Le limoncello, c’est chaud

Les recettes du grand confinement #2

En ces temps de confinement, pour ne pas finir con-finis, déconfis et/ou conchiants, on est nombreux à enchaîner confitures et confits, à éplucher, découper, ciseler, morceler, tailler, mixer, cuire, griller, faire sauter ou rôtir… bref à passer nos nerfs aux fourneaux, à tuer le temps en cuisine, et lire, penser et rêver bouffe, à concocter des centaines de plats que l’on ne pourra partager qu’à distance avec ses proches… Sauf si on remplace la cantoche le midi. Chez HdO, on vous a préparé quelques recettes à la sauce confinement, bien épicées, bien mordantes ou bien réconfortantes, selon l’état dans lequel on se trouve. Deuxième de la série, le limoncello !

Je vous parle d’un temps…

Il y a longtemps, quand on pouvait encore se déplacer à plus d’1 km sans être géolocalisé afin d’examiner « l’impact des mesures de confinement prises par les Etats membres », il arrivait que l’on puisse aller jusqu’en Provence, visiter de vieux amis de la famille. Et il faut que je vous avoue que ces gens vivaient d’une bien curieuse façon. Ils vivaient… dehors. Oui, vous avez bien lu : dehors ! Du moins, la moitié de l’année, les fous, sans peur des virus et des voisins : à l’air LIBRE.

Notre hôtesse, accorte femme d’un « toujours Italien » (la France a parfois du mal à reconnaître ses enfants), préparait en ce temps-là une bouteille de limoncello, merveilleuse liqueur de citron que l’on produit, entre autres, à Sorrente, dans le golfe de Naples, le long de la côte Amalfitaine. Là-bas, le Vésuve éternel contemple la mer que longe, en se tortillant, un train où jadis, la digne pauvreté et le tourisme s’asseyaient main dans la main. Ce train vous emmène vers Pompéi, autrefois ville insouciante inondée de lumière, qui dort désormais sous la poussière comme notre triste monde suffocant sous le poids de sa propre folie. Mais je m’égare, il faut me pardonner…

De ces temps lointains, il nous reste encore quelques recettes, dont celle du fameux limoncello, adapté par les confinés de l’an 1 en partie décimés par une vague de comas éthyliques… Cette recette, la voici.

Pour préparer 1 bouteille de limoncello, il vous faut :

— 7– 8 citrons non traités, de préférence bio
— 1 litre d’eau de vie à 90°
— 1,25 litre d’eau
— 600 g de sucre en poudre

Préparation : 1 mois (on s’en fout, on a le temps)

Prix : Normalement pas cher mais là, vous allez douiller

Dégustation : entre 20 minutes et 2 jours, selon votre état psychique.

1 personne : vous la boirez seul comme un con

1. Tout d’abord, il vous faudra vous procurer les dits-citrons, ce qui ne sera pas une mince affaire, les fruitiers indépendants n’étant plus aussi bien approvisionnés. Evitez les grandes surfaces, anxiogènes, vos citrons doivent être propres (gare à la contamination par tripotage !) et si vous en avez le courage, faites la queue devant les enseignes type « Bobo c’est Bo » ou « Les Nouveaux Vendredis », en matière d’hygiène chiante, ils en connaissent en rayon. Les citrons, bien entendu, vous coûteront une blinde alors que normalement, il convient de les cueillir au jardin, le matin, lorsque le soleil rase les tuiles de terre cuite. Il ne fait pas encore trop chaud et leur parfum a la fraîcheur acidulée de l’été… Ouh la, ça me reprend…

Limoncello

2. Ecorchez les citrons dument lavés – mort aux zistes* ! — en versant une larme sur le printemps moribond, vous habitez un HLM sans balcon.

3. Toutes ces peaux d’un beau jaune d’or vous serrent le cœur, alors vous les glissez sans ménagement dans une bouteille d’eau de vie d’alcool pur. Attention, pas modifié, ça c’est de l’alcool de pharmacie, ça ne se boit pas ! De toutes façons, on ne rentre pas comme ça non plus dans les pharmacies, donc…

4. Un mois plus tard, de plus en plus confiné, vous avez pris du poids, 10 ans au bas mot, vous avez oublié le nom de vos meilleurs amis et vous pensez que le gouvernement a bien raison de mettre des bracelets électroniques aux « non-immunisés », vous avez d’ailleurs fait un don en ligne pour ça. Il est temps de retirer les foutus zestes de cette saloperie d’alcool.

5. Vous êtes devenu tellement alcoolique que vous puisez dans vos dernières forces pour ne pas sucoter les écorces de citron et lorgnez d’un œil vicieux l’alcool pur. Heureusement, la voix à la radio d’état vous rappelle « qu’il est 14h35, l’heure du 50ème lavage de mains de la journée », ouf, vous voilà sauvé !

6. Les lanières de citron baignent dans 1,25 l d’eau froide et y resteront pendant 2h. Pendant ce temps-là vous vous servez un petit verre de machin très très fort. Non, on vous a dit non ! Allez, arrêtez de trembler, on continue.

7. Faites bouillir ces pourritures de peaux de citron 10 minutes, filtrez et hop, flanquez-les à la benne.

8. Dans l’eau désormais aussi bouillie que votre linge de maison, ajouter 600g de sucre en poudre. Je sais, ça fait beaucoup, mais qui s’occupe encore de sa ligne en 2020 ? En plus, vous en avez environ 25 kilos en stock, alors…

9. Lorsque le sucre est fondu, mélanger intimement à l’eau de vie. Elle a bien de la chance la garce ! Versez ensuite dans des bouteilles et réservez au frais.

* Le ziste est la partie des blanches des zestes, ignares que vous êtes.

Suggestion d’écoute : Sur la place de Jacques Brel, version Birds On A Wire, sur l’album Ramages, sorti en février 2020 : idéal pour boire tout seul en chialant

Le truc en + : plutôt que de coûteuses étiquettes désormais indisponibles vu que plus personne ne va à l’école ou au bureau, découpez vos attestations de sortie, ça sera du plus bel effet.

En temps normal, il était déjà hasardeux de soudoyer un pharmacien (véreux) pour se procurer de l’alcool, mais là, vous vous en doutez, c’est impossible. Heureusement, il existe une alternative, celle de l’acool de fruit à 40°C (2 litres, au bas mot + 300g de sucre à faire fondre dans très très peu d’eau) où faire mariner ses zestes. C’est plus rapide, plus sain, mais vachement moins marrant, et attention : pas une goutte d’eau dans votre mixture dans ce cas précis ! Ah oui, et il paraît que l’on doit mentionner « à consommer avec modération », et puis quoi encore, tu veux voir mon attestation ?

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