Agnes Obel – Aventine

Il est 8 heures, Paris est plus qu’éveillée, elle est au bord de la crise de nerfs et moi j’ai le moral plombé par ces matins à l’identique, par toutes ces erreurs de parcours qui me mènent droit dans un gigantesque mur d’ennui. Afin de m’évader de cette insupportable routine, de ces couloirs de métros grouillants de monde où l’on ne sait plus au juste si l’on respire encore, je plaque alors au plus vite, à l’image de mes camarades d’infortune, un énorme casque sur mes oreilles, branche la musique et pousse le son au maximum.

Agnes Obel - AventineJe ne pouvais pas mieux choisir qu’Aventine, le deuxième album d’Agnes Obel, pour m’extirper de ce climat anxiogène. « Aventine »…Un mot aussi beau à prononcer qu’à entendre. Pas étonnant ainsi que la chanteuse, connue pour être plus sensible à la musicalité d’un mot qu’à sa signification, l’ait choisi comme titre de son nouvel opus. Si l’on oublie en effet son histoire romaine, si l’on met de côté signifié et référent et que l’on se concentre uniquement sur son image acoustique, je trouve en effet la phonétique d’« Aventine » à la fois romantique, poétique et mystérieuse… Exactement comme les nouvelles chansons d’Agnes Obel.

Agnes ObelDes nouvelles chansons ? Finalement pas tant que ça. Ce deuxième album n’a rien d’une rupture dans la trajectoire artistique de la jeune femme mais est à la fois le prolongement et l’approfondissement de son premier opus, Philharmonics, sorti en 2010. Je retrouve ainsi, dès les premiers accords de « Chord left », le charme énigmatique et la mélancolie enveloppante dans laquelle j’avais tant aimé me lover il y a trois ans. Je retrouve aussi cette voix si fragile, au bord de la cassure (et qui s’est déjà brisée à plusieurs reprises, obligeant la chanteuse à annuler des concerts), qui me donne cependant une force inouïe, celle d’être enfin au plus près de mes émotions ; et le plus loin possible de ce bordel déshumanisé.

Agnes ObelLorsque l’on a déjà été transporté et enchanté par Philharmonics, Aventine n’est donc en rien révolutionnaire mais je trouve pourtant ce nouvel album beaucoup plus abouti, plus sensuel aussi. Si piano et violoncelle s’accordent une fois de plus à merveille pour sublimer chaque chanson, si l’on croise de nouveau ces ritournelles espiègles de femme-enfant perfectionniste (« Aventine »), si l’on tutoie toujours les cieux avec de fantastiques folk songs voyageuses, de « Dorian » à « Pass them by », si l’on est constamment happés par ces mélodies inquiètes et habitées («  Fuel to fire »), on plonge aussi avec délectation dans des mélodies moins éthérées, plus organiques. Agnes Obel troque ainsi souvent dans Aventine sa douce voix enfantine pour une voix de sirène enjôleuse, notamment sur les époustouflants « Run cry the crawling » et « The Curse », grands temps forts de l’album.

Cet art de bouleverser et de bousculer avec une infinie douceur, Agnes Obel l’a imaginé, pensé et façonné à Berlin, sa ville de cœur où elle réside depuis quelques années et où elle a conçu ses deux opus. Une ville qui semble être une source d’inspiration illimitée pour les artistes mais aussi pour les nombreuses personnes qui s’y exilent, un endroit où l’on se sent encore libre, où l’on peut reprendre son souffle. Assise dans ce métro qui me conduit vers une énième journée sans but, je me demande s’il n’est pas temps de changer de cap…Vers Prenzlauerberg ou Friedrichshain ?

 

Agnes Obel – Aventine / [PIAS] – Sortie le 30 septembre 2013.

Agnes Obel sera en tournée dans toute la France à compter du 21 novembre 2013 et en concert à Paris les 2 et 4 décembre 2013 au Trianon.

2 avis pour “Agnes Obel – Aventine

  • 12/10/2013

    Superbe texte pour un album que j’ai hâte de découvrir ! Le premier a bercé mon année 2012.

  • 11/10/2013

    Chère Emilie,
    Beau texte pour une belle musique. Merci! Or, à Berlin aussi, il est tout à fait possible de vivre une « énième journée sans but », seule différence, on s’y rend en vélo! On a tendance, je crois, à idealiser choses et hommes, quand on est loin, pour ma part, je fais pareil pour Paris… mais enfin, je t’invite de venir à Friedrichshain, l’Hôtel Princess propose toujours une chambre d’ami pour les amis des amis!
    Bises d’une bonne amie de Franck et Caroline

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