Janis : Little Girl Blue

Avec sa voix incandescente et rocailleuse de bluesgirl à fleur de peau, son âme d’écorchée vive qu’elle exhibe sans fausse pudeur, elle est la première femme à s’imposer dans le rock, ouvrant ainsi la voie à plusieurs générations de chanteuses rebelles, engagées, créatives et sans concession.

Mais cette voix, si énergique et assurée lorsqu’elle chante « Down On Me », se met à trembler et ses mots lui échappent quand un journaliste l’interroge à l’occasion de sa venue, pour une réunion d’anciens élèves, dans son ancien bahut de Port Arthur, Texas, ce bled asphyxiant et réac’ qu’elle a quitté pour enfin se révéler, se réaliser et devenir l’immense artiste que l’on connaît.

« But I’m gonna show you, baby, that a woman can be tough »

Au micro du journaliste, elle peine ainsi à dire, comme un aveu forcé, qu’elle n’a jamais été invitée à un bal de promo. À l’apogée de sa fulgurante épopée de rock star, adulée désormais par des millions de fans, elle semble ne toujours pas s’être remise de ces années d’humiliation, de moqueries et de rejet subies à l’adolescence, prix à payer à Port Arthur lorsque que l’on ne joue pas le jeu de la barbie girl bien docile et que l’on affiche des idées ouvertement antiségrégationnistes.

Elle aurait pu pourtant leur en mettre plein la vue, à tous ces ex-beaux gosses aujourd’hui chauves et gras du bide, à ces ex-sylphides tendance garces devenues mères au foyer celluliteuses. Mais leurs insultes et ricanements hantent encore ses cauchemars qu’aucun alcool, aucune drogue ne peuvent chasser. Au fondement de son blues magnétique, il y a cette paria du lycée qui aurait tellement aimé être la plus belle pour aller danser mais qui ne s’est jamais résolu à lisser ses cheveux, faire un ourlet propret à ses robes à franges et prendre des cours d’éducation ménagère.

Janis forever

Je n’ai pas attendu le documentaire d’Amy Berg, rebaptisé sobrement Janis lors de sa sortie en France (mais c’est quoi cette manie de changer le titre original des films ?! Janis : Little Girl Blue fait tellement sens, pourquoi l’avoir tronqué ?), pour connaître le cheminement à la fois douloureux, bordélique, exaltant et tragique de Janis Joplin.

Mais je n’avais jamais vu d’images de cette chanteuse hors-normes aussi poignantes que celles tournées lors de son come-back à Port Arthur. Si ce documentaire reste très classique dans sa forme : succession de photos d’enfance et d’adolescence, de témoignages et d’images de concert, extraits (narrés par Cat Power) de sa correspondance avec sa famille, il vaut ainsi la peine d’être regardé, ne serait-ce que pour ces quelques minutes bouleversantes et aussi pour Janis on stage, mélange extraordinaire de puissance, d’engagement, de vitalité, de courage et de sensibilité.

 

Janis,

documentaire d’Amy Berg,

actuellement au cinéma.

 

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