Mois de la Photo : Rock & Jazz

Dans le cadre du Mois de la Photo à Paris 2012, HdO a sélectionné pour vous deux expos : Suite de Richard Dumas, à la galerie VU’, et Night & Day de Jean-Pierre Leloir, à la galerie du Bar Floréal. Alors, Rock ou jazzMiles ou Keith ? Le portrait de musiciens est en tout cas au cœur de la démarche artistique respective de ces deux grands photographes.

En découvrant les photos de Richard Dumas, on est frappé d’emblée par le plaisir quasi physique que l’on ressent. À l’ère du numérique où couleurs et textures sont aplanies, les tirages en noir et blanc (et quelques-uns en couleur) sur du papier baryté mat révèlent une profondeur, des variations infinies de noir, un grain qui apportent une intensité particulière à tous ses portraits. Ses brillantes études scientifiques ont-elles eu une influence sur la qualité technique saisissante de ses photos ? Originaire de Rennes, Richard Dumas a commencé à jouer dans des groupes de rock, tout comme son ami Étienne Daho (rennais, lui aussi). Il en profite également pour photographier avec son Rolleiflex les coulisses des concerts. Il comprend alors que la solitude du photographe semble correspondre davantage à sa personnalité que l’aspect « équipe » du groupe de rock.

La solitude et le rock. Deux thèmes récurrents dans son cheminement d’artiste. Est-ce pour cela qu’il prend beaucoup de portraits de musiciens empreints d’une indéfinissable gravité ? On sourit peu. Le sujet regarde rarement le photographe ou semble ailleurs lorsqu’il le fixe. Le visage ressort souvent d’un fond noir. Sobrement. Le format est carré et découpé grossièrement. On reste sans voix devant la photo de Keith Richards. Le visage caché derrière un écran de fumée, sa main noueuse faisant écho au chandelier inquiétant et un peu kitsch derrière lui. Keith semble nous murmurer amusé : « La mort ? Elle fait partie de moi depuis bien longtemps… » Le casting est impressionnant : Patti Smith, Joe Strummer, Tricky, Marianne Faithfull, Bashung, Nick Cave, mais également De Niro… Car le cinéma est très présent dans l’univers de Dumas, avec notamment des portraits des réalisateurs David Lynch ou Gus Van Sant. Pourtant, ce qui semble d’abord l’intéresser chez tous ces beautiful people, c’est moins leur statut de star que le moment où chacun semble s’abandonner à une intériorité… comme cette prise de vue d’Arielle Dombasle. Diva que l’on imagine davantage dans l’univers coloré et baroque de Pierre & Gilles, elle apparaît pensive et sans artifice. Presque vulnérable. Finalement, à l’image de tous les portraits de Richard Dumas, où chaque individu dévoile sa fragilité et son humanité avec retenue et pudeur.

Jusqu’au 19 janvier 2013

Suite de Richard Dumas. Galerie VU’ 58 rue Saint-Lazare, 75009 Paris. Entrée libre. Tél : 01 53 01 85 85

Les chanteurs de rock, Jean-Pierre Leloir (1931-2010) les a bien connus également : Led Zeppelin, Frank Zapa, Bob Dylan, Jimi Hendrix, les Stones… Excusez du peu ! Tous on été shootés par ses soins. Il a même été l’un des membres fondateurs de Rock & Folk. Il a aussi été un témoin important de la chanson française : Édith Piaf, Bashung, Barbara, Nougaro, Brel… D’ailleurs, qui n’a pas épinglé dans sa piaule d’ado sa « célèbrissime » photo de Brel, Brassens et Ferré discutant à bâtons rompus, clope au bec, lors d’une émission radio ? Jean-Pierre Leloir aimait toute la musique, sans discrimination. Cependant, il était fan de jazz depuis l’âge de 17 ans. Le Bar Floréal a choisi judicieusement de se focaliser sur ses prises de vue des jazzmen américains à Paris, dans les années 1950-1960.

Night & Day… Il accompagnait les musiciens dans Paris, nuit et jour, attentif à leur vie. On perçoit dans ses prises de vue une énergie permanente, une vivacité étonnante. Il se définissait d’ailleurs « comme un photographe en promenade ». Il prenait les musiciens dès leur arrivée à l’aéroport : Lester Young au Bourget, Billie Holiday à Orly, de profil, impériale et grave. Puis il les suivait partout, des répét’ aux interviews, des concerts aux balades. Parfois chez eux, comme l’illustre la très jolie photo de Quincy Jones dans son appartement parisien en compagnie de Sarah Vaughan, riant tous les deux autour d’un antique pick-up ! Ses photos sont de vrais petits bijoux de moments volés (ou non…) et d’intimité. On trouve de très beaux clichés de Duke Ellington, Miles Davis, John Coltrane… Une étonnante photo de Lee Morgan en répétition au théâtre des Champs-Élysées, trompette à l’oreille, ou une prise de vue de Chet Baker pas encore ravagé et d’une beauté à couper le souffle, jouant au Blue Note en 1959, avec tout de même derrière lui Kenny Clarke à la batterie… Et dans cette énergie vitale qui se dégage, on remarque quelques photos plus posées, plus mélancoliques peut-être. Comme Ella Fitzgerald en coulisses à Pleyel, l’œil pétillant, souriant avec connivence au photographe qui la prend dans le reflet d’un miroir, ou Miles Davis, également à Pleyel, fumant, pensif et détaché… À voir donc, pour les formidables photos de Leloir et pour retrouver toute une époque foisonnante où Paris accueillait à bras ouverts les jazzmen américains.

Jusqu’au 21 décembre 2012

Night & Day de Jean-Pierre Leloir

Galerie du Bar Floréal, 43 rue des Couronnes, 75020 Paris. Entrée libre. Tél : 01 43 49 55 22.

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