Live report – Binic Folks Blues Festival 2019

Vous savez le nombre de festivals qui se déroulent en France chaque année ? Pas nous, et pour tout vous dire, on s’en fout ! Tout ce qu’on peut vous dire, en tant que webzine indépendant, c’est que nos critères de sélection ne se basent pas sur le retour sur investissement et le bankable, sinon, on n’aurait pas choisi le Binic Folks Blues Festival.

Let’s do The Folk !

Pourtant, l’édition 2019 du « Folk » comme disent les locaux, a déjà battu tous les records. Une tête d’affiche, une vraie, en mode « il y a de la star », avec ces rugueux de Sleaford Mods, quelques 70 000 festivaliers au plus fort du cyclone rock, une tripotée de groupes venus de loin, y compris d’Australie : les temps changent ? Non, rassurez vous, certaines choses restent immuables, climat, esprit punk et moules marinières compris.

Et comme à Binic, on ne fait rien comme les autres, il fallait bien que vos humbles serviteurs battent eux-aussi leur petit record. En toute modestie, plus de 10 heures pour venir de Paris, qui dit mieux ? Parce que nous, on passe en mode gonzo d’emblée ! Et c’est harassés, abêtis et déprimés que l’on se rend compte qu’on va louper la 1ère journée… Lecteur, compatis et imagine : louper Margaret Airplaneman, Go!Zilla, Shifting Sands et surtout King Khan Louder Than Death… Des groupes qui ne passent qu’une fois, ça ne te donnerait pas envie de te flinguer ? Alors pour se consoler, à Saint-Quay, on commande un muscadet…

B.F.B.F*

Le lendemain, bon pied mais œil collé, on est tôt sur la brèche, et sur la Banche. Passage obligé au bar du port où l’on sent que les festivaliers ont déjà bien profité. On murmure une histoire de micro fourré quelque part par un type plein de sagesse, le nom des Schizophonics, des Mod Con, et Theophraste commence à renifler l’air iodé comme un chien qui sent le Garage, ou l’inverse. Impossible de couvrir tout le festival tout en enchaînant les interviews, il va falloir se séparer. En attendant, on profite du mix de DJ Sue Ellen. Elle balance du bon son mais 14h, à Binic, c’est trop tôt, tout le monde n’est pas réveillé. Heureusement, il y a un type qui danse tout seul, au moins il apprécie, c’est déjà ça.

Mod Con © Caroline Bodin
Mod Con © Caroline Bodin

Et si on allait écouter ces australiens de St. Morris Sinners dont, je dois l’avouer, je n’avais pas écouté Songs About Insects, leur album paru en 2016. Soleil sur la grande scène, public clairsemé, on glande sur la plage, et même, on se baigne. Stephen Johnson, le leader du groupe, balance sa grande silhouette hallucinée et scande des trucs, cahier à la main, sur de gros riffs de guitare pas propres. Quand tout à coup, visiblement possédé – il a déjà plus ou moins tenté de faire le grand écart dos au public – , il descend dans la fosse d’un air décidé, nous repousse d’un revers de la main et se livre à une sorte de rodéo. Course poursuite, roulade sur le sable, rasade de bière offerte par un festivalier sitôt recrachée, il continue à gueuler et remonte sur scène. Etre bravache, ça paye, c’était crasseux à souhait, la foule exulte et nous-aussi !

Go, girls, go !

Non, je ne m’apprête pas à vous vanter les mérites d’un pisse-debout qui ferait de la femme l’égale de l’homme (vu qu’elle lui est déjà nettement supérieur, on ne va pas en rajouter**), mais il faut quand même souligner que le Binic Folks Blues Festival fait la part belle aux nanas, aux vraies. Des Moody Beaches, Death Valley Girls et autres Baby Shakes, en passant par la belle et déjà citée Margaret Airplaneman, jusqu’aux ravages produits par les Mod Con : à Binic le Girl Power n’est pas un vain mot.

C’est vrai, on a eu un peu peur en voyant arriver sur scène Saba Lou, fille de l’auguste King Khan, l’un des bons génies du lieu. Non pas parce qu’on l’imaginait en train de se livrer à des turpitudes dignes de son géniteur (le micro, c’est lui…), bien au contraire, mais je craignais pour son soul folk limite gracieux. Heureusement, la Bretagne a l’esgourde aguerrie et comme on l’entend dire le lendemain au bar du coin, « elle chantait bien la petite allemande, jolie voix vraiment ». Et quand sa sœur Bella la rejoint sur scène, voilà qui donne un peu de nerf à cette bouffée d’air frais.

Fresh aussi les trois girls de Mod Con mais dans un genre indie rock un peu plus énervé. Guitare – voix gracile, batterie et chant, elles ne font pas de quartier et démontrent qu’en matière de rock, la mini-jupe vaut bien le torse nu tatoué. Do It Right Margo ! Le bouche à oreille l’a depuis confirmé : jeunots de 17 balais, Theophraste bien mariné ou « copines » de festival, tout le monde les a kiffées et c’était mérité.

Doctor, do something !

Un bout de temps que l’on suit Kepa sur HdO et l’occasion était trop belle pour une interview. Après l’Atabal à Biarritz en 2018 (en 1ère partie de King Khan et de ses Shrines, décidément…) ou au Café de la Danse, il nous tardait de voir s’il allait passer l’épreuve du feu, enfin, de Binic. Harmonica vissé à la commissure des lèvres et guitare Dobro scintillant sur la scène de la cloche, l’ami Kepa, visiblement galvanisé par l’accueil de la veille, brûle littéralement la scène et se contorsionne sous le regard ravi de ses – probablement – nouveaux fans. Et non, ce n’est pas que parce qu’il est basque, à Binic, on est objectif, Euskal Erria ou pas.

Avec tout ça, on reprendrait bien un petit verre de bl…, pardon, d’eau, pour se remettre de ses émotions. C’est qu’on a des interviews à faire ; on me signale d’ailleurs la disparition de King Khan, se serait-il perdu en route, occupé à acheter des boucles d’oreilles en plumes de paon pour Saba Lou, ou s’est-il attablé quelque part, irrésistiblement attiré par le chant des Saint-Jacques ? J’en suis à me demander à quoi ressembleraient les sirènes de Binic… Tatouées ? Rasées ? Bikinis made in Compostelle ? Je crois qu’il est temps d’aller voir Handsome Jack ou Grindhouse, c’est que ces derniers feraient de fameux tritons !

Aussies & the sea

Qu’on se le dise, Binic désormais voit loin, jusqu’en Australie, ligne d’horizon 2021 ! Car il n’y a pas eu que nos affreux jojos de Grindhouse ou des St. Morris Sinners pour marquer cette nouvelle édition ; on retiendra aussi le songwriting envoûtant de The Kill Devil Hills, le délire tout en dérapage contrôlé de Draught Dodgers – avec déclaration d’amour enflammé « je t’aime bébé », et geste gracieux au paquet à l’appui – ou la présence de vétérans comme Geoff Corbett avec la formation Shifting Sands, déclarant à Binic A New Burning Flame :  tu parles, il y passe carrément ses vacances !

Draught Dodgers © Caroline Bodin
Draught Dodgers © Caroline Bodin

Du coup, on fini par ne plus savoir qui est qui sur la côte du Goëlo et lorsque les briochins de Buck font leur show, réussi, à Pommelec, c’est en anglais qu’ils s’adressent au public. La brume du houblon n’aidant pas à la compréhension, lorsque Clément Palant, le batteur-chanteur revient au français pour demander si « ça va Binic ? », les potes s’esclaffent. Bon, Nick Cave et Alan Vega ne s’exprimaient pas dans la langue de Molière après tout…

Eaten Alive on The Banche

Le cru Binic 2019 promettait d’être exceptionnel, programmation éclectique et gonflée à bloc, avec un final en apothéose à la sauce Sleaford Mods, probablement le seul groupe à ne pas avoir déambulé peinard dans les rues de l’irréductible petit village breton. Question de timing, et de notoriété : ils le diront eux-mêmes lors de l’interview qu’ils nous ont accordés (OMG!) « Ce sont les autres qui ne nous permettent plus d’être anonymes ».

Et comment faire en effet lorsque l’on sait qu’ils étaient des milliers à venir exprès pour eux ce dimanche 28 juillet 2019. Ce n’est pas une foule mais une véritable marée humaine qui s’amasse littéralement ce soir-là devant la grande scène : 20 000 au moins selon nos estimations, probablement pareil selon les autorités. Et jamais crowd surfing n’aura été plus mérité devant ce punk show minimaliste, théâtral et survolté. « Top it up, At least the DJ is alright », surtout quand il s’appelle Andrew Fearn !

Psychonaut (s)

Pourtant, il faut bien avouer que le Binic Folks Blues Festival a un vrai gros défaut : il a une fin… Trois jours – enfin deux quand on a la poisse -, c’est trop peu. Promis, la prochaine fois, on vient avant et on se fait les Before (cette année, c’était à Saint-Quay Portrieux, aux Jardins du Port avec Shifting Sands, Mod Con et St. Morris Sinners, rien que ça !), et les After. Alors une fois le concert de Sleaford Mods terminé, lorsqu’on voit les bénévoles commencer à s’affairer pour remballer, on a limite la gorge serrée. C’est qu’il va falloir terminer en beauté !

Deux solutions : courir vers la scène de La Cloche pour aller écouter les excellents Listener ou oser les nouveaux poulains du Reverend Beatman chez Voodoo Rythm, E.T Explore Me. Branchements, réglages son, petit temps mort : il n’y a plus grand monde devant la scène et on craint le pire… Le diable me tripote, heureusement le trio batave entame un show complètement allumé, mélange d’électro et d’on ne sait pas trop quoi, avec jeu de clavier debout dans la foule, accourue entre temps de l’autre côté du pont, guitare azymuthée et voix caverneuse (« Reverend, sors de ce corps !) pour un psychobilly façon Soy Un Bruto. C’est à croire que Beat Zeller nourrit ses ouailles de vaches enragées…

You’ll Never Die in This Town Again

Cut – Plan américain : les festivaliers errent lentement dans la nuit, prêts à raccrocher les gants. Je fredonne Acidosis de The Kill Devil Hills***, « ma » révélation du festival, et on boit un dernier verre à La Bodega, quai de Courcy, qui a bien voulu abreuver les derniers naufragés : pour un peu, on se ferait un trip nostalgie. Quant tout à coup, qu’est-ce qu’on entend près d’un square au loin ?

Il y a une sorte d’attroupement, un type joue dans le noir, entouré d’une bande d’allumés munis de lampes de poche. Il joue débranché, son groupe électrogène a lâché ou on lui a gentiment demandé d’y aller mollo sur les décibels. Il est presque 2 heures du mat tout de même… C’est un Off ! Binic fait son off, Avignon peut aller se rhabiller ! Il fait sombre, ça sent l’herbe fraîchement coupée (hum…), la batterie est un peu sèche, la voix presque inaudible mais ce n’est pas si mal. Ah que ça fait du bien !

Binic, parenthèse enchantée d’un monde tristement formaté, HdO te dit à l’année prochaine !

* Pas sûr que ça veuille dire Binic Festival pour les St. Morris Sinners mais ça sonne bien
** Provoc gratuite ça va sans dire, ça se saurait si l’intelligence avait un sexe…
*** Ultime reco : écouter impérativement Pink Fit, leur album de 2018

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