Pleyel et décibels

A Paris, les places de concert s’achètent si longtemps à l’avance qu’il suffit parfois de plusieurs semaines de trajets laborieux en RER pour oublier ces moments pourtant tant attendus. Les trois mois d’attente me séparant du concert des Fleet Foxes, programmés à la salle Pleyel dans le cadre du festival Days Off, ne m’ont pas pour autant rendue totalement amnésique. Bien au contraire, j’en étais presque à rayer sur mon agenda chaque jour qui tardait à passer, pour me rapprocher au plus vite de ce fameux 4 juillet 2011, de ces superbes chants polyphoniques qui allaient s’élever de ce chœur de folkeux inspirés et transporter le public de Pleyel bien plus loin qu’avec une valse de Chopin (comment ça j’exagère ?!).

Malheureusement, c’est le concert en lui-même qui ne m’a pas laissé un souvenir impérissable. Enfin, là c’est sûr, j’exagère : mes tympans, eux, se rappellent encore très bien de cette douloureuse expérience… En fait, nos renards chevelus ne sont pas uniquement férus de guitare acoustique, mais aussi d’instruments électriques, ce qui, loin d’être un défaut, tend même sublimer leurs merveilleuses harmonies vocales… Excepté ce soir-là, à Pleyel. Ainsi, dès que nos amis mouillent leurs chemises à carreaux sur leurs guitares électriques (c’est-à-dire pendant tout le concert), leur céleste musique se transforme en bouillie sonore épouvantable. Au début, je me demande si mes tympans sont les seuls à souffrir le martyre et s’il ne faut donc pas que je consulte au plus vite un ORL. C’est alors que de part et d’autre de la salle, le public commence à gronder, enjoignant l’ingénieur du son à baisser le volume, tandis que Robin Pecknold, gêné, nous explique que, curieusement, la veille, lors d’un festival en plein air, ils avaient dû au contraire monter le son à plein tube ! Alors…Qui est donc responsable de ce massacre ?! Les Fleet Foxes n’y sont pour rien, c’est indéniable, et je plains le groupe qui fait son possible, à chaque morceau, pour jouer « moins fort », et qui nous demande à plusieurs reprises si tout se passe bien désormais… Malheureusement, non : la cacophonie épuise mes tympans jusqu’au rappel et au-delà. De plus, tout au long du concert, un son franchement désagréable, semblant provenir d’un ampli, parasite le peu de moments de grâce apportés par des chœurs à capella.

Malgré les plaintes, le public finit par réagir favorablement aux imparables « WhiteWinter Hymnal », « Ragged Wood », « Lorelai » ou encore « Blue Ridge Moutains ». Leurs oreilles ont peut-être trouvé refuge auprès de cotonneuses boules Quies ? Mes oreilles sont quant à elles extrêmement déçues par le niveau sonore désastreux de ce concert…Moi qui pensais que l’acoustique de Pleyel allait magnifier le folk baroque de mes renards adorés…

Trois jours plus tard, je reviens à Pleyel, munie cette fois de ravissants bouchons d’oreille orange fluo et bien décidée à sauver mes tympans d’une seconde agression sonore. J’ai hâte malgré tout de retrouver ces deux excellents songwriters scandinaves que sont Thomas Dybdahl et Peter Von Poehl, tant ces derniers, m’ont, à plusieurs reprises, totalement conquise grâce à leurs prestations scéniques sensibles et habitées. L’élégant Thomas Dybdahl ouvre cette nouvelle soirée du festival Days Off en compagnie de l’Orchestre National d’Ile de France. Et là, ô miracle, ce fut un véritable délice pour mes tympans (et sans bouchons d’oreille !). Rien à redire côté son, encore moins côté scène. Légèrement intimidé en début de show par cette salle un peu hautaine, ce public sagement assis osant à peine applaudir entre deux morceaux, le norvégien réussit en effet à décoincer progressivement la foule avec son humour rafraîchissant et ses compositions subtiles, oscillant entre soul, pop et country. Aujourd’hui encore, je suis toujours sous le charme de l’époustouflante « One Day You’ll Dance for Me, New York City »

Puis c’est au tour du suédois Peter Von Poehl d’aller à la rencontre de Pleyel, afin de présenter, en avant-première, les chansons issues de son album Big Issues Printed Small, à paraître en 2012. Mais c’est sous une forme inédite, accompagné d’un orchestre à vent, que le chanteur nous offre ses nouvelles créations. L’instant est magique, le son toujours impeccable. Je suis transportée par ce concert envoûtant et délicat, et plus encore par la divine « To The Golden Rose », déjà disponible sur le single « Twelve Twenty One ». Finalement, les concerts pop réussissent plutôt bien à la salle Pleyel, à condition d’avoir sur scène plus de cordes sensibles, de vents frais du matin que de fées électricité !

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