Les cigales du boulevard Haussmann, croquis

Boulevard Haussmann, non loin de l’église Saint-Augustin vêtue de ses échafaudages, se cache le Bistrot du Sommelier. Imaginé par Philippe Faure-Brac, que l’on ne présente plus, ce bistrot-là n’en n’a décidément que le nom et chaque vendredi, moyennant finances (comptez tout de même 50 euros pour une dégustation suivie d’un déjeuner), vous y serez reçus « en ami ».

Minna Vineyard ©horsdoeuvre.fr

Volutes de bon ton, nappes blanches, clientèle affairée et élégante, l’endroit se veut cossu. On commence à la cave, debout, et ce jour-là, la chance nous sourit sous la forme des cuvées Villa Minna Vineyard et de leur vigneron, Jean-Paul Luc. Vins de Provence, élaborés sur les sols pauvres de Saint-Cannat et ses garrigues embaumées de thym et de santolines, peu sulfités et gorgés d’un soleil brûlant, ils délient volontiers des langues qui n’en demandaient pas tant.

Petit, brun, volontiers volubile, Luc fait rouler les mots comme les herbes d’eau du canal du Midi. Il raconte avec plaisir son vin, son émerveillement sans cesse renouvelé de la vendange du Vermentino, un cépage italien plus prosaïquement désigné en Provence par l’appellation Rolle B. Mais Vermentino « sonne mieux », évoque la transparence de la grappe, ses tons légèrement rosés piégés dans les lueurs d’un contre-jour matinal. Mais vient le moment de s’installer à table et celui des tomates farcies !

Le Bistrot du Sommelier – Philippe Faure-Brac et Jean-Paul Luc ©horsdoeuvre.fr

Associée à une cuvée Minna Vineyard 2004, ladite tomate peine à révéler les arômes de sa farce aux pruneaux car… elle a déjà refroidi ! On ne parle pas la bouche pleine ! Heureusement le vin est bon, et même très bon, palette aromatique large, notes épicées, rien à redire. La cuvée 2006 ma foi, n’est pas mal non plus. En guise de plat de résistance arrive une joue de bœuf confite et sa purée de carottes. Le récit de Jean-Paul Luc expliquant sa rencontre avec sa femme lors du rallye des 1000 lacs (la course automobile mène à tout !) n’empêche pas sa cuisson de me laisser dubitative… Heureusement, le financier aux mirabelles et verveine répond à merveille à un blanc 2009 doucement fruité, très « provençal ». Autour de la table, la conversation s’échauffe ; le jus de la treille fait son œuvre.

La tête m’en tourne presque, tenir salon est décidément aussi divertissant qu’épuisant ! J’ai déjà passé l’heure, vite, il me faut ranger carnets et crayons. Dehors, sur le boulevard, il me semble entendre comme un chant de cigales, la musique d’une terre aussi aride que généreuse et qui donne de ces vins dont on se souvient longtemps.

Pour découvrir les cuvée Villa Minna Vineyard : http://www.villaminna.fr

Pour essayer le Bistrot du Sommelier : http://bistrotdusommelier.eu/bds/

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