{"id":10289,"date":"2014-05-12T13:39:57","date_gmt":"2014-05-12T12:39:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/?p=10289"},"modified":"2015-12-26T12:21:29","modified_gmt":"2015-12-26T11:21:29","slug":"gerard-chante-manset-un-oiseau-sest-pose","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/ru\/gerard-chante-manset-un-oiseau-sest-pose\/","title":{"rendered":"G\u00e9rard chante Manset"},"content":{"rendered":"<p>J&#8217;ai rencontr\u00e9 Manset dans ma prime jeunesse et depuis on ne s&#8217;est pas beaucoup quitt\u00e9s. Je pourrais \u00e9voquer des heures sa discographie. <strong>Il est pour moi un chanteur plus intime que les autres<\/strong>, l&#8217;une de ces voix qu&#8217;on ressent r\u00e9guli\u00e8rement le besoin d&#8217;\u00e9couter, dans le recueillement, comme pour se retrouver soi-m\u00eame et se sentir tout-\u00e0-fait en phase avec sa vie, m\u00eame si ce qu&#8217;il raconte n&#8217;est pas toujours tr\u00e8s marrant.<\/p>\n<p>Depuis les ann\u00e9es 90, o\u00f9 ses apparitions se sont rar\u00e9fi\u00e9es, <strong>j&#8217;ai suivi avec ferveur chacune de ses sorties d&#8217;albums<\/strong>. Je les ai presque tous trouv\u00e9s superbes, maniant avec une pleine ma\u00eetrise ces th\u00e9matiques immuables qui le caract\u00e9risent\u00a0: <strong>la disparition, le souvenir, une absence radicale d&#8217;espoir<\/strong> et pourtant la r\u00e9surrection quasi-magique de moments appartenant \u00e0 un pass\u00e9 id\u00e9alis\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9pure. Dans un r\u00e9flexe d&#8217;auto-d\u00e9fense plut\u00f4t sain face \u00e0 un auteur aussi dangereux, je me suis quelquefois foutu de lui&#8230; mais jamais en le reniant, sachant bien que chez Manset, la facilit\u00e9 est toujours forme, moyen d&#8217;indiquer \u2013 quelque part dans la brume \u2013 une v\u00e9rit\u00e9 plus profonde, <strong>la clef d&#8217;un fait humain.<\/strong><\/p>\n<p>Et voil\u00e0 qu&#8217;\u00e0 l&#8217;occasion d&#8217;un <strong>changement de label<\/strong>, on voit para\u00eetre cet <strong>objet, \u00e9trange<\/strong> \u00e0 force de proposer un programme conventionnel. On imagine facilement n&#8217;importe lequel de nos chanteurs revisiter son r\u00e9pertoire sur ce genre de recueils tardifs, sollicitant au passage l&#8217;approbation des \u2013 plus ou moins \u2013 jeunes g\u00e9n\u00e9rations. Mais de la part de Manset, cela surprend, tant il s&#8217;est lui-m\u00eame d\u00e9peint comme <strong>un \u00eatre voyageant en solitaire<\/strong>, \u00ab\u00a0\u00e0 l&#8217;\u00e9cart des connards\u00a0\u00bb, etc.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/manset-oiseau-pose-cover.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-10292\" src=\"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/manset-oiseau-pose-cover.jpg\" alt=\"Manset - Un oiseau s\u2019est pos\u00e9 \" width=\"200\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/manset-oiseau-pose-cover.jpg 500w, https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/manset-oiseau-pose-cover-100x100.jpg 100w, https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/manset-oiseau-pose-cover-399x399.jpg 399w, https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/manset-oiseau-pose-cover-300x300.jpg 300w, https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/manset-oiseau-pose-cover-32x32.jpg 32w, https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/manset-oiseau-pose-cover-64x64.jpg 64w, https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/manset-oiseau-pose-cover-96x96.jpg 96w, https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/manset-oiseau-pose-cover-128x128.jpg 128w, https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/manset-oiseau-pose-cover-150x150.jpg 150w\" sizes=\"(max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/a>Avant la sortie, on nous app\u00e2te avec <strong>dEUS<\/strong>, groupe que j&#8217;ai ador\u00e9 fut un temps, mais qui me semble un peu en panne. Les voici, en grande pompe sur France Inter, reprenant <em>Animal On Est Mal<\/em>, premier 45 tours et premier classique du ma\u00eetre, illustration fulgurante d&#8217;une pop fran\u00e7aise de la fin des sixties qui compte peu de r\u00e9ussites du m\u00eame acabit. Leur version est scolaire, d\u00e9sincarn\u00e9e, terriblement sage et Manset y appara\u00eet comme \u00e9gar\u00e9, \u00e2nonnant sans le comprendre le texte na\u00eff d&#8217;un jeune homme qu&#8217;il n&#8217;est plus. De quoi attendre le pire de cet exercice&#8230;<\/p>\n<p><strong>Le pire ne s&#8217;est pas produit<\/strong>. D&#8217;abord parce qu&#8217;on ne parle pas de n&#8217;importe quelles chansons\u00a0: sans proposer un \u00ab\u00a0best-of\u00a0\u00bb convenu, Manset a effectu\u00e9 une s\u00e9lection \u00e0 la fois embl\u00e9matique et personnelle des titres qu&#8217;il souhaitait revisiter. On y trouve quelques-uns de ses <strong>grands classiques<\/strong>, mais aussi des morceaux moins fr\u00e9quemment cit\u00e9s, comme <em>Le Train du Soir<\/em> ou <em>Manteau jaune<\/em>, \u00e9crit pour <strong>Rapha\u00ebl<\/strong>, et un in\u00e9dit, qui donne son titre au recueil. La plupart comptent parmi ses plus grandes chansons et le seul fait de les r\u00e9entendre est en soi un plaisir.<\/p>\n<p>D&#8217;autre part, m\u00eame s&#8217;il on a pu insister sur la pr\u00e9sence d&#8217;invit\u00e9s, il s&#8217;agit avant tout d&#8217;un <strong>exercice de relecture de ses propres titres par Manset lui-m\u00eame<\/strong>, entour\u00e9 de sa garde rapproch\u00e9e (le guitariste David Woodshill et le bassiste Didier Batard, qui l&#8217;accompagnent depuis les ann\u00e9es 70). Il n&#8217;y a finalement que quatre morceaux o\u00f9 des invit\u00e9s partagent l&#8217;affiche et \u2013 \u00e0 l&#8217;exception de dEUS \u2013 leurs interventions sont plut\u00f4t discr\u00e8tes. On retrouve donc sur chaque titre cette voix et ce son caract\u00e9ristiques qui habitent depuis toujours sa musique, mis au service d&#8217;<strong>une nouvelle approche qui a quelque chose d&#8217;assez singulier<\/strong>. En effet, Manset est c\u00e9l\u00e8bre pour ne s&#8217;\u00eatre jamais produit sur sc\u00e8ne. Il b\u00e9n\u00e9ficie donc d&#8217;un recul inhabituel par rapport \u00e0 ses cr\u00e9ations, auxquelles il est capable d&#8217;apporter un regard nouveau sans les d\u00e9naturer, manifestant un plaisir communicatif \u00e0 retrouver ses mots et ses m\u00e9lodies.<\/p>\n<p>Face aux meilleures r\u00e9ussites du disque (<em>Comme un guerrier, Le Pont<\/em> ou <em>Genre humain<\/em>, magnifique morceau de son pr\u00e9c\u00e9dent album&#8230;), <strong>on songe \u00e0 la s\u00e9rie des American Records de Johnny Cash<\/strong>\u00a0: on y retrouve en effet la m\u00eame recherche d&#8217;un certain d\u00e9pouillement et ce m\u00eame genre d&#8217;interpr\u00e9tation \u00ab\u00a0r\u00e9incarn\u00e9e\u00a0\u00bb, o\u00f9 un homme m\u00fbr s&#8217;approprie pleinement des textes \u00e9crits par quelqu&#8217;un de plus jeune, semblant nourrir de son exp\u00e9rience chaque phrase. A ce titre, la version de <em>Celui qui marche devant<\/em>, accompagn\u00e9e d&#8217;interventions hom\u00e9opathiques d&#8217;<strong>Axel Bauer<\/strong>, est <strong>particuli\u00e8rement remarquable<\/strong> : ce long morceau qui figurait sur l&#8217;un de ses premiers et plus introuvables albums (<em>Long Long Chemin<\/em>, sorti en 1972 et jamais r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en CD) retrouve, arrang\u00e9 comme une ballade folk toute simple, une efficace atemporalit\u00e9 et son texte \u2013 une s\u00e9rie d&#8217;observations \u00e9nigmatiques sur une relation ancienne, trait\u00e9e comme un voyage vers l&#8217;inconnu \u2013 n&#8217;a plus la m\u00eame r\u00e9sonance, chant\u00e9 par un homme de plus de 70 ans. <strong>Il semble gagner en profondeur, serti dans ce nouvel \u00e9crin.<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-10299\" style=\"margin-left: 10px;\" src=\"https:\/\/www.horsdoeuvre.fr\/wp-content\/uploads\/manset-animal.jpg\" alt=\"manset-animal\" width=\"260\" height=\"168\" \/><strong>D&#8217;autres morceaux surprennent par un l\u00e9ger d\u00e9calage<\/strong>, un pas de c\u00f4t\u00e9 plus ou moins prononc\u00e9 qui leur fait prendre une autre dimension. Sur <em>Lumi\u00e8res<\/em>, la guitare prend le pas sur le piano, et la chorale d&#8217;enfants qui caract\u00e9risait la version pr\u00e9c\u00e9dente est coup\u00e9e lors des premi\u00e8res minutes, avant de faire une discr\u00e8te mais \u00e9mouvante r\u00e9apparition \u00e0 la fin du morceau. Une clarinette donne \u00e0 <em>Entrez dans le r\u00eave<\/em> <strong>un climat onirique et distanci\u00e9<\/strong>, tranchant avec la froideur m\u00e9canique originelle. Les fl\u00fbtes et binious accompagnant <em>Deux voiles blanches<\/em> rappellent un peu les versions de <em>Santiano<\/em> et <em>Le jour o\u00f9 le bateau viendra<\/em>, r\u00e9enregistr\u00e9es par Hugues Aufray dans les ann\u00e9es 90&#8230; ils donnent un c\u00f4t\u00e9 un peu ringard, un peu chanson populaire \u00e0 ce morceau issu d&#8217;un des albums les plus aust\u00e8res de Manset (<em>Prisonnier de l&#8217;inutile<\/em>) qui d\u00e9route et s\u00e9duit finalement.<\/p>\n<p><strong>Il n&#8217;y a pas de vraie faute de go\u00fbt.<\/strong> On reprochera un peu de facilit\u00e9 \u00e0 l&#8217;adaptation anglaise d&#8217;<em>Il voyage en solitaire<\/em>, mani\u00e8re de fuir un probl\u00e8me tenace : ce tube na\u00eff au milieu d&#8217;une discographie bizarre et exigeante. On regrettera que <em>Manteau rouge<\/em> \u2013 texte extraordinaire et implacable sur la terreur communiste dans le Sud-Est asiatique \u2013 n&#8217;ait pas \u00e9t\u00e9 totalement d\u00e9pouill\u00e9 de ses sonorit\u00e9s eighties, ou que <em>Matrice<\/em> manque d&#8217;intentions neuves. <strong>On pr\u00e9f\u00e9rera fatalement tel morceau \u00e0 tel autre<\/strong> (j&#8217;aimerais que quelqu&#8217;un m&#8217;explique un jour La ballade des \u00e9chinodermes&#8230;).<\/p>\n<p><strong>Reste que ce disque est un excellent Manset<\/strong>, et peut constituer <strong>une bonne introduction<\/strong> \u00e0 qui d\u00e9couvrirait son univers aujourd&#8217;hui. A d\u00e9faut d&#8217;esp\u00e9rer l&#8217;entendre un jour sur sc\u00e8ne, on souhaite \u2013 comme pour Johnny Cash \u2013 que l&#8217;exercice soit renouvel\u00e9 le plus souvent possible et que d&#8217;autres titres absents du recueil (allez&#8230; <em>Camion b\u00e2ch\u00e9, Que deviens-tu, Y&#8217;a une route, Tristes tropiques, Jeanne<\/em>&#8230;) fassent l&#8217;objet du m\u00eame traitement.<\/p>\n<p>Je terminerai n\u00e9anmoins cette chronique par <strong>un probl\u00e8me tout-\u00e0-fait personnel<\/strong> que me pose l&#8217;une des chansons du disque\u00a0: Cover me with Flowers of Mauve&#8230; Aid\u00e9 par un certain Paul Breslin, Manset ne s&#8217;est pas content\u00e9 d&#8217;adapter <em>Il voyage en solitaire en anglais<\/em>, mais il s&#8217;est aussi attaqu\u00e9 \u00e0 <strong><em>\u00c9l\u00e9gie Fun\u00e8bre<\/em><\/strong>, cette esp\u00e8ce de <strong>requiem psych\u00e9d\u00e9lique, sublime et traumatisant<\/strong>, qui concluait <em>La Mort d&#8217;Orion<\/em>. <strong>Et c&#8217;est tr\u00e8s beau<\/strong>\u00a0: on y entend <strong>Mark Lannegan<\/strong> donner la r\u00e9plique au chanteur d&#8217;une voix particuli\u00e8rement cr\u00e9pusculaire, sur des arrangements simplifi\u00e9s, moins d\u00e9lirants mais sans doute plus \u00e9loquents que la version originale. Mon probl\u00e8me, c&#8217;est que j&#8217;avais d\u00e9j\u00e0 traduit cette chanson en anglais et que je comptais l&#8217;interpr\u00e9ter un jour&#8230; Je n&#8217;ai plus qu&#8217;\u00e0 traduire une autre chanson. <strong>Merci Manset\u00a0!<\/strong><\/p>\n<div style=\"margin-top: 0px; margin-bottom: 0px;\" class=\"sharethis-inline-share-buttons\" ><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&#8217;ai rencontr\u00e9 Manset dans ma prime jeunesse et depuis on ne s&#8217;est pas beaucoup quitt\u00e9s. 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