Soignez-vous par le vin !

« Le pinard, ça devrait être obligatoire ! » C’est avec ces mots d’un célèbre humoriste français que le docteur E. A. Maury aurait pu introduire l’incroyable ouvrage qu’est Soignez-vous par le vin… Eh non, ce n’est pas un canular mais une réédition, une vraie, sortie fin 2011 !

C’est en effet au début des années 1970 que le docteur Maury – déjà coupable de quelques ouvrages sur l’homéopathie –, prophète en son pays et en son temps, invente sans le savoir la notion d’alicament, dont il donne en préambule une juste définition : « Prôner le vin au double titre d’aliment, et surtout, de médicament adjuvant. » Car, selon lui, il ne faut pas confondre vin et alcool (sans doute, le vin contient de l’alcool, mais c’est une autre histoire), le vin étant « un breuvage noble, un aliment complet et un médicament bien toléré ».

À propos de l’eau, en revanche, Maury n’a pas de mots assez durs… Du robinet, elle regorge de substances toutes plus dangereuses et abominables les unes que les autres. Véritable poison liquide, mieux vaut l’éviter au profit du « soleil en bouteille » ! Les buveurs d’eau prennent des risques, mais ils sont prévenus ! Les calculs rénaux, la crise cardiaque et, pire encore, la sinistrose les guettent.

Et que dire des jus de fruits et autres tisanes ? Horreur ! Heureusement pour le docteur Maury, de célèbres sodas sucrés et herbacés n’avaient pas encore fait les ravages que l’on sait… Aux adolescents en surpoids, victimes de ces boissons du diable, il y a fort à parier que l’ordonnance aurait consisté en une bouteille par jour de rosé de Provence ou de blanc sec du Sancerrois, à prendre entre les repas… Puisqu’on vous le dit, ils stimulent les glandes à sécrétion interne (le système endocrinien ?) et aident à lutter contre l’obésité !

Oh, bien sûr, le bon docteur Maury ignorait peut-être que polluants et pesticides se déversaient déjà en toute impunité sur les grappes du Seigneur… Il fustige néanmoins les « mauvais vins », de ceux qui n’ont plus grand-chose à voir avec le raisin. À chaque mal, son remède ! Il conseille aux femmes enceintes, par exemple, de s’envoyer deux canons de bordeaux léger par repas, soit 46 cl de « jus de la treille » par jour, et prescrit quelques centilitres quotidiens de jaja aux enfants rachitiques, à partir de 5 ans. Heureusement, le rachitisme est en nette diminution sous nos latitudes…

Attention, le docteur Maury était un amateur éclairé, un amoureux de la dive bouteille : pas de picrate ici, mais du vouvray, du côte-de-beaune, du clos-vougeot, du gevrey-chambertin ! Et puis, tout est affaire de posologie, de tempérance, le tout expliqué dans un style fleuri qui ne dédaigne ni un certain lyrisme ni les références bibliques pour nous convaincre. L’Ecclésiaste,  qui ne devait pas hésiter à lever le coude, ne disait-il pas, dans un style très www.horsdoeuvre.fr : « Vinum et musica laetificant cordem » ou « Quelle vie est-ce donc que celle de l’homme qui se retranche du vin ? », en guise de conclusion philosophique (métaphysique ?).

Ça, on se le demande… Et surtout, à une époque où les mots semblent plus dangereux que les actes ou les convictions profondes, cet ovni littéraire a au moins un avantage, il stimule notre esprit critique et se rit de toute forme de crédulité. En 1974, le livre fut un succès, un best-seller, tout comme ces centaines d’ouvrages qui prônent chaque année des régimes absurdes (fustigés d’ailleurs par Maury comme facteurs aggravants de neurasthénie), ou des formules magiques permettant de mincir, rajeunir, arrêter le temps…

Non, il n’y a pas de remède miracle, à part les plaisirs de la vie dont fait partie, sans conteste, un bon verre de vin. À lire sans modération donc, pour sourire, rire, ou cultiver un brin de nostalgie…

Soignez-vous par le vin,Docteur E. A. Maury, NiL éditions

Un avis pour “Soignez-vous par le vin !

  • 22/06/2012

    Merci pour cet article sur mon Père. En effet, j’ai pu témoignez du fait qu’il a vécu une bonne vie, une longue vie! grâce au vin!

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