Tim Bernardes – Recomeçar

Les grandes rencontres musicales peuvent se faire n’importe où, y compris dans l’hostilité suffocante d’un train de banlieue sans humanité. C’est ce qui est arrivé à l’une de nos chroniqueuses et depuis, le fameux disque n’a cessé de nous obséder. Ne nous restait plus alors qu’à écouter en boucle Recomeçar de Tim Bernardes, alors qu’hébétés, on croyait entendre en écho les balles tirées à bout portant sur la trop courageuse Marielle Franco.

« A vida sem cautela / Era muito incertain »*

Pareil à ces fleurs qui fleurissent parfois dans la boue, l’album de Tim Bernardes, lumineux et presque irréel de beauté, semble jaillir d’une obscurité qui n’appartient pas qu’au seul Brésil, loin de là. Il apparait d’emblée comme aussi important, aussi évident, qu’avaient pu l’être avant lui les œuvres d’exil de 1971 de Caetano Veloso – dont il a hérité sans conteste l’élégance vocale – ou de Gilberto Gil**. La dictature a beau changer de visage, elle continue à engendrer des classiques à son corps défendant.

Que dire des mélodies fugaces, presque sur le fil, de Recomeçar ? De ces envolées pour lesquelles le mot « sentimental » parait retrouver son sens véritable ? Des ces arrangements délicats de piano et de harpe, de ces échos soudains de percussions qui battent comme un cœur à l’abandon. Rien, il suffit d’écouter.

A écouter également, les précédents albums de Tim Bernardes enregistrés avec son groupe, O Terno, dont l’esprit parfois iconoclaste, un rien psychédélique, laisse déjà deviner les prémisses mélancoliques de Recomeçar. Décidemment le monde est bien plus beau qu’il n’y parait… « Melhor Do Que Parece ».

« Mas ser /é melhor que lembrar »

« Etre vaut mieux que se souvenir », à quoi bon toujours regarder en arrière. Rencontrer Tim Bernardes, son drôle de sourire et son visage d’adolescent un peu bouffon, c’est se confronter au vrai mystère de la création. De celle que l’on découvre par hasard, émerveillé, et qui donne, encore et encore la force de recommencer. Recommencer à vivre et à se battre, comme ces rues de Rio ou de Sao Paulo qui grondent, se secouent et qui en criant son nom, font revivre Marielle Franco.

* « Vivre sans prendre de précaution était plus qu’incertain »

**Les deux albums en question, tous deux produits en Angleterre, portent sobrement le nom de leurs auteurs, Caetano Veloso et Gilberto Gil, et tout comme Recomeçar mêlent identité brésilienne et influences anglo-saxonnes.

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