{"id":15992,"date":"2020-04-20T14:54:52","date_gmt":"2020-04-20T13:54:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/?p=15992"},"modified":"2025-02-19T11:36:36","modified_gmt":"2025-02-19T10:36:36","slug":"selection-2020-printemps-chronique-ghostpoet-chicken-diamond-pokey-lafarge-dakhabrakha","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/ru\/selection-2020-printemps-chronique-ghostpoet-chicken-diamond-pokey-lafarge-dakhabrakha\/","title":{"rendered":"Un printemps au 4 vents\u00a0: s\u00e9l\u00e9ction 2020"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\"><em><strong>En ce printemps 2020 aux relents apocalyptique, les quatre cavaliers de la r\u00e9demption musicale n&#8217;ont pas le look escompt\u00e9. Chevauchant des styles musicaux aux antipodes les uns des autres, ils r\u00e9sument en quatre albums indispensables nos luttes int\u00e9rieures, entre sid\u00e9ration, col\u00e8re, espoirs insens\u00e9s et apaisement.<\/strong><\/em><\/p>\n<h2 align=\"justify\">Ghostpoet &#8212; Po\u00e8te visionnaire<\/h2>\n<p align=\"justify\">10 ans d\u00e9j\u00e0 que l&#8217;on suit la carri\u00e8re d&#8217;<b>Obara Ejimine<\/b>, aka <b>Ghostpoet<\/b>, dandy britannique et conteur tragique d&#8217;une \u00e9pop\u00e9e lancinante, \u00e0 mi-chemin entre trip-hop, jazz et electronica, et l&#8217;on mesure le chemin parcouru depuis <i>Peanut Butter Blues &amp; Melancoly.<\/i> <i>I Grow Tired But Dare Not To Fall Asleep<\/i>, son dernier opus, est un concentr\u00e9 de noirceur et d&#8217;\u00e9l\u00e9gance d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. Atmosph\u00e9rique, totalement cin\u00e9matographique \u2013 on se prend \u00e0 r\u00eaver qu&#8217;il signe la bande-son d&#8217;un film noir ou d&#8217;une s\u00e9rie d&#8217;anticipation \u2013, \u00e0 la fois la suite logique des albums pr\u00e9c\u00e9dents et passage \u00e0 la vitesse sup\u00e9rieure avec ses arrangements complexes et ses distorsions haletantes. \u00ab\u00a0I am alive, You are alive, We are alive\u00a0\u00bb psalmodie Ghostpoet sur le premier titre de l&#8217;album, <i>Breaking Cover<\/i>, avant d&#8217;encha\u00eener quelques couplets plus loin par \u00ab\u00a0I wanna die, You wanna die, We wanna die&#8230;\u00a0\u00bb\u00a0: on ne saurait mieux r\u00e9sumer l&#8217;esprit du temps. Glissant peu \u00e0 peu en dix titres imparables vers un songe suffocant et cathartique, \u00e9voquant tour \u00e0 tour Tricky, Radiohead ou Gil Scott-Heron, Ghospoet ressemble au croque-mitaine qui hante nos cauchemars\u00a0: terrifiant, singulier, et \u00e9minemment d\u00e9sirable.<\/p>\n<p align=\"center\"><iframe width='650' height='375' src='\/\/www.youtube.com\/embed\/NNPPAbenJrA?autoplay=0&loop=0&rel=0' frameborder='0' allowfullscreen><\/iframe>\n<p style=\"font-size: small;\" align=\"justify\"><i><b>Grow Tired But Dare Not To Fall Asleep<\/b><\/i><b>, 1<\/b><sup><b>er<\/b><\/sup><b> mai 2020 chez Play It Again Sam (Pias)<\/b><\/p>\n<h2 align=\"justify\">Pokey LaFarge &#8212; Crooner de fond<\/h2>\n<p align=\"justify\">En quittant Saint-Louis, Missouri, <strong>Pokey LaFarge<\/strong> s&#8217;est perdu en route et a touch\u00e9 le fond. Il aurait du le savoir, \u00e0 Los Angeles, on se retrouve presque \u00e0 coup s\u00fbr \u00e0 boire en t\u00eate avec de vieux d\u00e9mons. Trop d&#8217;alcool, trop de concerts, trop de femmes, trop de\u2026 qu&#8217;importe. Avec sa gueule d&#8217;acteur des ann\u00e9es 40, Andrew &#8212; Heissler de son vrai nom \u2013 se retrouve \u00e0 jouer son propre r\u00f4le dans un film qui lui \u00e9chappe, celui de la vie telle qu&#8217;on la chante dans les vieux blues qui broient du noir. Sans doute a t-il \u00e9crit certains des titres de <i>Rock Bottom Rhapsody <\/i>avant sa descente aux enfers, pourtant ils ont tous cette politesse du d\u00e9sespoir, cette suavit\u00e9 dansante qui le caract\u00e9rise. Huiti\u00e8me album et mont\u00e9e en puissance, Pokey saute d&#8217;un style \u00e0 l&#8217;autre et fait le grand \u00e9cart avec agilit\u00e9\u00a0: americana, boogie-woogie, rythm&#8217;n blues, ballades fa\u00e7on crooner, tout y passe. Et c&#8217;est bon. <i>Fuck Me Up<\/i> chante t-il ironiquement &#8212; titre irr\u00e9sistible d&#8217;ailleurs \u2013, d&#8217;accord, mais ce serait dommage, m\u00eame si on a, en ce moment, tous un peu envie de se foutre en l&#8217;air. L&#8217;album parfait pour attendre le d\u00e9confinement, ou la r\u00e9demption.<\/p>\n<p align=\"center\"><iframe width='650' height='375' src='\/\/www.youtube.com\/embed\/nANwSH1qTyc?autoplay=0&loop=0&rel=0' frameborder='0' allowfullscreen><\/iframe>\n<p style=\"font-size: small;\" align=\"justify\"><i><b>Rock Bottom Rhapsody, 10 avril 2020 chez New West Records<\/b><\/i><\/p>\n<h2 align=\"justify\">Chicken Diamond &#8212; Enrag\u00e9 solitaire<\/h2>\n<p align=\"justify\">Il \u00e9tait une fois dans l&#8217;Est un guitariste aussi enrag\u00e9 que les Stooges, aussi \u00e2pre qu&#8217;un bluesman du delta et aussi \u00ab bad \u00bb que tous les \u00ab fils de son \u00bb r\u00e9unis. Un <i>Bad Man<\/i> donc, rancunier comme son cinqui\u00e8me album, qui vient vous sonner les cloches aussi s\u00fbrement que P\u00e2ques 2020 vous aura donn\u00e9 la gueule de bois. Et il faut bien avouer que le bonhomme est toujours aussi droit dans ses bottes, nerveux comme un iguane \u00e0 qui on aurait os\u00e9 demander son attestation. Toujours pr\u00eat \u00e0 gueuler du blues et \u00e0 vous en balancer plein la tronche en mode One Man Band, <strong>Chicken Diamond<\/strong> serait plut\u00f4t du genre poulet nourri aux amph\u00e9tamines, m\u00eame s&#8217;il nous gratifie de quelques ponts et de relatives accalmies comme l&#8217;excellent <i>Don&#8217;t Get Me Wrong <\/i>ou le tr\u00e8s noir <i>Bad Man \u2013 <\/i>une reprise des Oblivians para\u00eet-il, mais si c&#8217;est le cas\u2026 m\u00e9connaissable <i>-,<\/i><i> <\/i>qui n&#8217;est pas sans \u00e9voquer les errances cr\u00e9pusculaires d&#8217;un Mark Lannegan. \u00ab\u00a0<i>No Escape<\/i>&#8230; you&#8217;re alone\u00a0!\u00a0\u00bb braille t-il de sa voix \u00e9raill\u00e9e sur le titre du m\u00eame nom, voil\u00e0 qui r\u00e9sume \u00e0 merveille l&#8217;esprit de cet album impeccablement ficel\u00e9 et l&#8217;on n&#8217;a qu&#8217;une h\u00e2te, le voir \u00e0 nouveau sur sc\u00e8ne o\u00f9 il donne \u00e0 chaque fois toute la mesure de son rock \u00e9nerv\u00e9, brut et sans compromis.<\/p>\n<p align=\"center\"><iframe width='650' height='375' src='\/\/www.youtube.com\/embed\/Ui1SBG_XHbg?autoplay=0&loop=0&rel=0' frameborder='0' allowfullscreen><\/iframe>\n<p style=\"font-size: small;\" align=\"justify\"><i><b>Bad Man<\/b><\/i><b>, 14 avril 2020 chez Beast Record<\/b>s<\/p>\n<h2 align=\"justify\"><b>Dakhabrakha &#8212; Sorciers polyphoniques<\/b><\/h2>\n<p align=\"justify\">Quatuor ukrainien n\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre Dakh \u00e0 Kiev en 2004, <strong>Dakhabrakha<\/strong> a su imposer depuis ses racines puis\u00e9es dans le folklore de la \u00ab\u00a0Petite Russie\u00a0\u00bb et <i>Alambari<\/i>, leur dernier album a tout d&#8217;un \u00e9tat de gr\u00e2ce. Ne vous fiez pas \u00e0 leurs tenues \u00e9trangement inspir\u00e9es des costumes traditionnels ukrainiens, merveilles d&#8217;esth\u00e9tique, la musique de Dakhabrakha \u2013 3 femmes pour 1 homme, bouff\u00e9e d&#8217;air frais\u00a0! &#8212; est tout sauf pass\u00e9iste. Bien loin d&#8217;Alyona Alyona, ils ont pourtant en commun avec elle l&#8217;art du crossover, la libert\u00e9 de ton et l&#8217;amour d&#8217;une langue singuli\u00e8re, symbole d\u00e9sormais d&#8217;\u00e9mancipation culturelle et politique. Musicologues avertis, musiciens cham\u00e9l\u00e9ons jouant tour \u00e0 tour du darbuka, de l&#8217;accord\u00e9on, du violoncelle, de la guimbarde (la liste est longue\u00a0!), ils ont fait de la polyphonie, sp\u00e9cificit\u00e9 \u00e0 priori ukrainienne par rapport \u00e0 leurs voisins russes, leur marque de fabrique. Et quelles voix\u2026 <i>Alambari<\/i> commence et se termine comme un r\u00eave avec le morceau du m\u00eame nom. Un r\u00eave \u00e9veill\u00e9 o\u00f9 d\u00e9filent dans le d\u00e9sordre des \u00e9glises aux bulbes dor\u00e9s, un cabaret foutraque, de jeunes amoureuses, un<i> Sonnet <\/i>de Shakespeare, une chanson en allemand (<i>Im Tanzen Liebe<\/i><i>),<\/i> des danses endiabl\u00e9es&#8230; Pour s&#8217;\u00e9vader.<\/p>\n<p align=\"center\"><iframe width='650' height='375' src='\/\/www.youtube.com\/embed\/St5u6Ho4Uks?autoplay=0&loop=0&rel=0' frameborder='0' allowfullscreen><\/iframe>\n<p style=\"font-size: small;\" align=\"justify\"><strong>Alambari, 27 mars 2020<\/strong><\/p>\n<div style=\"background-color: #666666; padding: 10px 15px; color: #ffffff; font-size: 16px; margin-bottom: 15px;\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small;\">A l&#8217;heure o\u00f9 nous \u00e9crivons cette chronique, la situation de l&#8217;industrie musicale, principalement celle des labels ind\u00e9pendants et du spectacle vivant, \u00e9tant particuli\u00e8rement dramatique, nous ne saurions trop engager nos lecteurs \u00e0 se procurer, s&#8217;ils le peuvent, ces albums sous format mat\u00e9rialis\u00e9 (livraison via des disquaires ind\u00e9pendants, achats en direct aupr\u00e8s des labels, etc&#8230;), et \u00e0 r\u00e9server, d\u00e8s que cela sera possible, une place pour un de leurs concerts.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"margin-top: 0px; margin-bottom: 0px;\" class=\"sharethis-inline-share-buttons\" ><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En ce printemps 2020 aux relents apocalyptique, les quatre cavaliers de la r\u00e9demption musicale n&#8217;ont pas le look escompt\u00e9. 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