The Bobby Lees – Punk éternel

« They say I shouldn’t drive ; When I’m feelin’ slightly suicidal ; Lookdin’for telephone poles and Holes to crawl inside of ; Well, I’ve been drivin’ round ; Holdin’ my breath ’bout 3, 4 miles ; Lookin’ for telephone poles and Holes to drive inside of ».

Crasseux, rageurs, fiévreux et jusqu’au-boutistes. Plus rien à perdre, prêts à sortir les griffes, sang qui tempête dans les veines, verbe fort, vent de révolte, table renversée, glaviot aux bords des lèvres. Cadavres de bières jonchant le sol du bar de la salle de concert parisienne La Maroquinerie pour tenir tête à cette chaleur trop précoce d’un mois de juin tétanisant. Débats à coup de batte sur le punk définitivement pas mort et enterré. On les imaginait comme ça The Bobby Lees. Mais c’est une bande de jeunes musiciens très polis que l’on découvre ce jour-là. Ils nous auraient presque payé un coup à boire. Le cheveu propre, avec encore des traces d’adolescence sur l’épiderme. Rien de subversif, de bouillonnant, d’explosif. La seule chose qui brûle, c’est le soleil qui nous liquéfie. Eux restent distants, les mots et les gestes sous contrôle.

The Bobby Lees - La Maroquinerie 2022 © Emilie Paul / Horsdoeuvre.fr
The Bobby Lees – La Maroquinerie 2022 © Emilie Paul / Horsdoeuvre.fr

Leur rencontre ? C’est dans une « Rock Academy », sorte d’école où on apprend à faire du rock, que Sam Quartin recrute la bassiste Kendall Wind et le batteur Macky Bowman. Le guitariste Nick Casa les rejoint plus tard. « J’ai essayé de jouer avec différentes personnes à Brooklyn, mais n’ai jamais réussi à me connecter avec quelqu’un, explique Sam Quartin. On m’a alors parlé de la Rock Academy de Woodstock. Avec Kendall et Macky, on a enregistré « Beauty Pageant », notre premier disque, en 2017. Différents amis ont joué de la guitare puis Nick est arrivé fin 2017. On a senti alors que l’on tenait quelque chose et on a commencé à faire des tournées. » Sam Quartin n’a pas, comme ses acolytes, pris des cours de rock après l’école. Plus proche de l’esprit do it yourself, elle s’est débrouillée par ses propres moyens pour apprendre à plaquer quelques accords de guitare. « J’avais trop peur au début de jouer devant quelqu’un confie-t-elle. Quand j’ai rencontré Kendall et Macky, ils avaient de plus grandes connaissances musicales que moi, ils jouaient depuis plus longtemps et cela m’a aidée à déployer ce que tout ce que j’avais déjà écrit. »

The Bobby Lees - La Maroquinerie 2022 © Emilie Paul / Horsdoeuvre.fr
The Bobby Lees – La Maroquinerie 2022 © Emilie Paul / Horsdoeuvre.fr

Les albums, groupes, sons qui comptent pour eux et qui les inspirent ? « Nous avons tous des goûts différents en matière de musique, souligne Nick Casa.  Kendall aime beaucoup la musique instrumentale, des bandes originales de films. Sam est aussi bien inspirée par My Chemical Romance que par Jack White, Patti Smith, Little Richard ou Bo Diddley. Macky, c’est Devo, PJ Harvey, le ska… Et c’est aussi un grand fan de Blink 182 ! » Haruki Murakami est aussi cité dans le titre « Strange days », que l’on trouve dans leur dernier EP sorti tout récemment « Hollywood Junkyard ». « Je suis en train de lire « The Wind-Up Bird Chronicle » et j’aime cette fantaisie, ce regard, jamais vraiment dans la réalité », précise Sam Quartin. Des références qui semblent bien loin du punk.  « Quand on s’est rencontrés, on ne s’est jamais dits « tiens on va faire du punk ou du garage rock ». », ajoute Sam Quartin. « On a pris ce chemin parce qu’il y a beaucoup d’énergie, de mouvement. C’est ce que j’aime exprimer avec la batterie, complète Macky Bowman. A l’origine, cela servait d’exutoire à tous. »

Cette énergie brute a immédiatement séduit Jon Spencer qui en connait un rayon en matière de garage et blues rock furieux. L’ex-leader du Jon Spencer Blues Explosion a alors proposé au groupe de faire sa première partie. Et il a produit dans la foulée leur deuxième album « Skin Suit ». « Je n’avais jamais entendu parler de Jon Spencer ni écouté ses albums, avoue Sam Quartin. Il nous a conseillés et soutenus, comme un père, un mentor, de façon bienveillante et constructive. Il y a beaucoup de lui dans cet album mais il nous a aussi encouragés à sortir des choses de nous. L’album que l’on a fait avec lui est le résultat d’une écriture partagée par tous, un vrai projet collectif, très excitant. Il a été incroyable ». « Quand tout était fermé, pendant la pandémie de Covid-19, on a poursuivi cette dynamique en écrivant à ensemble tous les soirs, ajoute Nick Casa. C’était génial en termes d’écriture même si à côté, c’était une sale période pour les concerts. » Cette période Covid a même été finalement bénéfique pour le groupe. « Le fait d’être enfermés nous a d’autant plus poussés à faire quelque chose créatif et de très intense, explique Sam Quartin. Notre producteur, Vance Powell, nous a poussés aussi mettre dans nos nouvelles chansons la même énergie que celle que nous mettons dans tous nos concerts. »

C’est d’ailleurs la scène qui motive le plus The Bobby Lees, nous confirment tous en chœur les 4 musiciens. Et c’est sur scène sans aucun doute que The Bobby Lees est le plus convaincant. C’est là, quand les guitares se déchainent, que les corps se désarticulent, que les bouches se tordent en hurlement, que le quatuor joue comme si c’était la dernière fois, que l’on comprend tout ce qu’on avait peiné à cerner lors de notre rencontre avec le groupe. Tout se joue ici au niveau des tripes. Le punk est bien vivant.

Garbage Plate

On a demandé au groupe The Bobby Lees le plat idéal à manger avec « Skin Suit » ou « Hollywood Junkyard ». Réponse : le Garbage Plate hot dog, inventé à Rochester (Etat de NY). Kendall Wind, bassiste du groupe, nous indique la recette : « Vous prenez les restes d’un repas ou barbecue, vous les disposez sur des hot-dogs ouverts en deux, et disposez le tout dans une assiette en polystyrène ». Un plat bien punk lui aussi !

The Bobby Lees est en tournée en juillet dans toute la France, dont le 21 à Binic (https://lanefdfous.fr/).