 16 août 2019 chez Human Season Records

The Murder Capital sera en concert à l’automne un peu partout en France, le 28 octobre 2019 au Grand Mix à Tourcoing, le 1er novembre au Rex à Toulouse, le 6 novembre au Nouveau Casino à Paris.

Pour en savoir plus: https://themurdercapital.com

* Et la tuberculose en moins, cela va sans dire !

Photo : GAVIN OVOCA

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