Jean-Baptiste Soulard, Le Silence et l’Eau

« Il est temps de quitter la ville et de tirer sur les discours le rideau des forêts ». La citation est extraite du livre de Sylvain Tesson, Dans Les Forêts de Sibérie, et illustre à merveille le premier album de Jean-Baptiste Soulard qu’il a inspiré, Le Silence et l’Eau.

Escapade en solo du cofondateur de Palatine, disque plein de grâce, Le Silence et l’Eau chante et invoque une Sibérie imaginaire, paysages de glace et de mystère, espaces vierges à peine frôlés de froissements d’ailes et de pas dans la neige. Aussi furtifs et délicats que les invisibles visiteurs de l’exilé volontaire dans son isba de rêve, les titres s’y succèdent, air libre, vers libres, et nous invitent au grand départ.

Jean-Baptiste Soulard © Hugues Anhes
Jean-Baptiste Soulard © Hugues Anhes

Car si Jean-Baptiste Soulard n’est peut-être jamais allé en Sibérie, contrairement à Sylvain Tesson et dieu sait à quel point Le Silence et l’Eau donne envie de le lire, les onze titres qui constituent l’album semblent comme autant de contes nés près du Grand Baïkal. Entre chanson française dans sa tradition la plus pure — on pense parfois à Yves Simon -, et songwriting anglo-saxon, il entrouvre avec cet album, la porte vers un ailleurs du genre.

Voyage immobile, voyage intérieur. Les arrangements, harmonieux, parfois élégiaques, les voix – celle de Jean-Baptiste Soulard tout d’abord, et celles de ses invités, Blessa, Luciole, Blick Blassy… – s’y mèlent comme autant d’invitations à la rêverie. Voici d’ailleurs les premiers flocons qui tombent, le froid mordant, le vent, la solitude tant désirée. Ils vous brûlent un peu, c’est vrai, mais s’il vous marquent au Fer Rouge, ou « au fer bleu », ce n’est que par leur poésie. Les textes — la chose n’est plus si coutumière dans la chanson française — simples et lumineux, se fondent avec la musique, font corps avec elle et semblent parfois presque danser ; ils coulent de source pour employer une métaphore que l’on devine déjà filée.

Car la neige, le feu, les battements du coeur, sont les éléments primordiaux qui règnent dans ces espaces lointains. Là où invisible, guette la panthère des neiges, reine d’un monde oublié encore peuplé d’animaux fabuleux et de dieux que l’on dit premiers. Aventuriers ou non, le temps est venu pour nous de nous lever, de retirer le givre à nos fenêtres, de marcher près du lac, d’assister à la débâcle des eaux, d’être libre…

Le silence, l’eau…

L’album de Jean-Baptiste Soulard n’est que le début du voyage.

Jean-Baptiste Soulard – Le Silence et l’Eau – Le 28 février 2020 chez Horizon / Un Plan Simple

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Pour prolonger le voyage :

« Dans les Forêts de Sibérie » de Sylvain Tesson (2011) et le film du même nom réalisé par Safy Nebbou avec Raphaël Personnaz et Evgueni Sidikhine (2016)

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