{"id":18064,"date":"2024-03-05T13:30:21","date_gmt":"2024-03-05T12:30:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/?p=18064"},"modified":"2024-05-03T13:38:02","modified_gmt":"2024-05-03T12:38:02","slug":"swann-arlaud-filmographie-acteur-engage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/ru\/swann-arlaud-filmographie-acteur-engage\/","title":{"rendered":"Sp\u00e9cial K #3 : Swann Arlaud et la justice sociale"},"content":{"rendered":"<p>Je repense \u00e0 cette phrase de Robert Badinter entendue dans une interview accord\u00e9e \u00e0 Augustin Trapenard : \u00ab\u00a0<em>L\u2019homme est un animal qui tue.<\/em>\u00a0\u00bb<br \/>\nJe repense aussi au g\u00e9nial et triste lapsus d\u2019un ami d\u2019amie, lors d\u2019un concours d\u2019\u00e9loquence : \u00ab\u00a0<em>L\u2019homme est un homme pour l\u2019homme.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019injustice et la violence me traquent. Grosse \u00e9clate, me direz-vous\u2026<\/p>\n<p>Dans ce Sp\u00e9cial K #3, je n\u2019ai toujours pas \u00e9cras\u00e9 mon pesant spleen sous des neiges artificielles, je n\u2019ai pas convoqu\u00e9 l\u2019IA pour nous fabriquer un paradis perdu\u2026 j\u2019ai juste regard\u00e9 des films, mais parfois, c\u2019est pareil.<\/p>\n<h2>Cure de k\u00e9ratine ?<\/h2>\n<p>Au sujet de Swann Arlaud, il y a manifestement une passion capillaire en cours\u2026 Il est vrai qu\u2019en son r\u00f4le d\u2019avocat dans <em>Anatomie d\u2019une chute<\/em>, il use de la m\u00e8che avec brio. <em>Nota Bene<\/em> : la robe noire \u2013 accessoire dont j\u2019ai parfois moi-m\u00eame l\u2019usage et que je croyais peu seyant \u2013 est un bel atour.<\/p>\n<h2><em>L\u2019\u00c9tabli<\/em>\u00a0: ce monde \u00ab\u00a0gris\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>De <em>L\u2019\u00c9tabli,<\/em> le livre de Robert Linhart, je connaissais l\u2019histoire : celle de l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un intellectuel embauch\u00e9 \u00e0 l\u2019usine Citro\u00ebn, apr\u00e8s Mai-68. J\u2019en avais feuillet\u00e9 quelques pages. Je l\u2019avais class\u00e9 dans la cat\u00e9gorie des r\u00e9cits historiques que je lirais plus tard, telle une int\u00e9ressante monographie vaguement d\u00e9su\u00e8te de ce moment utopique.<\/p>\n<p>Je n\u2019en avais pas per\u00e7u la trag\u00e9die collective \u2013 et encore moins individuelle.<\/p>\n<p>Robert Linhart est agr\u00e9g\u00e9, professeur \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Il s\u2019en va \u00ab\u00a0jouer\u00a0\u00bb l\u2019ouvrier \u00e0 l\u2019usine Citro\u00ebn. Habit\u00e9 par le d\u00e9sir de faire advenir la r\u00e9volution et la justice sociale.<\/p>\n<p>Conscient d\u2019\u00eatre un \u00ab\u00a0autre\u00a0\u00bb parmi ses camarades, un \u00ab\u00a0\u00e9tabli\u00a0\u00bb en ce monde de \u00ab\u00a0classes sociales\u00a0\u00bb.<br \/>\nConscient d\u2019avoir ce que les autres n\u2019ont pas : des livres, des r\u00eaves, une famille, une chambre \u00e0 soi.<br \/>\nConscient de la violence prot\u00e9iforme \u2013 \u00e9conomique, sociale, physique \u2013 subie par \u00ab\u00a0ceux\u00a0\u00bb de l\u2019usine.<\/p>\n<h2>Bal de \u00ab\u00a0dodoches\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>L\u2019ali\u00e9nation m\u00e9canique du travail \u00e0 la cha\u00eene, le \u00ab\u00a0h\u00e9ros\u00a0\u00bb ne la percevait pas ainsi, mais elle est bien r\u00e9elle. C\u2019est un ronronnement plus qu\u2019une d\u00e9flagration, une succession lente et interminable de carcasses grises de 2-CV dans un atelier gris, une suspension cotonneuse qui alourdit. Mal partout, somnif\u00e8res pour tenir\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><div class=\"su-youtube su-u-responsive-media-yes\"><iframe loading=\"lazy\" width=\"700\" height=\"440\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/8GtIGwnHEnM?\" frameborder=\"0\" allowfullscreen allow=\"autoplay; encrypted-media; picture-in-picture\" title=\"\"><\/iframe><\/div>\n<p>Le d\u00e9sir profond de faire advenir un monde meilleur est-il vain ? Cet homme, port\u00e9 par une tension visc\u00e9rale face \u00e0 l\u2019injuste, peut-il survivre \u00e0 un constat d\u2019\u00e9chec ? Peut-il supporter l\u2019id\u00e9e d\u2019avoir, lui-m\u00eame, une place fort respectable, dans cette soci\u00e9t\u00e9-l\u00e0 ?<\/p>\n<p>Le champ de ses propres possibles est une violence en soi. C\u2019est le constat, aussi, d\u2019une impuissance face \u00e0 l\u2019ind\u00e9cente perp\u00e9tuit\u00e9 \u2013 j\u2019emploie ce mot \u00e0 dessein \u2013 de l\u2019injustice.<\/p>\n<p>Dans le film, Swann Arlaud incarne cette droiture et cette douleur de fa\u00e7on poignante.<\/p>\n<h2>Un soleil si dur<\/h2>\n<p>Avec <em>Tant que le soleil frappe<\/em>, le com\u00e9dien est Maxime, un paysagiste qui voudrait faire advenir le Beau en lieu et place du vide. Am\u00e9nager une place laiss\u00e9e \u00e0 l\u2019abandon, dans un quartier populaire, en un jardin merveilleux.<\/p>\n<p>Si ce n\u2019est pas <em>possible,<\/em> on lui propose de passer \u00e0 autre chose, de grandir, de faire un joli jardin suspendu dans un h\u00f4tel de luxe, l\u00e0 o\u00f9 le beau est \u00ab\u00a0tangible\u00a0\u00bb \u2013 pour reprendre les mots de l\u2019architecte \u00ab\u00a0r\u00e9aliste\u00a0\u00bb qui fait travailler Maxime.<\/p>\n<p>Il pourrait le faire ; il ferait son m\u00e9tier et il le ferait bien. Il serait pay\u00e9 correctement ; il cesserait de vivoter et ce serait juste. Il rejoindrait alors son propre champ des possibles\u00a0; il perdrait quelque chose en route : une lueur, une id\u00e9e de lui-m\u00eame, le sens du bien commun ?<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><div class=\"su-youtube su-u-responsive-media-yes\"><iframe loading=\"lazy\" width=\"700\" height=\"440\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/abGhDhgArpQ?\" frameborder=\"0\" allowfullscreen allow=\"autoplay; encrypted-media; picture-in-picture\" title=\"\"><\/iframe><\/div>\n<h2>Encore cette violence, comme un noyau bloqu\u00e9 dans la gorge<\/h2>\n<p>Non pas seulement la violence de la capitulation, mais celle qui exige de choisir la <em>meilleure <\/em>option, celle qui <em>vaut <\/em>en ce monde, sous peine d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un enfant g\u00e2t\u00e9.<\/p>\n<p>Dans <em>L\u2019\u00c9tabli<\/em>, le comportement de Robert Linhart pourrait presque appara\u00eetre sacrificiel et honteux, aux yeux de certains de ses coll\u00e8gues de l\u2019usine, ceux qui r\u00eavent d\u2019entrouvrir une br\u00e8che sur son monde inaccessible.<\/p>\n<p>Il y aurait beaucoup \u00e0 dire des raisons pour lesquelles l\u2019impuissance \u00e0 faire advenir la justice me touchent autant. Je les exp\u00e9rimente presque quotidiennement dans mon \u00ab\u00a0vrai\u00a0\u00bb m\u00e9tier d\u2019avocate \u2013 <em>choisi<\/em> tr\u00e8s tard, pour le meilleur et pour le pire.<\/p>\n<p>Dans les deux films \u2013 et pour le meilleur \u2013 demeure, peut-\u00eatre, l\u2019espoir qui transperce le gris.<br \/>\nIl y a, en tout cas, cette joie profonde \u00e0 ne pas se r\u00e9signer.<\/p>\n<p>Ce jeu-l\u00e0 m\u2019a prise aux trip(e)s. Finalement, on en revient bien aux substances psych\u00e9d\u00e9liques\u2026<\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\"><strong><em>Anatomie d\u2019une chute<\/em><\/strong>, r\u00e9alisation Justine Triet, sortie ao\u00fbt 2023<br \/>\n<strong><em>L\u2019\u00c9tabli<\/em><\/strong>, r\u00e9alisation Mathias Gokalp, sortie avril 2023<br \/>\n<strong><em>Tant que le soleil frappe<\/em><\/strong>, r\u00e9alisation Philippe Petit, sortie f\u00e9vrier 2023<\/span><\/p>\n<div style=\"margin-top: 0px; margin-bottom: 0px;\" class=\"sharethis-inline-share-buttons\" ><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je repense \u00e0 cette phrase de Robert Badinter entendue dans une interview accord\u00e9e \u00e0 Augustin Trapenard : \u00ab\u00a0L\u2019homme est un<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":18070,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"om_disable_all_campaigns":false,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[687,1746,4193,4308,4309,4310,4311,4312,4313,4314],"translation":{"provider":"WPGlobus","version":"3.0.2","language":"ru","enabled_languages":["fr","ru"],"languages":{"fr":{"title":true,"content":true,"excerpt":false},"ru":{"title":false,"content":false,"excerpt":false}}},"acf":[],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/ru\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18064"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/ru\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/ru\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/ru\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/ru\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=18064"}],"version-history":[{"count":13,"href":"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/ru\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18064\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":18264,"href":"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/ru\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18064\/revisions\/18264"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/ru\/wp-json\/wp\/v2\/media\/18070"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/ru\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=18064"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/ru\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=18064"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/ru\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=18064"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}