Jason Glasser — Pelican

Un homme qui écrit une chanson d’amour pour son chat ne peut pas être tout à fait mauvais, ce n’est pas Jason Glasser, artiste plasticien et musicien américain de son état qui nous dira le contraire. Et ce quand bien même le félin en question a, comme tous ses condisciples à moustaches, le cœur d’un chasseur, un Hunter’s Heart.

C’est le genre d’histoires, petites cartes à graver, ou à jouer, que déroule son premier album solo, Pelican. Enregistré en 2020 mais diffusé seulement en 2023, cet oiseau-là égrène doucement ses douze titres écrits au fil de l’eau, et des ans. Petites mélodies habiles et presque nues, enregistrées dans les conditions du live, les morceaux de l’album ressemblent curieusement aux œuvres graphiques de Jason Glasser, aplats colorés et faussement naïfs aux formes arrondies et bariolées de couleurs primaires, à la manière d’un pop-up book pour grands enfants.

Sur disque comme sur scène, Glasser, qui est loin d’être un débutant, s’accompagne avec aisance d’une guitare ou d’un violoncelle dont il se sert le plus souvent comme d’une contrebasse et nous conte, au sens propre, des récits du quotidien, de son quotidien, épaulé de son percussionniste à tout faire. Cette simplicité affichée fut d’ailleurs, parait-il, encouragée par son ami Etienne de Crecy, avec qui il a déjà collaboré sur le titre New Wave, en 2015. Car Jason Glasser fait partie de ces artistes installés en France depuis des années par amour, c’est fou ce qu’ils sont nombreux*, mais je m’égare…

Rôdé dans les galeries d’art, logique, ou dans des lieux culturels comme le 106, le songwriting parfois un peu « eighties » de Glasser n’évoque pourtant que très peu la French Touch ; on pense plutôt à Bruce Springsteen, à Sting version accoustique ou à Godley & Creme (si, si, réécoutez Cry et vous verrez). Certains titres, comme Hunter’s Heart justement, ou Sweetheart, sortent du lot et il y a fort à parier qu’un tout petit peu plus d’orchestration et un mixage un chouïa différent de la voix suffiraient à faire de Pelican le succès commercial qu’il mérite d’être.

Jason Glasser
Jason Glasser

Mais c’est en live, si le lieu le permet (les minuteurs à pizza et les confidences Tinder font mauvais ménage avec la délicatesse mélodique), après avoir planté, au sens propre, le décor d’un trait de scotch figurant un paysage imaginaire, que Jason Glasser en dévoile tout le charme. Il y a donc fort à parier que lors de ses prochains concerts, ces instants de vie, souriants, tendres ou inquiets, en feront dresser l’oreille à plus d’un.

Jason Glasser en concert : le 25 novembre au 106 à Rouen en première partie de Sara McCoy, le 30 novembre et le 21 décembre 2023 à La Petite Halle de La Villette

www.jasonglasser.com

*Piers Faccini, Hughes Coltman, Alex Kapranos, et j’en passe. Concernant ce dernier, mieux vaut ne pas s’étendre sur le sujet, ça ferait, musicalement, désordre…