Une montagne de fromages ! # 2

Episode 2 : Délicieuse torture !

Aujourd’hui, lever aux aurores (soit, en vacances, entre 7 et 8 heures) et petit-déjeuner sans « betterave effervescente » ! Je m’accorde donc sans scrupule, après une promenade ensoleillée sur le chemin de Lady les Granges, à décrocher des stalactites pour en faire des baguettes magiques, et un retour au village à midi pile, une fondue de bouche-à-oreille. Certains disent qu’il s’agit de la meilleure de Megève*, mais je n’ai pas encore de points de comparaison et le prix est, ici, largement disputé. En tout cas, au Chamois, elle peut se déguster en tête à tête avec sa tête ! Et, quitte à hérisser quelques cheveux chez les traditionalistes, je choisis celle aux morilles, un autre de mes nombreux péchés mignons… Avec la cochonaille, pour alléger le tout, et un gentil verre, je n’ai plus qu’à « siester ». Pourtant, je me remets en marche, direction Côte 2000. Calvaire, chalets et chapelles se succèdent dans le paysage blanc, tacheté d’un vert herbeux. 

Le soleil s’éteint soudain. Malgré les kilomètres à longer les pistes nordiques, mon estomac, évidemment, ne gronde pas. Je compte cependant bien poursuivre mon marathon du frometon ! 

Ce soir, je partage ma table mais pas ma raclette ! Mon ami de vingt ans (pas de coup de vieux… J’en ai 22, aussi éternellement que les neiges, avant qu’elles ne soient menacées par la fonte nivale) lui préfère la Pela, qui lui semble un plat moins « quotidien », plus gastronomique. Heureusement, aux Fermes de Marie, la raclette n’est pas pour minimum deux personnes.  

La Pela prend son temps, nous a-t-on prévenus. Nous aussi ! Pendant sa cuisson, nous admirons, nous discutons, nous croquons, quelques cornichons, et nous nous interrogeons. Reblochon, pommes de terre, crème, oignons, lardons… « Quelle est la différence entre la tartiflette et la Pela ? » Dans la recette originale (moins gourmande !), il n’y a pas de lardons. Quant aux pommes de terre, elles sont sautées (et le plus souvent taillées en cubes et non en tranches) ! 

Je tourne légèrement la tête, plongée dans mes réflexions culinaires. Je remarque, posée sur le côté de la nappe vichy rouge, l’appareil à raclette. Il me fait étrangement penser à un instrument de torture, une sorte de Vierge de fer… Soit ! Je m’y soumets volontiers ! Le pire, sans doute, sans bonne compagnie, serait de devoir faire preuve d’un peu de patience alors que l’on ne souhaite qu’une chose : se jeter sur la meule ! 

fromage reblochon
«Ceci est un morceau de reblochon»

Sévices pour ces vices ? La pelle pour… racler le fromage a des airs de hachoir, ou de rasoir de barbier diabolique ! Le couteau à raclette permettrait de couper… les religieuses (autrement dit les bords grillés et croustillants). Quand je vous disais qu’il s’agissait de martyr et de foi ! 

Quel divin supplice ! L’appareil permet au fromage de fondre doucement, uniformément. Ici, pas de bulles transformant rapidement la raclette en matière grasse liquéfiée…  

Si j’aime généralement le goût corsé de la raclette Suisse, j’apprécie également la douceur et le crémeux de la raclette de Savoie. Celle-ci vient plus précisément de Thonon-les-Bains et de l’incontournable fromagerie Boujon ! 

La raclette, c’est une pâte pressée non cuite, du lait cru mais aussi… de la charcuterie et des pommes de terre, bien sûr ! Sur la planche de bois, une sélection de salaisons du Mont Charvin : coppa, jambon cru, saucisson fumé. Mmm ! En revanche, je suis un peu déçue par le Saint-Véran qui m’a été conseillé. Il est bien fade comparé à mon Chignin-Bergeron d’hier soir !

La gourmandise n’a telle point de limites ? Non. Nous commandons un dessert : une tarte aux myrtilles ! Si. Nous prenons deux cuillères ! 

Après la dernière bouchée, nous faisons durer la parenthèse enchantée. Ah, rester pour la nuit, bercés au son du limonaire… Stoppons ici la rêverie !

De retour à mon hôtel, je suis plutôt chahutée par un ventre beaucoup plus lourd que les paupières… Quand je vous disais qu’il s’agissait de martyre et de foie… 

Le reblochon, pêché mignon

Reblochon, pas « roblochon » ! Fromage jamais ronchon, paré d’une étiquette rouge ou verte, toujours tu fonds. Sur toi, ce logo tout rond, en rouge te dit « laitier », en vert, te proclame « fermier ». Mais que voilà ? Sous ta croûte safranée, se révèle une crémeuse texture… Née dans les montagnes de Savoie, ta pâte pressée embaume les herbes d’été, le foin de soleil gorgé, et chante ces plateaux fleuris où paissent Abondances et Tarines. Cette pâte, on la rêve fondue ou dégustée toute simple, accompagnée de fruits. Car c’est de la noisette, gai reblochon, que tu empruntes les parfums, ce qui, vous en conviendrez, n’a rien d’un plaisir vain.

Mont Charvin  — Maître Artisan 
On se connaissait déjà ! J’aime tous leurs saucissons ! Mon coup de cœur 2019 ? Celui aux myrtilles, pas encore en stock en février. Et là, je ne crois pas que je pourrai résister à l’envie de leur commander de leur merveilleuse coppa !

Le Restaurant Alpin des Fermes de Marie
163 Chemin de la Riante Colline
74120 Megève

*La fondue des Fermes de Marie a été élue meilleure fondue de Megève aux Toquicimes 2019.

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