2012 en haute résolution

2012, un an déjà… Un an que lentement mais sûrement, www.horsdoeuvre.fr tisse son petit bonhomme de chemin sur la toile, en quête des saveurs les plus irrésistibles et de coups de cœur musicaux à mettre entre toutes les oreilles.

Alors, comme chacun sait, le début de l’année est l’occasion de prendre de bonnes résolutions et nous ne dérogerons pas à la règle. En revanche, plutôt que d’entamer un régime ou de promettre de réguler notre consommation de fromages, de bons vins ou de sucreries (en en dégustant plus pour mieux vous en parler ?), laissons ces sages décisions s’exprimer en musique ! Après tout, c’est bientôt l’apocalypse… Saviez-vous d’ailleurs qu’étymologiquement, apocalypse a le sens de « révélation » ou de « ce qui est découvert » ?

Résolution n°1 : réagir à temps, même lorsqu’une bonne galette nous scotche par sa force et sa sincérité. Charles Bradley en a fait les frais, et pourtant le grand survivant de la soul, le frère caché de James Brown, le cracheur de rythm’n blues, c’est lui ! No time for dreaming, procurez-vous son album d’urgence, c’est le premier, à 60 ans passés… Merci Daptone.

Idem pour l’ovni Jesse Sykes and the Sweet Hereafter et leur album Marble Son. Restés muets devant ce revival du rock psychédélique, il nous fut difficile de trouver les mots. La voix est androgyne, les riffs de guitare n’en finissent plus : qui a dit que l’intégrité musicale ne payait plus ?

Résolution n°2 : be brave (être courageux), comme Shara Worden, tête pensante et joyau rutilant de My Brightest Diamond. High, low, middle ? Au plus haut comme de juste, et nous pousserons le courage jusqu’à dire que Shara reprend le travail d’orfèvre là où Björk l’a laissé il y a quelques années déjà. Orchestre de chambre, voix troublante, joie de vivre subite et trip (tripes ?) très personnel : allez écoutez tout ça vous-même, MPD sera en concert dans toute la France en mars prochain. Album : All things will unwind (2011)

Résolution n°3 : oser passer une vidéo de Timber Timbre. Bien qu’il ait figuré en bonne place sur la compilation de nos amis de Neuland, le blues inquiétant, sombre et ténu, travaillé au corps de cet Elvis d’outre-tombe vaut aussi bien par son univers torturé que pour ses sonorités lancinantes. Pas de date en France prévues pour l’instant mais deux albums à essayer séance tenante : Timber Timbre (2009) et Creep on Creepin’On (2011).

Résolution n°4 : élucider le mystère de l’album Sága, ou de l’opéra pour être plus précis, du prodigieux groupe belge Dez Mona. Malgré une tripotée de mails envoyée aux maisons de disques, un petit passage par Anvers pour se procurer le vinyle (en rupture de stock), il s’est avéré impossible d’en savoir plus sur ce projet imaginé en collaboration avec Box (Baroque Orchestration X). Amis belges, vous êtes chanceux, vous qui pourrez les voir à Ghent en mai 2012. Autres amis belges, ceux du label : contactez-nous…

Résolution n°5 : accepter la réalité… Le folk britannique est mort, vive le folk britannique ! Échappée d’un opéra de quat’sous joué à guichets fermés entre Big Ben et la Nouvelle-Orléans, Liz Green nous laisse pantois devant un premier album irréprochable, ciselé de bluettes bluesy , émouvantes comme une rencontre avec Moriarty. O Devotion ! Que voulez-vous qu’on dise d’autre ? Du moins pas avant début février… Chronique du concert du 7 février au Point Ephémère : c’est promis !

Preuve supplémentaire, en Irlande cette fois : la révélation Fionn Regan avec le somptueux 100 Acres of Sycamore. Dès le premier morceau : coup de foudre. Avec ses airs d’icône sixties, Fionn Regan impose son chant fluide, imprégné d’une mélancolie nourrie d’échos douloureux, de violons soyeux, d’images de lacs endormis, de lumières froides et dorées. Je pourrais presque citer Nick Drake si le nom n’était pas si sacré et les comparaisons souvent inappropriées.

Résolution n°6 : écoutez les trouvailles de nos collaborateurs, parce que justement on n’a pas les mêmes goûts. Theophraste par exemple, ne manquera pour rien au monde le retour gonflé de l’un des pelvis les plus sexy de l’histoire du rock garage noisy, j’ai nommé John Spencer Blues Explosion (en concert au 106 à Rouen le 10 mars 2012). Il couve également d’une oreille jalouse le rock franc du collier d’Hanni El Khatib (en concert à la Maroquinerie le 22 février 2012) et son album Will the guns come out… mais nous y reviendrons plus tard…

On pourrait continuer longtemps comme ça mais après tout, ce n’est que le début de l’année et la liste reste ouverte ! Car la seule vraie bonne résolution que nous avons à prendre, c’est d’être plus présents, plus subjectifs encore et de rester aussi impertinents que… pertinents.

Clou

2011 en cinq albums

Côté musique, pas de révolution de Jasmin en 2011, mais beaucoup de poésie et d’introspection, histoire de résister à la vulgarité ambiante et à l’absence de fond…En espérant des lendemains qui chantent, pour 2012.

Kate Bush / 50 Words for snow
Inutile de claquer son fric dans des remonte-pentes sans âme pour s’enivrer de paysages enneigés : courez plutôt acheter 50 Words for snow, chef d’œuvre de pureté que seule Kate Bush pouvait nous offrir en cette morne fin d’année.  A écouter d’urgence, « Snowflake », la chanson d’ouverture, d’une beauté à couper le souffle. Et à découvrir ci-dessous, un extrait du titre « Misty », sublimé par un film d’animation plus doux et délicat qu’un flocon de neige :

Mirel Wagner / Mirel Wagner
Une guitare sèche, une voix râpeuse, des chansons folks sombres et épurées : Mirel Wagner n’a pas eu besoin d’en faire des tonnes l’automne dernier pour me bouleverser. Avec ce premier album brut, intense et mélancolique à souhait, hautement influencé par le folk ascétique de Leonard Cohen, la jeune chanteuse finlandaise, originaire d’Ethiopie, s’est imposée comme l’une des grandes révélations de l’année 2011. A découvrir impérativement sur scène en mars prochain, à l’occasion du festival Les Femmes S’en Mêlent. En attendant, voici l’époustouflante « No Death » :

L / Initiale
Avec une initiale, L s’est fait un nom. Dans un monde où fils et filles de sont légions, quel tour de force ! Difficile en même temps de ne pas faire mouche avec ces textes sensuels et troublants, qui se posent avec grâce sur des boucles trip-hop, des accords jazzy et des sonorités pop. Romance et série noire : j’en redemande !

Fionn Regan / 100 Acres of Sycomore
Oui, son prénom prête à rire, et son nom de famille fait penser (à une lettre près) à l’un des pires présidents des Etats-Unis. Mais est-ce une raison pour bouder Fionn Regan, dont les pépites folks ont déjà, à plusieurs reprises, conquis l’Irlande, son pays natal ? La France peut continuer à snober ce brillant songwriter et ce troisième album poétique et exaltant, peu importe : au moins, ses superbes balades ne sont pas encore devenues la bande-son agaçante de pubs pour bagnoles et autres pots de yaourt.

James Vincent McMorrow / Early in the Morning
Contrairement à son compatriote Fionn Regan, JVMM n’a pas laissé le public français indifférent. Il a même été intégré quelques temps à la musique d’ambiance d’une chaîne de supermarchés hexagonaux, c’est dire… Si entendre régulièrement, entre deux annonces promotionnelles du rayon lessive, la voix sensible de ce chanteur habité m’a quelque peu affligée, cela n’a en rien brisé mon enthousiasme pour son folk fragile et intimiste, dont j’ai beaucoup parlé sur HdO et qui m’a accompagnée une grande partie de l’année 2011.

2 avis pour “2012 en haute résolution

  • 25/01/2012

    Un billet pétri de jolies références et de douces résolutions ! Merci

  • 24/01/2012

    Superbe jeu ! Pas de « promesse de jasmin » : Brandi Carlile.

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