F.M., The Organ King

Réglez votre modulation de fréquence, F. M. est de retour. F. M., de son vrai nom François Maurin, n’anime pas une radio libre, mais électron libre de la pop musique à la française, il l’est certainement. Son deuxième opus, The Organ King, projet ambitieux et fantasmatique, le prouve. Rencontre avec ce roi des orgues et de la pop mélodique, chef solitaire d’un orchestre automate et dandy volubile.

www.horsdoeuvre.fr : Entre ton précédent album, A Dream or Two, et The Organ King, ton nouvel opus, cinq ans se sont écoulés. Le temps a semblé long, surtout pour les fans ! Que s’est-il passé ?

François Maurin : Il s’est passé plein de choses ! D’abord une tournée qui a duré deux ans. Ensuite, j’ai travaillé pour des gens comme Étienne Daho ou Françoise Hardy pour lesquels j’ai fait de la composition ; j’ai également fait des arrangements ou de la production pour plein d’autres artistes. Et puis il m’a fallu le temps de composer ce nouvel album et de l’enregistrer par mes propres moyens. The Organ King a été un album très exigeant en termes d’orchestration et de production ! Il faut dire que je me suis gentiment donné carte blanche puisque je suis devenu mon propre producteur.

Hdo : Ce qui n’était pas le cas auparavant ?

François Maurin : Non, j’étais chez Warner Musique France… Mais cette fois-ci, j’ai autoproduit l’album de A à Z, de la moindre note au pressage final. Je me suis occupé de tout, y compris des visuels. L’ampleur des travaux était énorme : j’ai enregistré partout en France avec un grand nombre d’instrumentistes et de configurations sonores, du studio d’enregistrement classique à une église.

HdO : C’est donc pour cela que sur certains morceaux le son est si particulier, avec de l’écho, des réverbérations. Tu as été jusqu’à utiliser un orgue d’église ?

François Maurin : En effet, j’ai enregistré dans une chapelle, pour le titre Suitcase par exemple. J’ai également travaillé avec un orchestre de jazz, Le Gros Cube, et Alban Darche, une bande de Nantais. Je suis allé là-bas pour enregistrer les cuivres mais j’ai fait beaucoup de choses chez moi, à la maison : les claviers, les guitares. Les sections de cordes et la batterie ont quant à elles nécessité un studio. C’est vrai que j’ai visité beaucoup d’endroits différents pour aboutir à ce millefeuille orchestral. Pour être tout à fait honnête avec toi, je me suis dit qu’avec les moyens techniques que l’on avait aujourd’hui et mon savoir-faire d’orchestrateur, je pouvais me permettre de faire seul ce que l’on faisait à plusieurs dans les années 1960, grand orchestre compris !

F.M The Organ King - CoverHdO : Un peu comme le Wall of Sound de Phil Spector ?

François Maurin : Voilà ! Toutes ces choses qui se faisaient en une prise avec des moyens phénoménaux. Surtout qu’aujourd’hui, la mode est plus au ukulélé et aux petites productions, et moi j’en avais un peu marre de ces « miniatures ». Je me suis donc lancé tout seul dans la construction d’une énorme maison (sourire).

HdO : Tu n’as donc aucun regret d’être indépendant ?

François Maurin : Non, pas du tout, c’est quelque chose que je revendique depuis le début. Après, j’en ai parfois payé le prix mais je pense que ça vaut le coup car je n’ai fait aucune concession à qui que ce soit, et je n’en ferai jamais de toute façon…

HdO : C’est vrai que tu as un univers qui n’appartient qu’à toi, à la fois visuellement et musicalement. Un monde qui reste à mon sens très cohérent d’un album à l’autre, entre surréalisme et merveilleux. Est-ce que ces deux mots évoquent quelque chose pour toi ?

François Maurin : Oui, bien sûr. Je continue à travailler sur des images à peine conscientes, sur la notion d’inconscient collectif. Comme n’importe quel artiste, je me considère comme un récepteur, c’est pour cela que je me m’appelle F. M.

HdO : Ce sont tes initiales…

François Maurin : Oui, et ça tombe bien, j’y ai vu un signe du destin ! The Organ King est d’ailleurs représentatif de toutes sortes de genres, des années 1950 aux années 1980, des musiques et des images qui, j’imagine, font écho chez à peu près tout le monde. Donc oui, je travaille avec des images intérieures, des images de rêve. Forcément, le surréalisme n’est jamais bien loin puisque je me laisse guider par ce qui m’arrive, sans trop – contrairement à ce que l’on pourrait penser –, intellectualiser quoi que ce soit.

HdO : Est-ce que malgré tout cela The Organ King raconte une histoire, est-ce qu’on pourrait le définir comme un album concept ?

François Maurin : C’est plus une sorte de cabinet de curiosités. Évidemment, l’album raconte une histoire mais c’est plutôt le récit de notre mémoire : les États-Unis des années 1950, l’Angleterre des années 1970, la France et son orgue de Barbarie, la Révolution…

HdO : Et tout cela commence sur la route…

François Maurin : Oui, pour quelqu’un comme moi, le rêve premier c’est le rêve américain. Je joue beaucoup avec des clichés, en fait.

HdO : Vient ensuite le jardin anglais… Est-ce que la pop anglaise t’a beaucoup influencé ?

François Maurin : Énormément. Il faut dire que j’ai beaucoup voyagé en Angleterre car j’ai un peu de famille là-bas. Quand j’étais petit, mes cousins me faisaient chanter et c’est grâce à eux que j’ai découvert David Bowie ou Kate Bush. Je suis très attaché à la langue anglaise, qui m’a permis de voyager, de rêver, voilà pourquoi je chante exclusivement en anglais.

HdO : Tes compositions m’évoquent parfois Divine Comedy et c’est vrai que Neil Hannon a eu ses phases « Wall of Sound ».

François Maurin : C’est une référence qui revient souvent. Je comprends tout à fait en ce qui concerne le travail mélodique : de longues phrases, une profusion d’arrangements, etc. En revanche, le travail de Neil Hannon a souvent un côté grandiloquent et baroque…

HdO : Parfois…

François Maurin : Dans ces cas-là, je dirais que nos styles sont assez éloignés. Mais l’habillage musical nous rapproche, c’est certain.

HdO : Et puis, il y a le côté dandy. À ce propos, que penses-tu de cette citation d’Oscar Wilde : « Aucun crime n’est vulgaire mais la vulgarité est un crime. La vulgarité c’est ce que font les autres. »

François Maurin : C’est vrai ! Mais c’est un copain, Oscar Wilde ! Je suis tout à fait d’accord avec lui : les autres sont vulgaires (rires). Attention, je suis très attaché à la pop musique car c’est un genre qui rassemble. En cela, je ne suis pas un dandy qui cherche absolument à se détacher du commun des mortels, à vivre la nuit, etc. Au contraire, j’ai besoin et envie d’une communauté. En revanche, la rareté des choses, la valeur de ce qui est travaillé, de ce qui demande du temps et de la culture, m’attire. Ma mission, en quelque sorte, serait de venir enrichir la pop musique qui, à mon avis, peut se permettre toutes les noblesses.

F.M - The Organ KingHdO : Dandy et nostalgique alors ?

François Maurin : Cela doit faire partie de moi car les morceaux que j’imaginais les plus rock, les plus frondeurs, se transforment sans que je m’en rende vraiment compte. Par exemple, Certain People – sur le premier album – aurait dû être un morceau années 1980, très new wave, où j’imaginais une foule scandant le refrain, My Lost Life également. Mais je réserve ces versions pour la scène. C’est vrai que pour quelqu’un qui écoute Prince et Bowie et s’imagine en rockeur, c’est un comble !

HdO : Le travail incroyable que tu as fait avec tes instruments-machines fait partie de cette démarche ?

François Maurin : Oui, c’est exactement la même chose, il s’agit de l’invention à toutes les époques. Faire la passerelle entre les genres, entre les gens, entre hier et demain, est au cœur de mes préoccupations. En travaillant sur l’orgue sous toutes ses formes, c’était bien sûr inévitable. L’orgue de Barbarie, par exemple, qui est un instrument français populaire, côtoie sur un morceau comme I Don’t Care, des sonorités anglo-saxonnes des années 1970. J’ai également travaillé sur des pianos mécaniques qui me rappellent des souvenirs d’enfance, l’harmonium de mon grand-père, ces vieux objets que l’on a tous et auxquels on tient parce qu’ils ont une histoire. Au quotidien, je travaille pour mes arrangements avec des logiciels informatiques ; j’ai toujours été passionné par les instruments virtuels. C’est comme ça que j’ai fait le parallèle avec les cartons perforés des orgues de Barbarie et tout est devenu cohérent.

HdO : Une envie de montrer visuellement un travail qui relève de l’ineffable ?

François Maurin : Effectivement, ce qui est visuel aide à comprendre ce qui se passe musicalement, un peu comme lorsque l’on va écouter un grand orchestre en concert. D’ailleurs, je travaille un peu comme un compositeur classique sauf que je pense « pop ». J’ai donc fait appel à des facteurs d’instruments de musique ancienne qui ont fabriqué pour moi un orgue de Barbarie entièrement chromatique, un xylophone marimba, etc., le tout spécialement customisé pour moi. Pour la batterie, j’ai travaillé avec des roboticiens et des ingénieurs du son afin d’imaginer une sorte de prototype, ce qui a donné « l’orchestre automatique » : un projet ambitieux et coûteux, même les lumières seront automatisées. À la base, mon tourneur m’avait demandé de réfléchir à une performance scénique « économique » avec seulement deux musiciens, un contrebassiste et moi. Donc je lui ai dit « voilà ! » (sourire). Heureusement, il est tombé amoureux du projet et a oublié les restrictions budgétaires. Le moins que l’on puisse dire, c’est que je suis toujours un peu en décalage. Par exemple, pour le premier album, j’avais pensé à l’enregistrer avec un groupe de rock.

HdO : Pour A Dream Or Two ? Mais tu as utilisé un quatuor à cordes ?

François Maurin : Oui, j’ai changé tous les arrangements car cela me permettait de travailler avec des musiciens capables de jouer exactement ce que je leur demandais, ce qui est plus difficile avec des rockeurs. Je me sens toujours un peu à cheval entre deux mondes… Et je parle tellement que je ne sais plus où je voulais en venir (rires) !

HdO : En même temps, c’est le principe d’une interview !

The Organ King – Le 14 octobre 2013 (Adone / L’autre Distribution)
Pour en savoir plus : www.theorganking.com

F.M sera en concert le 13 février 2014 au Café de la Danse à Paris.

6 avis pour “F.M., The Organ King

  • 04/12/2013

    Sur la même longueur d’onde… FM !

  • 18/10/2013

    Oui, interview très fouillée. Des mots qui donnent envie de son.

  • 15/10/2013

    Un album sublimissime à écouter et à déguster avec délectation

  • 15/10/2013

    Ses chansons sont aussi merveilleuses qu’un kaleidoscope : sublime sous toutes les facettes !

  • 14/10/2013

    Très bel univers.

  • 14/10/2013

    Très belle interview !

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