Binic 2017 : le festival, c’est vous !

Si vous appelez le programmateur d’un des festivals de rock les plus connus en France et qu’il vous répond qu’il est en train de faire des accras de morue, pas de doute vous êtes à Binic, au Chaland Qui Passe*, pour être précis. Binic ? Un petit village breton peuplé d’irréductibles amoureux du blues, du folk, et accessoirement, du trash. Ludo, le patron du lieu, a su insuffler un vent de liberté et de musique que d’aucun qualifierait « d’underground », et d’aucun, tout le monde le sait, est un c…

Binic Folk Blues Festival 2017
Binic Folk Blues Festival 2017

Binic, c’est un peu la Terre du Milieu, le Valhalla du festival made in Bzh, le seul endroit où l’on peux croiser le Révérend Beat-Man et Sistor Izobel Garcia bras dessus, bras dessous, flipper de joie quand le chanteur de Cheveu se met à gueuler « Ségolèèèèène! » (ne nous demandez surtout pas pourquoi!), découvrir des types formidables comme Tim Presley, Harlan T Bobo ou Chicken Diamond, pour ne citer qu’eux, et ne même pas tiquer quand un inconnu vous demande à 2h du mat si « tu n’aurais pas vu mes potes, tu sais, ils ressemblent aux Beatles » et qu’il se met à marcher façon Abbey Road pour mieux t’expliquer.

Mais comment a t-on pu en arriver là ? Et surtout attirer de plus en plus de monde, tout en restant libre, indépendant et gratuit ? Ludo nous en dit plus, et croyez-moi, il ne mâche pas ses mots.

Ludo : A l’époque de la création du festival, on voulait surtout présenter quelque chose qui nous parlait à nous. Il y avait à Binic un festival, payant, « Autour du Blues », qui les dernières années, ressemblait plus à un festival de variétés qu’autre chose et n’arrivait plus à assurer la partie « off ». En plus, ils la facturaient très cher aux commerçants, alors j’ai pris le relais avec le directeur de l’association des commerçants de l’époque. En 2009, on a eu notre premier Américain, et voilà, c’était parti. Aujourd’hui, hé bien, les choses sont ce qu’elles sont : on a gardé un esprit « gratuit » pour des raisons évidentes de partage de la musique. Et dans l’obscurité de nos nuits solitaires du plein cœur de l’hiver (sic!), on prépare ce qu’on vous fera écouter l’été.

HdO : Et cette programmation qui jaillit du plein cœur de l’hiver, elle est bâtie sur tes seuls coups de cœur ou vous entretenez des rapports privilégiés avec des labels, maisons de disques, artistes ?

Ludo : Pour ne pas les nommer, Beast Records à Rennes ! Et Sébastien Blanchet, qui était le chanteur du groupe Dead Horse Problem, dont le batteur était Tonio Marinescu 1. Pour la petite anecdote, j’ai organisé un concert il y a 30 ans au lycée catholique Saint-Charles à Saint-Brieuc et Tonio était déjà le batteur du groupe de rock de l’époque, tu vois le genre… Et Beast Records, c’est un vrai label français indépendant qui développe, produit, accompagne, des coups de coeur australiens d’anthologie, sans parler de la nouvelle scène garage, rock, folk, aussi bien française qu’américaine.

HdO : La dernière fois qu’on est venus à Binic, il y avait du lourd, le Révérend (Beat-Man) mais aussi Harold Martinez ou les Left Lane Cruisers, est-ce qu’on va aussi s’en prendre plein la tronche cette année ?

Ludo : On vous prépare l’édition du siècle avec 34 groupes ! Ce qui, comparé aux 27 de l’année dernière, représente quand même un sacré changement. D’autre part, on n’a jamais assez de place pour faire jouer tout ceux qu’on aimerait inviter. En gros, le challenge, c’est résumer 80 ou 100 ans d’histoire de la musique en 3 jours, avec un panel de sons, de qualité artistique, de sensibilités. On aura le meilleur de la scène américaine avec, par exemple, le label Castle Face Records, et son co-fondateur, Matt Jones. En résumé, on essaye de trouver ce qu’il y a de plus pertinent, de plus original.

HdO : Pas mal d’artistes reviennent d’ailleurs à Binic.

Ludo : C’est vrai, on essaye de faire un petit suivi avec certains de nos coups de cœur comme Thomas Schoeffler, par exemple, ou les ambassadeurs du bluegrass folk de Strasbourg, Dirty Deep. Enfin, des gens comme ça, tout en gardant un œil sur les artistes émergents.

HdO : Et des artistes venus d’un registre un peu différent, comme Bror Gunnar Jansson ou Miraculous Mule, tu pourrais les imaginer à Binic ?

Ludo : Oui, oui, je ne suis pas sectaire dans mes goûts musicaux mais bon, il y a certains trucs qui me font clairement chier les oreilles. Le blues de Chicago, par exemple, j’ai arrêté d’en écouter, j’avais 13 ans ! Mais bon je voulais être mods quand j’en avais 11, alors… J’ai souvent des remarques du genre « à Binic, vous êtes moins blues qu’à vos débuts », ce à quoi je réponds, ben oui, moi aussi j’évolue, heureusement ! C’est pas parce que j’ai dépassé la quarantaine que je ne vais pas rester curieux ! Tiens d’ailleurs, à ce propos, vous en aurez la primeur : Blind Shake sera remplacé au pied levé, et pour raison familiale – un des deux frangins se marie -, par Blind Butcher, un petit groupe de chez Beat-Man et qu’il nous avait chaudement recommandé. J’ai écouté les deux premiers morceaux du dernier album, ça m’a plu, et l’affaire a été réglée en deux heures.

HdO : Et concrètement, le festival, piloté par l’association La Nef des Fous, ça fonctionne comment ?

Ludo : La Nef des Fous, c’est une association composée de bénévoles de 7 à 77 ans ; 100 % d’adhérents pour 100 % de bénévoles ! Notre action est bien entendu concentrée à Binic, plus précisément au Chaland Qui Passe, qui en est un peu le Q.G. Et dorénavant, notre aura, notre « réputation », nous précédent.

La Nef D Fous - Binic
La Nef D Fous – Binic

HdO : Au point qu’on entend parler du festival partout, alors qu’il y a quelques années, il était encore ultra confidentiel, ça ne te fait pas un peu peur ?

Ludo : Non, ça m’fait pas peur : on n’a peur de rien nous ! C’est pas vraiment un succès, c’est plus de l’estime, et quand on me dit « ah, c’est toi Binic ! », je réponds « non, Binic, c’est toi, parce que justement, tu es là ». La gratuité, aujourd’hui, elle n’a pas de prix. Et ça commence à coûter très très cher en termes d’organisation, on a presque un tiers du budget alloué à la sécurité pour que tous les visiteurs puissent profiter de l’événement dans de bonnes conditions. Et puis, ça fait peur à certains, mais bon, hein, on va pas changer les pisse-froid en champions…

HdO (riant d’enthousiasme) : En parlant de champion et avant de conclure, les visuels de l’édition 2017 sont signés Cyrille Rousseau, que nous avions déjà croisés à Paris et dont nous adorons le travail, comment l’as-tu rencontré ?

Ludo : Il a surtout eu du bol, c’est un accident ! On était à 15 jours de la deadline pour avoir un visuel et c’est tombé sur lui, donc il a gagné le gros lot. Plus sérieusement, c’est via le bouche à oreilles, et notre réseau. Mais bon, ils étaient beaux tous les candidats, un peu comme les candidats aux élections, et ça aussi, ça reste des affiches. C’est exactement pour ça qu’on continue à faire ce qu’on fait comme on le fait. Parce que, contrairement à eux, on croit en certaines choses, eux, pas.

http://www.binic-folks-blues-festival.com/

*Binic fête chaque année ce beau poisson qu’est la morue, le tout en musique : un autre événement à ne pas manquer !

1 Tonio Marisnecu, batteur de Kalashnikov, Dargelos, Gil Riot, Midnight Scavengers, entre autres, était également peintre.

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