Buck : interview Drums, & Bass…

On avait repéré Buck juste quelques semaines avant le Binic Folks Blues Festival, grâce à leur album Among Your Fears sorti chez Beast Records. Pour le reste, on ne savait pas grand-chose de ce duo originaire de Bretagne mis à part une production soignée, à mi-chemin entre rock metal et blues déchiré, textes crépusculaires et basse profonde toujours prête à en découdre en sus. Rencontre brute de décoffrage avec Clément Palant, batteur et chanteur du groupe, la veille de leur concert du 28 juillet 2019.

HdO : Bonjour Clément, alors, Buck, c’est qui, c’est quoi exactement ?

Clément Palant : Buck existe depuis 2016 et à la base, c’est un duo basse-batterie. C’est un choix complètement assumé, il n’y aura jamais de guitare, on est que deux, même si sur le dernier album qui est sorti en mai dernier chez Beast Records, on a invité un saxophone et un clavier.

HdO : Jamais de guitare ! Mais pourquoi ?

Clément Palant : Parce qu’à la base, tout est né d’un délire de Xavier Soulabail, le bassiste. Un soir, en gros (il prend une voix un peu… fatiguée), ils nous a dit « je vous explique, moi, je peux faire du blues avec ma basse, la guitare, pas besoin ! ». Du coup, je lui ai dit « ok, d’accord, on y va, on va faire du blues sans guitare », et depuis, c’est devenu la règle.

HdO : C’est marrant ça, est-ce que vous connaissez le groupe The Inspector Cluzo ?

Clément Palant : Bien sûr !

HdO : Et tu sais que leur devise est « Fuck The Bass Player »… Vous le prenez comment ?

Clément Palant : Très bien ! Sur nos albums, il y a écrit « Fuck The Guitar Player » en guise de remerciement final ; il faut qu’on leur envoie l’album (rire).

Buck © Cyrille Bellec
Buck © Cyrille Bellec

HdO : Et sinon, comment définirais-tu le style de Buck ?

Clément Palant : En résumé, on fait du trash blues, mais sur l’album, il y a d’autres influences, du blues un peu plus classique, et même du post-punk. On ne se met aucune limite en fait…

HdO : Par moment, on perçoit même quelque chose de Nick Cave et de ses Bad Seeds, quelque chose d’un peu New Wave, on se fait des idées ou c’est vrai ?

Clément Palant : Oui, sans doute, même si quand on a enregistré l’album, on a réfléchi à rien de précis. Mais c’est vrai qu’on écoute Nick Cave, plus Grinderman d’ailleurs. En ce qui concerne le mouvement New Wave, pour ma part, à part Joy Division, je ne connais rien ! Sur un morceau comme Blackshirts, qui utilise une boîte à rythme et qui pourrait avoir un peu cette tonalité-là, c’est un accident, on l’avait laissé par mégarde mais en réécoutant, ça nous a plu.

HdO : Tout est en quelque sorte une question d’alchimie…

Clément Palant : Oui, et en ce qui concerne les influences, les envies, on ne s’interdit rien. Xavier était un grand fan de Motörhead, surtout de Lemmy et de son jeu à la basse ; c’est l’un des premiers à l’avoir utilisé comme ça…

HdO : Avec un soupçon de vaudou, comme sur H.C.C.D. Qu’est-ce que ça veut dire au fait H.C.C.D ?

Clément Palant : Ça veut dire Hoodoo Club Carnival Dance, un nom qui s’inspire des clubs de New-Orleans. Sauf que là, c’est un club fictif où l’on convoque l’esprit cajun, les hoodoo queens comme Marie Laveaux et les hoodoo kings, comme Doctor John… c’est vraiment un hommage à la Nouvelle-Orléans. C’est souvent le premier morceau qui ouvre le set et désormais on le dédicace à Doctor John qui est parti il y a peu. On parlait des influences tout à l’heure et c’est un bon exemple, voilà quelqu’un qui n’a jamais eu une vision très « rigolote » du monde, on le sent dans ses textes, mais à côté de ça, il ne s’est jamais pris au sérieux tout en explorant un maximum de choses.

HdO : Le rapport au vaudou, à la magie, on le trouve aussi sur un titre comme Enchantress par exemple, et ça fonctionne très bien sur scène.

Clément Palant : Oui, j’aime bien ce côté mystique, et même si je suis complètement athé, ça ne me dérange pas de parler de dieu, de divinités, de magie. L’important, c’est de raconter des histoires.

HdO : Résultat, ce que fait Buck est quand même assez dark, en tout cas sur l’album qui s’appelle, en plus, Amongst Your Fears*. Les paroles d’un titre My Murder, que l’on avait sélectionné dans notre playlist Summer 2019, sont quand même assez tordues…

Clément Palant : Oui, c’est moi qui écrit les textes d’ailleurs. C’est l’histoire d’un tueur professionnel qui se fait buter comme une grosse merde, il agonise dans le caniveau et se dit que son propre meurtre était loin d’être parfait. Si j’écris des trucs aussi noirs, c’est que je n’ai pas une vision du monde très optimiste mais il y a toujours un peu d’humour. On n’est pas là à serrer les fesses en se disant « on va tous crever, autant se faire chier jusqu’au bout ! ». Non, nous, c’est un peu l’inverse, on en chie alors autant se marrer…

HdO : Et le monde contemporain, son état délétère, ça vous influence également ?

Clément Palant : Sur un morceau comme Blackshirts, pour y revenir encore une fois, clairement oui. Parce qu’on est bien obligé de le constater, on est tous tranquillement en train de devenir fascistes. A force de gueuler sur tout et n’importe quoi, et surtout sur son voisin, on va se retrouver avec des bruits de bottes et des chemises brunes…

HdO : C’est intéressant ce que tu me dis, car la plupart de ceux que nous avons interrogés à Binic, de près ou de loin, sont impliqués politiquement, ou du moins conscientisent la situation actuelle, un peu comme si le festival était une poche de résistance. Qu’est-ce que ça représente le « Folk » à tes yeux, surtout pour toi qui est briochin ?

Clément Palant : Ce festival, c’est une vraie chance. Moi, je suis adhérent à l’association depuis des années et beaucoup de ceux qui sont venus y jouer sont des copains. Mais attention, c’est pas pour autant que c’est facile de s’y faire programmer ! On est hyper ravis d’y jouer, on a même fait un bœuf au camping et c’était génial…

HdO : C’était un concert surprise ?

Clément Palant : Oui, on l’avait déjà fait en 2016, c’était la première année où le camping était payant et Ludo avait voulu marquer le coup, alors quand il nous a demandé de le refaire cette année, on n’a pas hésité.

Buck © Cyrille Bellec
Buck © Cyrille Bellec

HdO : Le public de Binic est particulièrement bienvaillant non ?

Clément Palant : Oui, on s’y sent comme à la maison. Mais on a aussi joué il y a peu à Art Rock à Saint-Brieuc et c’était vachement bien, même si la programmation est beaucoup plus « large », plus mainstream. On a joué le même soir que The Good, The Bad & The Queen, Meute et Kery James, c’est dire ! Mais à Binic, le public est très varié également, du fait de la gratuité.

HdO : Tu penses qu’il faut savoir désacraliser la musique ?

Clément Palant : Oui, moi, j’ai un vrai problème avec l’état d’esprit en France par rapport à ça. L’exception culturelle, tout ça, c’est très bien, mais on n’écoute pas assez de musique et en même temps, on la met sur un piédestal. Un festival comme Binic, c’est un moment à part ; à côté de ça, les cafés concert ferment les uns après les autres, même à Rennes, même à Saint-Brieuc, où ça résiste pourtant encore un peu. Essaye d’amener une batterie dans un bar, tu vas voir ! Il y a clairement un problème avec les politiques urbaines qui vident les centre-villes à partir d’une certaine heure, tout ça pour une question d’image…

Buck – Among Your Fears – 2019, chez Beast Records

Buck sera en concert : le 29 août à Roquefort en Terre, le 30 août à Quimper et le 7 septembre 2019 au festival Les Routes de Lanleff

Musiciens additionnels : Joachim Blanchet (clavier), Pierre-Alexis Rault (saxophone)

*Traduction : Parmi tes peurs…

Merci à Cyrille Bellec de nous avoir prêté ces photos «si tu rock, je te shoote»* de Buck !
Great live pics for a great live performance !

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* Plus précisément «si je te croise, je te shoote» du projet du même nom.

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