Art Rock : 25 mai 2012

Alors que les rues de Saint-Brieuc commencent doucement à se remplir et que les bars sortent les sonos pour une sorte de festival off, c’est à Nadeah que revient l’honneur d’ouvrir les hostilités à la Passerelle. Forum gratuit donc, où Briochins, badauds et festivaliers encore frais émoulus étaient venus découvrir la jeune Australienne et son nouvel album Venus Gets Even. En digne B.B. dompteuse de crocodiles, la jolie blonde avait sorti la panoplie : chapeau, résille et chemise de cow-girl. Beaucoup de fraîcheur et d’enthousiasme, une belle voix, Nadeah emporte la mise et s’étonne en français (cela fait bien longtemps qu’elle s’est établie dans l’Hexagone) : « Vous êtes drôlement calmes, ça doit être une question d’horaire, tout le monde est encore sobre… c’est cool, presque reposant ! » Le public applaudit et la voilà lancée, à la guitare, aux synthés, dédiant une chanson à un ex « pas terrible » avec la moue qui va avec, ou s’improvisant patiente d’un hôpital psy. Un peu plus d’une heure de show et tout le monde a l’air ravi.

Ce qui est vraiment particulier à Art Rock, c’est la différence entre les scènes, différence de lieu d’abord et d’éclairage, entre le clair-obscur d’une salle de concert et la lumière vive d’un jour de printemps, en plein cœur de la ville, avec écrans géants, foule impatiente et stands écoulant des tonnes de bière et de frites (parfois belges et délicieuses !). Un grondement se fait entendre face à la grande scène et des Dap-Kings pur jazz font leur apparition, accompagnés de choristes très Motown et… de Miss Sharon Jones herself ! Déception parmi un groupe d’adolescents massé devant la scène : « Mais c’est du jazz ! » Puis la voilà elle, la grande prêtresse de la soul, la diva du revival rythm & blues ! Sharon Jones n’est pas une femme, c’est de la dynamite, du rythme pur ! I Learned The Hard Way… Et d’expliquer qu’avant l’âge de 40 ans, personne ne lui avait donné sa chance, qu’il faut s’accrocher, tirer sa force de ceux qui nous donnent l’exemple. « Je vois beaucoup de très jeunes ici, soyez raisonnables hein ? Un petit verre ça va mais ne faites pas de bêtises ! » She Ain’t A Child No More… « Vous avez remarqué ? J’aime danser ! Prenons une machine à remonter le temps et retournons en 1965 ! » Et pour mieux nous convaincre, la voilà faisant une démonstration de chicken dance, de twist, de boogaloo. « La vache, elle assure mamie » s’étonnent nos ados… C’est que, 100 Hundred Days, 100 Nights, Sharon Jones a appris à la dure et sait que la générosité est l’apanage des plus grands.

Et quand le soir tombe, que les lumières des bistrots s’allument et que l’agitation est à son comble, que choisir ? Cruel dilemme entre les grosses têtes d’affiches comme Charlie Winston (au final plus formaté qu’autre chose) et les Dionysos, jamais décevants. Finalement ce sera le duo Mansfield TYA et son univers étrange, entre chanson française, rock sous influence anglo-saxonne et errances mélodiques, le tout invoquant une déesse nocturne répondant au nom de Nyx, comme leur dernier album. Avec Julia Lanoë – guitare, chant et batterie – et Carla Pallone – violon, chant et claviers –, au moins, on s’écarte résolument des sentiers battus… Une vraie grâce, une mélancolie ténue, attirantes mais sombres, se dégagent de leurs univers musical, entre force Animal et Cavaliers de l’Apocalypse…

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