Expo Django Reinhardt

Un vent tsigane souffle sur la capitale cet automne ! Signe des temps ? Outre l’exposition du Grand Palais nommée sobrement « Bohèmes », la Cité de la Musique a choisi de consacrer une rétrospective au guitariste de jazz manouche sans doute le plus connu de la planète. D’ailleurs, ne l’appelle t-on pas tout simplement Django, comme on dit Miles ou Duke ? Intitulée « Django Reinhardt, swing de Paris », l’expo met habilement en parallèle la vie parisienne et celle du musicien.

Paradoxe ? Né dans une roulotte en 1910, Django est cependant profondément ancré dans Paris. De la « Bastoche » à Pigalle, des Champs-Élysées aux « fortifs », Django brise les barrières sociales et culturelles, fait le grand écart entre les quartiers bourgeois et populaires, sans se soucier de l’endroit où il joue. Rarement une musique aura autant représenté la capitale dans l’imaginaire collectif… Est-ce dû à ce mélange de gaieté et de mélancolie ? De légèreté et de romantisme ? Elle a même été utilisée par les réalisateurs hollywoodiens, notamment par le plus francophile d’entre eux, Woody Allen, pour évoquer l’ambiance parisienne typique des années trente.

Enfant de la balle… Adolescent, Django fait la manche avec son frère, mais est repéré très vite grâce à ses dons exceptionnels. Il est engagé pour jouer dans les bals musette de la Bastille ou de Belleville. À 18 ans, sa roulotte brûle, il perd deux doigts et met deux ans à récupérer de ses blessures. Dans la tradition tsigane, on brûle les objets de la  personne quand elle meurt…Ironie du sort. Peut-on y voir aussi un symbole de renaissance ? En tout cas, après cet évènement tragique, la vie de Django prend effectivement un tournant décisif. Malgré son handicap, il développe une technique remarquable, unique, à la fois virtuose et originale, sur sa guitare Selmer (l’expo commence par une reconstruction de l’atelier de musique de la célèbre maison de Mantes). Il fonde le quintette du Hot Club de France en 1934, avec – notamment – le violoniste Stéphane Grappelli. Il fréquente aussi Louis Armstrong ou Coleman Hawkins, qui vivent à Paris à l’époque. Il connaît un succès international, jusqu’aux États-Unis. Mais l’âme nomade de Django reprend le dessus…

Une vie de bohème… À la fin des années quarante, sans Grappelli qui s’est installé à Londres, et déçu par sa carrière américaine, il se détache de la musique et retourne vivre dans une roulotte pour se consacrer à son fils Babik et s’adonner à la peinture, dont quelques toiles sont exposées à la Cité de la Musique. Il retrouve cependant le goût de jouer de la guitare au début des années cinquante grâce à une nouvelle génération de musiciens férus de be-bop. Ce nouveau style de jazz le passionne et il est engagé au Club Saint-Germain. Il n’a malheureusement pas le temps de faire sa nouvelle tournée américaine. Il meurt en 1953, à la suite d’une hémorragie cérébrale. Son ami de toujours, Stéphane Grappelli, disait de lui : « Je lui trouvais presque un côté extraterrestre… »

L’exposition se divise en sept parties retraçant chacune une période particulière de la vie de Django, agrémentée d’une iconographie très riche. Photos (notamment de Brassaï, d’Atget…), pochettes de disques, partitionsaffiches de cabarets ou de spectacles, peintures, instruments magnifiques… le choix (et le nombre) de documents est impressionnant ! Des cabines d’écoute (très confortables) et des films, assez rares, permettent de s’installer pour écouter la musique… Nuages, bien sûr, mais aussi Manoir de mes rêves, Stockholm, Swing de Paris, Parfum, My sweet… chaque chanson écrite par Django évoque un univers où l’imaginaire vagabonde… Allez-y : redécouvrir Django et la vie parisienne de l’époque est un vrai bonheur !

« Django Reinhardt, Swing de Paris » du 6 octobre 2012 au 23 janvier 2013.

Cité de la Musique, 221, avenue Jean Jaurès, 75019 Paris. Tél. 01 44 84 44 84

Pour tout renseignement (horaires, concerts en parallèle…) www.citedelamusique.fr/django

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