C’est Graves, docteur…

… de ne pas prendre de médoc ? Le week-end pascal est assurément source de joie. Un moment festif, de partage, entre les petits et les grands. De l’enfantine course aux œufs à la dégustation des poules en chocolat, en passant par la tradition de l’agneau, chacun y trouve son compte ! Mais pour tous les goûts, la star du dimanche de Pâques, c’est définitivement le gigot !

Pessac-Léognan - Château Chenevert 2001Plat traditionnel par excellence, il est préparé avec minutie et, une fois sur la table, découpé avec délicatesse, certes, mais aussi avec détermination. En résultent de généreuses tranches rosées, accompagnées d’ail, d’une poêlée de champignons, de tomates provençales et de flageolets, de préférence pas trop fermes. Le jus adjuvant doit être léger et travaillé.  Il est important que le légumineux soit sérieusement pris en compte dans la réussite de l’accord met/vin, car en bouche, il a en effet tendance à assécher les papilles. Vous me voyez venir… le sauveur liquide doit donc être assez tannique pour exister. Le goût subtil du gigot rend le vin difficile à choisir. Le bordeaux, et de préférence les médocs, apportent de la finesse dans les tanins, mais aussi de belles saveurs favorisant la longueur en bouche.

Mais une fois n’est pas coutume ! Laissons les pauillacs et autres margaux, et cap plus au sud, enfin pas plus de quelques kilomètres, dans la région des Graves, aux confins du Médoc, sur la rive gauche de la Garonne. Les graves rouges, dominés par le cabernet-sauvignon et le merlot, sont de bons complices de la cuisine familiale. On peut donc les associer sans crainte avec l’agneau pascal. Bien qu’ayant des qualités voisines de celles du médoc, ils sont souvent plus corsés et plus colorés que ces derniers.

Gigot d'agneauLe pessac-léognan choisi pour ce déjeuner est un château Chenevert 2001, grand vin de Graves. Dans le verre, sa robe a des reflets rouge vif peu foncés. Un bouquet élégant, floral, avec des notes fumées. En bouche, c’est un vin souple et généreux. Ses tanins sont doux, mais suffisamment marqués. Au début, il est assez court, mais finalement possède une belle structure équilibrée. La saveur est douce et veloutée. Le vieillissement relatif lui apporte de l’ampleur surtout au nez. La cuvée 2001 est  définitivement épatante de finesse et d’élégance. À ouvrir impérativement deux heures avant. Et sans le carafer. À vous le climax voluptueux ! Quant au prix, c’est une autre bonne surprise. Sous le signe de la modestie : autour de 10 euros. À ce tarif, Pâques, pourrait être plus souvent !

Le prince Tancrède, dans Le Guépard, affirmait qu’il faut que tout change pour que tout reste tel que c’est. Ne soyons pas si révolutionnaire et contentons-nous de modifier un petit quelque chose, en préférant le graves au médoc, pour que la belle tradition du gigot pascal se conserve et se réinvente. C’est bien là l’essentiel. Ce n’est pas graves, docteur !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.