{"id":2103,"date":"2012-07-06T17:36:02","date_gmt":"2012-07-06T16:36:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/?p=2103"},"modified":"2025-02-06T15:38:30","modified_gmt":"2025-02-06T14:38:30","slug":"jonathan-coe-interview-a-langlaise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/ru\/jonathan-coe-interview-a-langlaise\/","title":{"rendered":"Interview Jonathan Coe"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>De passage \u00e0 Paris en 2012, le c\u00e9l\u00e8bre romancier britannique Jonathan Coe, auteur, entre autres, de <em>Testament \u00e0 l\u2019anglaise <\/em>et de <em>La Vie tr\u00e8s priv\u00e9e de Mr Sim<\/em>, nous a accord\u00e9 une interview. L\u2019occasion de revenir avec lui sur l\u2019ensemble de son \u0153uvre, ainsi que sur des th\u00e9matiques comme la qu\u00eate identitaire, le chaos de l\u2019existence, l\u2019humour, le <em>nonsense<\/em>, la cr\u00e9ation litt\u00e9raire, les dangers d\u2019Internet. En 2016, il s&#8217;est m\u00eame fait d\u00e9corer de l&#8217;Ordre des Arts et des Lettres&#8230;\u00a0 <\/strong><em><strong>Very British indeed\u00a0!<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"Interview Jonathan Coe\" href=\"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/Interview-Jonathan-Coe.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><strong>&#8212; L&#8217;interview Jonathan Coe\u00a0 au format PDF ici &#8212;<\/strong><\/a><a title=\"Interview Joe Jackson - The Duke\" href=\"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/Interview-Joe-Jackson.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><br \/>\n<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>HdO\u00a0: <\/strong><strong>Dans votre livre <em>Death by Naturalism<\/em><\/strong><strong>, vous faites remarquer qu&#8217; \u00ab\u00a0en France, ils aiment les id\u00e9es abstraites autant que nous, Anglais, nous nous en m\u00e9fions\u00a0\u00bb\u2026 Nous nous garderons d\u2019approuver, mais il est certain que vous \u00eates un grand conteur, aussi sentez-vous libre de nous \u00ab\u00a0raconter des histoires\u00a0\u00bb en guise de r\u00e9ponse.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Jonathan Coe\u00a0:<\/strong> Voil\u00e0 qui est une bonne id\u00e9e ! Quelqu&#8217;un m&#8217;a d\u2019ailleurs racont\u00e9 r\u00e9cemment cette blague\u2026 Un Anglais sugg\u00e8re une id\u00e9e \u00e0 un Fran\u00e7ais. Le Fran\u00e7ais r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0Dans les faits, c\u2019est une tr\u00e8s bonne id\u00e9e mais qu\u2019est-ce que \u00e7a donne en th\u00e9orie\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>HdO\u00a0: C&#8217;est en effet tr\u00e8s fran\u00e7ais\u00a0! <em>D\u00e9saccords imparfaits <\/em>et <em>La Vie tr\u00e8s priv\u00e9e de Mr Sim <\/em>ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s r\u00e9cemment en France. Ce roman et ces nouvelles rel\u00e8vent d&#8217;un travail tr\u00e8s diff\u00e9rent et vous avez dit n\u2019\u00eatre pas forc\u00e9ment tr\u00e8s \u00e0 l&#8217;aise avec le format court&#8230;<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>J. Coe :<\/strong> Je ne sais pas si \u00ab\u00a0\u00e0 l&#8217;aise\u00a0\u00bb est le mot, je pense juste que l\u2019\u00e9criture romanesque me convient mieux. <strong>Je suis un \u00e9crivain assez \u00ab\u00a0paresseux\u00a0\u00bb<\/strong>, donc je r\u00e9fl\u00e9chis longtemps \u00e0 l&#8217;histoire avant de commencer \u00e0 \u00e9crire : il m\u2019est difficile d\u2019installer mes personnages en une vingtaine de pages&#8230; En outre, <strong>ma logique narrative tend \u00e0 \u00eatre assez compliqu\u00e9e<\/strong> : les intrigues s&#8217;enchev\u00eatrent et ne peuvent s&#8217;\u00e9panouir qu&#8217;\u00e0 travers le roman&#8230; D&#8217;ailleurs, pour l&#8217;une des nouvelles de <em>D\u00e9saccords imparfaits<\/em>, <em>Version originale <\/em>\u2013 dont il existe d\u2019ailleurs une version un peu plus longue \u2013, j&#8217;ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire de plus en plus, \u00e0 imaginer de plus en plus de personnages, alors que je devais me cantonner \u00e0 un format court. C\u2019\u00e9tait difficile pour moi d\u2019arr\u00eater\u2026<\/p>\n<div id=\"attachment_2146\" style=\"width: 256px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/desaccords-imparfaits.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2146\" class=\"wp-image-2146 \" style=\"margin-right: 5px; margin-left: 0px;\" title=\"D\u00e9saccords imparfaits - Jonathan Coe\" src=\"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/desaccords-imparfaits.jpg\" alt=\"Jonathan Coe - D\u00e9saccords imparfaits\" width=\"246\" height=\"387\" srcset=\"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/desaccords-imparfaits.jpg 320w, https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/desaccords-imparfaits-190x300.jpg 190w\" sizes=\"(max-width: 246px) 100vw, 246px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2146\" class=\"wp-caption-text\">Jonathan Coe &#8212; D\u00e9saccords imparfaits<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>HDO : Dans <em>D\u00e9saccords imparfaits<\/em> (particuli\u00e8rement dans <em>Le Journal d\u2019une obsession<\/em>), dans <em>Mr Sim<\/em> et peut-\u00eatre dans l\u2019ensemble de votre \u0153uvre, les obsessions et le th\u00e8me de la qu\u00eate semblent rev\u00eatir une importance majeure\u2026<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>J Coe :<\/strong> Je ne crois pas \u00eatre quelqu&#8217;un de particuli\u00e8rement obsessionnel. En revanche, l<strong>a qu\u00eate est au c\u0153ur de mon \u0153uvre<\/strong>, c&#8217;est vrai. Il faut dire que c&#8217;est un bon proc\u00e9d\u00e9 narratif pour construire un roman, cela lui donne une vraie dimension logique. Dans <em>La Vie tr\u00e8s priv\u00e9e de Mr Sim<\/em>, il est question d&#8217;un homme ordinaire qui parcourt le pays en voiture, un p\u00e9riple qui aurait pu \u00eatre terne et ennuyeux, mais il lui arrive toutes sortes de choses extraordinaires. Et l\u00e0 r\u00e9side la qu\u00eate, justement\u2026 Et puis tout le monde n&#8217;est-il pas prisonnier de certains comportements et le grand d\u00e9fi de l\u2019existence n&#8217;est-il pas de s&#8217;en lib\u00e9rer ? C&#8217;est vrai pour moi comme pour la plupart des gens, me semble-t-il. <strong>Les gens que j\u2019admire le plus sont ceux qui sont capables d\u2019avoir une grande libert\u00e9 d\u2019action<\/strong>. Au contraire, ceux dont je parle dans mes romans sont le plus souvent \u201cimproductifs\u201d. Je me trouve d\u2019ailleurs assez \u00ab\u00a0ennuyeux\u00a0\u00bb moi-m\u00eame, tr\u00e8s \u00ab\u00a0pr\u00e9visible\u00a0\u00bb, je ne prends pas part \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 qui produit, qui court&#8230; Peut-\u00eatre est-ce un sujet qui revient souvent dans mes livres, parce que <strong>les \u00e9crivains \u00e9crivent \u00e0 propos d\u2019eux-m\u00eames, m\u00eame s&#8217;ils tentent de se d\u00e9guiser<\/strong> (rires&#8230;).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>HDO : Dans la vie de vos personnages, c&#8217;est souvent le chaos le plus complet, tandis que vos romans se r\u00e9v\u00e8lent tr\u00e8s construits, tr\u00e8s ma\u00eetris\u00e9s&#8230;<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>J. Coe :<\/strong> Je crois que <strong>j&#8217;ai vraiment conscience de la nature chaotique de notre existence<\/strong>, aussi myst\u00e9rieuse et inexplicable soit-elle. Je remarque d\u2019ailleurs que j\u2019emploie de plus en plus le mot \u00ab\u00a0myst\u00e9rieux\u00a0\u00bb, je me demande ce que cela veut dire (sourire)\u2026 Voil\u00e0 pourquoi, quand j&#8217;\u00e9cris, je crois que je cherche \u00e0 \u00e9tablir une structure, <strong>une ossature solide<\/strong>, rassurante, qui est pour moi <strong>un moyen de mettre le chaos \u00e0 distance<\/strong>&#8230; J&#8217;ai commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir plus profond\u00e9ment \u00e0 tout cela en travaillant \u00e0 la biographie de B. S. Johnson, car il \u00e9tait v\u00e9ritablement obs\u00e9d\u00e9 par ce conflit entre le chaos de l\u2019existence et le cadre impos\u00e9 par l\u2019\u00e9criture\u00a0: il y voyait une forme de malhonn\u00eatet\u00e9. En m\u00eame temps, en tant qu&#8217;\u00e9crivain, en tant que cr\u00e9ateur, en tant que romancier, il ne pouvait pas faire autrement\u2026 et il se d\u00e9testait \u00e0 cause de \u00e7a. Pour ma part, <strong>je me suis fait \u00e0 l&#8217;id\u00e9e qu&#8217;on ne peut pas enfermer la vie \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un roman <\/strong>: de ce dernier na\u00eet forc\u00e9ment une r\u00e9alit\u00e9 alternative&#8230; Pendant que j&#8217;\u00e9crivais <em>Mr Sim<\/em>, j&#8217;ai d&#8217;ailleurs r\u00e9alis\u00e9 que, de nos jours, la plupart des gens cherchent \u00e0 \u00e9chapper aux probl\u00e8mes de la vie r\u00e9elle par le biais d&#8217;Internet, tout comme ils le font en lisant un livre, m\u00eame si nous donnons plus de valeur au support litt\u00e9raire&#8230; C&#8217;est de toute fa\u00e7on <strong>une alternative au r\u00e9el<\/strong>&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>HDO : \u00c0 vous entendre, on pense \u00e0 Calder\u00f3<\/strong><strong>n et \u00e0 sa pi\u00e8ce <em>La vie est un songe<\/em>\u2026 Mais sur Internet, contrairement aux livres, le r\u00eave peut se transformer en un cauchemar o\u00f9 l\u2019on ne contr\u00f4le plus rien. Le lecteur, en revanche, reste propri\u00e9taire de son imagination et participe au processus cr\u00e9atif, d&#8217;une certaine fa\u00e7on&#8230; <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>J. Coe :<\/strong> Vous croyez\u00a0? Il est vrai que d<strong>e plus en plus de lecteurs refusent de se soumettre \u00e0 la volont\u00e9 de l\u2019\u00e9crivain<\/strong>, alors que c\u2019est lui qui tient les r\u00eanes\u00a0! La structure de mes livres est complexe, donc directive. Or, si certains lecteurs aiment s\u2019abandonner, d&#8217;autres consid\u00e8rent le livre comme le fruit d&#8217;un \u00e9change d\u00e9mocratique. C&#8217;est un mod\u00e8le d&#8217;\u00e9criture radicalement diff\u00e9rent de ce qui avait cours jusque-l\u00e0&#8230; Beaucoup de gens attendent d&#8217;un livre qu&#8217;il leur permette de donner leur avis, d\u2019o\u00f9 les groupes de discussion, les commentaires, les gens qui vous \u00e9crivent <em>via<\/em> votre site Internet. L&#8217;auteur roi \u2013 le <em>deus ex machina<\/em> \u2013 semble de plus en plus difficile \u00e0 accepter par les lecteurs&#8230; J<strong>e ne sais pas si l\u2019auteur \u00ab\u00a0tout-puissant\u00a0\u00bb existe encore.<\/strong><\/p>\n<div id=\"attachment_2144\" style=\"width: 264px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/la-vie-tres-privee-de-mr-sim.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2144\" class=\"wp-image-2144 \" style=\"margin-right: 0px; margin-left: 5px;\" title=\"La vie tr\u00e8s priv\u00e9e de Mr Sim\" src=\"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/la-vie-tres-privee-de-mr-sim.jpg\" alt=\"Jonathan Coe - La vie tr\u00e8s priv\u00e9e de Mr Sim\" width=\"254\" height=\"378\" srcset=\"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/la-vie-tres-privee-de-mr-sim.jpg 320w, https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/la-vie-tres-privee-de-mr-sim-201x300.jpg 201w\" sizes=\"(max-width: 254px) 100vw, 254px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2144\" class=\"wp-caption-text\">Jonathan Coe &#8212; La vie tr\u00e8s priv\u00e9e de Mr Sim<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>HdO : Est-ce pour cela qu&#8217;\u00e0 la fin de <em>Mr Sim<\/em>, l\u2019\u00e9crivain, c\u2019est-\u00e0-dire vous, appara\u00eet et fait usage de son pouvoir de vie et de mort sur les personnages\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>J. Coe :<\/strong> Oui, absolument ! L\u2019id\u00e9e de ce chapitre m\u2019est venue car je recevais tr\u00e8s souvent des lettres de lecteurs, me demandant ce qui arrivait \u00e0 Robert et Sarah, les personnages principaux de <em>La Maison du sommeil<\/em>, \u00e0 la fin du roman&#8230; J\u2019ai trouv\u00e9 la question tr\u00e8s \u00e9trange, puisque je n\u2019en n\u2019avais aucune id\u00e9e\u00a0: le livre \u00e9tait fini\u00a0! Les lecteurs ont le droit de l&#8217;imaginer, je pourrais imaginer la suite si je le voulais, mais JE ne le veux pas et je choisis de ne pas le faire. Dans <em>La Vie tr\u00e8s priv\u00e9e de Mr Sim<\/em>, je voulais que ce soit clair : quoi qu&#8217;il se passe, l&#8217;histoire est finie. Rien n&#8217;arrivera plus apr\u00e8s, puisque l&#8217;auteur a d\u00e9cid\u00e9 que c&#8217;\u00e9tait fini (rires)&#8230; <strong>Si j&#8217;arr\u00eate d&#8217;y penser, Maxwell Sim dispara\u00eet\u00a0!<\/strong> C&#8217;est particuli\u00e8rement malencontreux pour lui, mais c&#8217;est ce qui vous attend lorsque vous \u00eates un personnage de fiction (rires&#8230;) !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>HdO\u00a0: Vous avez dit ne pas aimer les super-h\u00e9ros, ceux qui ne doutent jamais&#8230;<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>J. Coe :<\/strong> En fait, je trouve difficile d&#8217;\u00e9crire sur eux. Vous savez, j&#8217;ai \u00e9crit neuf romans \u2013 dix si vous comptez la biographie consacr\u00e9e \u00e0 B. S. Johnson \u2013 et <strong>tous mes personnages sont assaillis de doutes, rong\u00e9s par des conflits int\u00e9rieurs<\/strong>, trouvent difficile d\u2019agir et lorsque, enfin, il s\u2019y d\u00e9cident, ils font des erreurs et se ha\u00efssent \u00e0 cause de cela. Au fond, ces traits de caract\u00e8re me fascinent\u00a0et je me sens proche de ces personnages. Vous ne trouverez pas beaucoup d&#8217;hommes et de femmes d\u2019action dans mes livres&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>HdO : Les Winshaw [NDLR : l\u2019horrible famille de nantis plus d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s les uns que les autres de <em>Testament \u00e0 l\u2019anglaise<\/em>], peut-\u00eatre ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>J. Coe :<\/strong> Oui&#8230; mais quand il le sont, il se trouve que ce sont des salauds (rires&#8230;) !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>HdO\u00a0: Le sens de l&#8217;absurde et l&#8217;humour sont partout dans vos livres. <\/strong><strong>\u00cates-vous d&#8217;accord avec cet aphorisme qui dit que \u00ab\u00a0l&#8217;humour est la politesse du d\u00e9sespoir\u00a0\u00bb\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>J. Coe\u00a0:<\/strong> Oui, absolument\u00a0! <strong>Il y a une vraie tradition de l\u2019absurde en Angleterre et en Irlande<\/strong>&#8230; D&#8217;ailleurs, l&#8217;absurde est tr\u00e8s pr\u00e9sent dans <em>Mr Sim<\/em>, la relation qu&#8217;il entretient avec son GPS par exemple. Se concentrer sur la face absurde de la r\u00e9alit\u00e9 est une fa\u00e7on tr\u00e8s enrichissante de l&#8217;appr\u00e9hender&#8230; <strong>Le plus grand roman absurde anglais est probablement <em>Alice au pays des merveilles<\/em> de Lewis Caroll<\/strong>, mais les Anglais l\u2019ont rel\u00e9gu\u00e9 au rang de conte pour enfants, alors que ce livre a surtout pour effet de les terrifier. Une autre de mes sources d\u2019inspiration pour <em>Mr Sim<\/em> a \u00e9t\u00e9 <strong>Flann O&#8217;Brien<\/strong>, un \u00e9crivain irlandais. Dans l&#8217;un de ses romans, <strong><em>The Third Policeman<\/em><\/strong>, un homme tombe amoureux de sa bicyclette&#8230; C&#8217;est ce qui m&#8217;a inspir\u00e9 la romance de Max avec son GPS. Il y a \u00e9galement cet auteur de th\u00e9\u00e2tre britannique, <strong>N. F. Simpson<\/strong>, tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre dans les ann\u00e9es 1950 et 1960\u00a0pour ses pi\u00e8ces parfaitement absurdes. Il a malheureusement \u00e9t\u00e9 un peu oubli\u00e9, car il ne collait pas avec la vague r\u00e9aliste et l&#8217;engagement politique qui se sont empar\u00e9s du th\u00e9\u00e2tre britannique. <strong>Je me consid\u00e8re aussi, d\u2019une certaine fa\u00e7on, comme le disciple de l\u2019hilarant David Nobbes<\/strong> et de son livre <em><strong>La Vie de Reginald Perrin<\/strong><\/em>. Son h\u00e9ros, Reginald Perrin est un businessman en pleine crise de la quarantaine qui perd la ma\u00eetrise du langage et s\u2019adonne au pire <strong><em>nonsense<\/em><\/strong>. J\u2019ai encore plus d\u2019affection pour Nobbes parce qu\u2019il \u00e9crivait \u00e9galement pour la t\u00e9l\u00e9vision. Or, dans l&#8217;establishment culturel\u00a0\u2013 m\u00eame en Angleterre\u00a0\u2013, il est de bon ton de penser qu&#8217;on ne peut pas \u00eatre \u00e0 la fois dr\u00f4le et bon auteur&#8230; David Nobbes ignore ce type de hi\u00e9rarchisation\u00a0; il a acquis une certaine c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, mais je crois que ses livres ne sont pas reconnus \u00e0 leur juste valeur. Mais pour en revenir \u00e0 la question\u00a0: oui, <strong>l&#8217;humour est d\u00e9finitivement une mani\u00e8re de mettre \u00e0 distance le chaos de la r\u00e9alit\u00e9<\/strong>, de ne pas d\u00e9sesp\u00e9rer, de trouver un moyen de s\u2019en accommoder par le rire\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>HdO\u00a0: Un rire qui flirte souvent chez vous avec l\u2019horrible\u2026<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>J. Coe\u00a0:<\/strong> Je crois que dans <em>Testament \u00e0 l&#8217;anglaise<\/em>, par exemple, l\u2019horreur et l\u2019humour sont pouss\u00e9s \u00e0 leur paroxysme et ne sont jamais tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s l&#8217;une de l&#8217;autre. <strong>Il y a cependant des lignes de d\u00e9marcation claires entre certains moments vraiment abominables et d&#8217;autres tr\u00e8s dr\u00f4les<\/strong>. La premi\u00e8re fois que j&#8217;ai fait une lecture de ce livre en Allemagne, les organisateurs m&#8217;ont sugg\u00e9r\u00e9 de lire le passage sur la ferme d&#8217;\u00e9levage intensif de poulets, avec toute la cruaut\u00e9 qui en d\u00e9coule. Je n&#8217;\u00e9tais pas s\u00fbr que ce soit une bonne id\u00e9e, c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire. Les gens s\u2019attendaient \u00e0 rire de bon c\u0153ur et quand j&#8217;en suis arriv\u00e9 \u00e0 ce passage, ils \u00e9taient horrifi\u00e9s&#8230; J&#8217;ai alors vraiment r\u00e9alis\u00e9 que tout n&#8217;\u00e9tait pas dr\u00f4le dans ce livre (rires&#8230;).<\/p>\n<div id=\"attachment_2148\" style=\"width: 266px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/jonathan-coe-bs-johnson1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2148\" class=\"wp-image-2148 \" title=\"B.S Johnson Jonathan Coe\" src=\"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/jonathan-coe-bs-johnson1.jpg\" alt=\"Jonathan Coe - B.S. Johnson, histoire d'un \u00e9l\u00e9phant fougueux\" width=\"256\" height=\"384\" srcset=\"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/jonathan-coe-bs-johnson1.jpg 320w, https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/jonathan-coe-bs-johnson1-200x300.jpg 200w\" sizes=\"(max-width: 256px) 100vw, 256px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2148\" class=\"wp-caption-text\">Jonathan Coe &#8212; B.S. Johnson, histoire d&#8217;un \u00e9l\u00e9phant fougueux<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>HdO\u00a0: Entre v\u00e9rit\u00e9 et mensonges, o\u00f9 situez-vous votre \u0153uvre\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>J. Coe\u00a0:<\/strong> Nulle part, parce que <strong>la fiction abolit la distinction entre v\u00e9rit\u00e9 et mensonge<\/strong>, ce que B. S. Johnson n\u2019a jamais vraiment admis. Dans une fiction, vous racontez des mensonges pour atteindre la v\u00e9rit\u00e9. Gr\u00e2ce \u00e0 ce merveilleux \u2013 et lib\u00e9rateur \u2013<strong> contrat pass\u00e9 entre le lecteur et l&#8217;\u00e9crivain<\/strong>, ce dernier jouit d&#8217;une grande libert\u00e9, puisque le lecteur sait que tout ce qui est racont\u00e9 n&#8217;est pas vrai&#8230; Nous voil\u00e0 libres d\u2019inventer ce qui nous pla\u00eet\u00a0! <strong>La fa\u00e7on la plus malhonn\u00eate d&#8217;\u00e9crire, \u00e0 mon avis, est l\u2019\u00e9criture qui se veut \u00ab\u00a0r\u00e9aliste\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0non fictionnelle\u00a0\u00bb<\/strong>. Les gens pr\u00e9tendent dire la v\u00e9rit\u00e9, s\u2019en persuadent, mais en fait on ne peut jamais \u00eatre s\u00fbr que c\u2019est vrai. Au moins, dans une \u0153uvre de fiction, vous pouvez \u00eatre certain que tout n\u2019est que mensonges. Voil\u00e0 qui clarifie la situation\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Hdo\u00a0: La musique occupe une place importante dans vos livres. <\/strong><strong>\u00cates-vous vous-m\u00eame musicien\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>J. Coe\u00a0:<\/strong> Un musicien amateur, plut\u00f4t&#8230; Mais je crois qu&#8217;<strong>il existe de vraies similitudes entre la musique que j\u2019\u00e9coute et le type de livres que j\u2019\u00e9cris.<\/strong> Quand j&#8217;ai \u00e9crit <em>The Rotter\u2019s Club <\/em>[NDLR : <em>Bienvenue au club<\/em>], par exemple, j\u2019ai choisi le titre d\u2019apr\u00e8s une chanson de Hatfield and the North. J\u2019aimais la sonorit\u00e9 du titre, mais je voulais surtout me r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 un style de musique des ann\u00e9es 1970 vraiment tr\u00e8s anglais, dans tous les sens du terme (rires&#8230;). Enfin, un type de musique \u00e0 la fois exp\u00e9rimental mais en m\u00eame temps tr\u00e8s accessible. C&#8217;est d\u2019ailleurs en suivant la m\u00eame d\u00e9marche que j&#8217;ai \u00e9crit mon livre\u00a0: <strong>j&#8217;ai essay\u00e9 de prendre des risques, j\u2019exp\u00e9rimente des formes in\u00e9dites.<\/strong> N\u00e9anmoins, je reste un conteur et je voulais que mon livre reste facile \u00e0 lire. Si des gens me disaient qu&#8217;ils ont trouv\u00e9 mon livre difficile \u00e0 lire, je me dirais que j&#8217;ai \u00e9chou\u00e9&#8230; Je veux que mes livres donnent du plaisir. Mieux\u00a0: pour moi, l&#8217;art, quel qu&#8217;il soit, doit donner du plaisir\u00a0! Le plaisir vient en premier, il est au c\u0153ur de l&#8217;art.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>HdO\u00a0: Arriv\u00e9 \u00e0 ce moment de votre carri\u00e8re, \u00e9prouvez-vous encore des doutes\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>J. Coe\u00a0:<\/strong> Je suis toujours tr\u00e8s \u00e9tonn\u00e9 lorsque j\u2019entends des \u00e9crivains dire que l\u2019\u00e9criture est une v\u00e9ritable souffrance, un supplice \u00e9quivalant \u00e0 de l\u2019escalade en haute montagne, ce genre de choses. <strong>Pour moi,\u00a0\u00e9crire des romans est une chose facile<\/strong>, tr\u00e8s confortable, m\u00eame. <strong>J&#8217;ai surtout la terreur de me r\u00e9p\u00e9ter<\/strong>, d\u2019\u00e9crire deux fois le m\u00eame livre. \u00c7a devient de plus en plus difficile, car cela fait maintenant longtemps que j&#8217;\u00e9cris. Bien s\u00fbr, on peut dire qu&#8217;<strong>un \u00e9crivain, d\u2019une certaine fa\u00e7on, \u00e9crit toujours le m\u00eame roman<\/strong>, mais je tiens \u00e0 conserver une forme de <strong>cr\u00e9ativit\u00e9 dans l&#8217;intrigue, dans la forme<\/strong>. De ce fait, le processus d&#8217;\u00e9criture se fait plus lent avec les ann\u00e9es, un livre peut me prendre trois ans&#8230; Le processus de maturation prend du temps, pourtant j\u2019\u00e9cris assez vite. Les bons jours, je peux \u00e9crire cinq ou six pages, mais il n&#8217;y en a pas tant que \u00e7a, de bons jours\u2026 Cinq ou six mots, c&#8217;est plut\u00f4t la r\u00e8gle (rires&#8230;). <strong>Flaubert disait qu\u2019une phrase par jour \u00e9quivaut \u00e0 une bonne journ\u00e9e de travail<\/strong>, je trouve qu\u2019il n\u2019y a rien de plus appropri\u00e9\u00a0!<\/p>\n<div id=\"attachment_2145\" style=\"width: 256px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/jonathan-coe.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2145\" class=\"wp-image-2145 \" style=\"margin-right: 0px; margin-left: 5px;\" title=\"Jonathan Coe\" src=\"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/jonathan-coe.jpg\" alt=\"Jonathan Coe \u00a9 Elise Guillon\" width=\"246\" height=\"359\" srcset=\"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/jonathan-coe.jpg 400w, https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/jonathan-coe-399x582.jpg 399w, https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/jonathan-coe-205x300.jpg 205w\" sizes=\"(max-width: 246px) 100vw, 246px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2145\" class=\"wp-caption-text\">Jonathan Coe \u00a9 Elise Guillon<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Hdo: Quels conseils donneriez-vous \u00e0 ceux qui veulent \u00e9crire, \u00e0 tous ceux qui prennent la litt\u00e9rature vraiment au s\u00e9rieux ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>J. Coe\u00a0:<\/strong> Que <strong>les temps sont durs pour les \u00e9crivains<\/strong>, car les maisons d&#8217;\u00e9dition \u2013 ou plut\u00f4t le business de l&#8217;\u00e9dition \u2013 sont en crise. Tout le monde a peur de l&#8217;e-book, de la remise en cause du mod\u00e8le \u00e9conomique traditionnel en raison de la pro\u00e9minence d&#8217;Internet, etc. Bien s\u00fbr, il permet \u00e0 de plus en plus d\u2019auteurs de s\u2019autopublier, mais comme je le disais pr\u00e9c\u00e9demment, les rapports lecteurs\u00a0\/\u00a0\u00e9crivains ont chang\u00e9. <strong>Le Web a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 une sorte de tour de Babel faite de mots qui grandit chaque jour<\/strong>, le sol sous nos pieds a perdu de sa solidit\u00e9. J\u2019ai pass\u00e9 beaucoup de temps sur le Net, mais je finis par m\u2019y ennuyer, ce n\u2019est plus qu\u2019une sorte d\u2019habitude. Au fond, je crois que rien de vraiment int\u00e9ressant n&#8217;a \u00e9t\u00e9, pour l&#8217;heure, \u00e9crit gr\u00e2ce \u00e0 ce support. Et j<strong>e crois qu&#8217;on a de plus en plus besoin de la litt\u00e9rature\u00a0! Il est temps de retrouver Flaubert, Thomas Mann, Melville<\/strong>, pour se souvenir qu&#8217;il existe un autre mode d&#8217;\u00e9criture, non participatif, d\u00e9gag\u00e9 de ces liens immanents et permanents, un monde o\u00f9 l&#8217;auteur prend le dessus. On pourrait se sentir coupable de penser \u00e7a, mais je crois que <strong>le moment est venu de s\u2019abandonner aux auteurs<\/strong>, de baisser la garde\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>HdO\u00a0: Cette interview sera diffus\u00e9e sur Internet&#8230; Merci d&#8217;avoir accept\u00e9\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>J. Coe\u00a0:<\/strong> Oui, c&#8217;est vrai (rires&#8230;) !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Lire aussi :<\/strong> <a href=\"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/musique\/jonathan-coe\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">l&#8217;article d&#8217;\u00c9lise Guillon<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>En guise de bibliographie :<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Les Nains de la mort, 1990<\/em><br \/>\n<em>Testament \u00e0 l&#8217;anglaise, 1994<\/em><br \/>\n<em>Bienvenue au club, 2001<\/em><br \/>\n<em>Le Cercle ferm\u00e9, 2004<\/em><br \/>\n<em>B. S. Johnson, histoire d&#8217;un \u00e9l\u00e9phant fougueux, 2004<\/em><br \/>\n<em>La Pluie avant qu&#8217;elle tombe, 2009<\/em><br \/>\n<em>La Vie tr\u00e8s priv\u00e9e de Mr Sim, 2011<\/em><br \/>\n<em>D\u00e9saccords imparfaits, 2012<\/em><br \/>\n<em>Expo 58, 2013<\/em><br \/>\n<em>Num\u00e9ro 11, quelques contes sur la folie du temps, 2015<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Special thanks to Xavi\u00e8re Boitelle et sa ma\u00eetrise de la langue anglaise.<br \/>\n<\/em><\/p>\n<div style=\"margin-top: 0px; margin-bottom: 0px;\" class=\"sharethis-inline-share-buttons\" ><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De passage \u00e0 Paris en 2012, le c\u00e9l\u00e8bre romancier britannique Jonathan Coe, auteur, entre autres, de Testament \u00e0 l\u2019anglaise et<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":18657,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"om_disable_all_campaigns":false,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[4362,10,21],"tags":[768,769,770,771,772,773,774,775,776,777,778,779,780,1739,781,486,782,767],"translation":{"provider":"WPGlobus","version":"3.0.2","language":"ru","enabled_languages":["fr","ru"],"languages":{"fr":{"title":true,"content":true,"excerpt":false},"ru":{"title":false,"content":false,"excerpt":false}}},"acf":[],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/ru\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2103"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/ru\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/ru\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/ru\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/ru\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2103"}],"version-history":[{"count":54,"href":"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/ru\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2103\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":18656,"href":"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/ru\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2103\/revisions\/18656"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/ru\/wp-json\/wp\/v2\/media\/18657"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/ru\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2103"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/ru\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2103"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/ru\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2103"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}