Marissa Nadler – Blue interview in a raincoat

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Elle le rappelle lors de cette interview : sa reprise de « Famous blue raincoat », c’était il y a dix ans ! J’ai beau avoir conscience que Marissa Nadler a fait du chemin depuis, poursuivant son exploration sonore dans des contrées goth folk de plus en plus étranges et vénéneuses, je reste hantée par sa version onirique et aérienne de l’une des plus belles chansons de Leonard Cohen. Passée la bouleversante découverte, par le truchement de cette reprise, de ses trois premiers opus, je me suis par la suite, je l’avoue, un peu lassée des arpèges fantomatiques de cette prolifique et talentueuse songwriteuse américaine. Jusqu’à ce qu’elle publie il y a deux ans, « July », dont la noirceur introspective et lumineuse m’a captivée. C’est à l’occasion de la sortie de son huitième album, « Strangers », que nous avons échangé avec Marissa Nadler autour de son univers musical entre spleen et ideal.

Votre nouvel album s’intitule « Strangers » : qui sont ces étrangers ?

Ces « Strangers » ne sont pas des personnes concrètes. Ce titre évoque en fait l’ensemble des thèmes abordés dans mes chansons, notamment le sentiment d’être étranger à soi-même, à distance de soi et des autres.

Marissa nadler © Ebru Yildiz
Marissa nadler © Ebru Yildiz

Dans les chansons de « Strangers », vous parlez de solitude, de désespoir, d’amours déçus… Il plane comme une ambiance de fin d’un monde. Que disent de vous ces thèmes très sombres qui habitent souvent vos textes et qui font écho également à la pochette de votre nouveau disque ?

Ce que vous dites est juste. Mais les titres de « Stangers » parlent également de la beauté de l’amour éternel et de la perception de la nature qui nous entoure. Il ne faut pas se focaliser uniquement sur la noirceur de ces chansons, qui sont aussi légères et pleines d’espoir. Je ne veux pas cataloguer mon écriture de façon aussi monochromatique.

C’est vrai que je suis attirée par la face cachée et sombre de la condition humaine. Mais je pense que c’est dans cette exploration que se trouve la véritable beauté de l’humanité. Il y a de la beauté dans l’imperfection Et cette beauté est plus fascinante pour moi que la façade lisse et maquillée de notre monde moderne

En quoi Katy, Diane et Janie, dont vous contez les histoires à travers cet album, sont-elles un peu vous ?

Pour répondre à votre question, elles ne sont moi en aucune façon. Katy et Janie sont toutes deux de vraies personnes et des amies. « Katie I know » est notamment une chanson racontant la dissolution d’une longue amitié. « Shadow Show Diane » est le nom que j’ai donné à l’ombre d’une femme à la fenêtre que l’on peut voir depuis mon porche. Dans les chansons de « Strangers » je ne parle vraiment de moi que lorsque j’use de la première personne.

Après avoir été à vos côtés pour la production « July », Randall Dunn a de nouveau travaillé avec vous sur « Strangers » : qu’est-ce qu’apporte Randall Dunn à votre univers musical ?

Je m’isole lorsque j’écris mes albums. Je ne sors pas beaucoup pour parler à des gens ou à d’autres musiciens. Randall est un grand créateur d’ambiance et il travaille aussi avec un groupe phénoménal de musiciens avec lesquels j’ai eu la chance de travailler – Milky Burgess, Steve Moore, Eyvind Kang, Steve Nistor, Janel Leppin, Brad Mowen, Jonas Haskins, Jay Kardong, la liste n’est pas exhaustive -, et je n’aurais pas rencontré toutes ces personnes sans Randall. Randall m’a aussi encouragée à développer ma palette musicale. Il m’incite à sans cesse évoluer.

Edgard Poe est-il toujours pour vous aujourd’hui une source d’inspiration ? Qu’est-ce qui, de manière générale vous inspire ?

Pour être honnête, pas vraiment. J’adore son œuvre mais je ne le considère pas comme une source d’aspiration actuelle pour moi. L’actualité, mes relations personnelles, mon propre monde interne tendent à être les meilleures muses que je puisse avoir.

Vous avez repris ces dernières années « Famous blue Raincoat » et « Seems so long ago, Nancy de L.Cohen ainsi que « Pitseleh » d’Elliott Smith : que représentent pour vous ces deux artistes, ces trois chansons ?

Juste pour préciser les choses, j’ai repris « Famous Blue Raincoat » il y a dix ans sur l’album « Songs III : Bird on The Water ». Cohen a été une grande source d’inspiration pour moi tout au long de ces années. Je suis aussi une grande fan d’Elliot Smith et sa musique a une profonde influence sur moi.

Pouvez-vous nous parler du cheminement musical que vous avez fait depuis July ? Et depuis vos débuts ?

Pour être honnête, j’ai juste gardé la tête froide et ai continué à essayer d’écrire les meilleures chansons possibles, album après album. J’espère toujours que chaque album est meilleur que le précédent. C’est l’espoir de la majorité des artistes, je pense. J’ai évolué de façon organique, ce n’est pas quelque chose que j’ai orchestré consciemment. J’ai toujours eu à cœur d’être fidèle à moi-même dans mon approche de la musique et de l’art. J’écris des chansons que les gens puissent ressentir profondément et je tâche de rester aussi pure et sincère que possible au sein de cette foutue industrie de la musique. Ce n’est pas toujours facile mais tout ce qui compte, c’est que je puisse défendre mon travail.

Vous avez conçu le clip de votre chanson « All the Colors Of the Dark » : en quoi la réalisation de clips voire de films est une démarche artistique qui vous anime et allez-vous la renouveler ?

J’ai une formation en art assez large, mais je suis relativement nouvelle dans l’animation en stop-motion. J’ai commencé à en faire depuis seulement quelques années et j’ai vraiment adoré ce processus. Cela prend du temps mais c’est vraiment magique et inspirant. J’ai l’intention de continuer à faire des vidéos et j’espère être de plus en plus performante au fur et à mesure des réalisations. Je travaille également à l’élaboration du clip d’animation de « Janie in Love » et j’espère à l’avenir en faire de plus en plus.

Marissa Nadler – Strangers – Bella Union / PIAS – www.marissanadler.com

Merci à Laure Gerard d’avoir relu avec attention ma traduction.

English Version

« Famous Blue Raincoat » was ten years ago now and even if I know Marissa has developped since her own style, experimenting dark and ghostly atmospheres, I’m still haunted by her cover version of Leonard Cohen. It’s only two years ago that I returned to Marissa’s beautiful work with July. Now, Strangers, her 8th album so far, is released. The perfect occasion to talk with this talented and unique songwriter.

Your new record is called « Strangers » : who are these strangers ?

The album on certain levels explores the feeling of being estranged from my former self, as well as from other people. So, the Strangers aren’t concrete people. The album title comes from the themes explored within the songs themselves.

In « Strangers » songs, you’re talking about loneliness, hopelessness, failed relationships… We can feel an end of the world atmosphere. What do these very dark subjects (that can be encountered in your texts and which are reflected in your album art) tell about you ?

All of this is true. But, the songs in Strangers also deal with the beauty of everlasting love and of an appreciation of our natural world. To focus on only the darkness in the songs overlooks the lightness and hope within them. I refuse to pigeonhole myself as writing songs that are so singularly monochromatic.

Yes, it’s true that I’m drawn to the unglamorous underbelly of the human condition. But, within that exploration is where I think the true beauty of humanity lies. There is beauty in imperfection, and that beauty is far more compelling to me than the airbrushed and glossed over view of our modern world.

In what way are Katy, Diane and Janie whose stories you tell throughout this album, a little bit you ?

They are in no ways me, to answer your question. Katy and Janie are both real people and are friends of mine. Katy I know is a narrative song dealing with the dissolution of a long friendship. In the songs on Strangers, when I use the first person narrative, I’m truly speaking about myself. Shadow Show Diane is a name that I made up for the shadow of a woman in the window across from my porch.

Randall Dunn had been at your side for « July »’s production and worked again with you on « Strangers ». What does Randall Dunn bring to your musical universe ?

I am reclusive when I write albums. I don’t get out a lot to talk to people or other musicians. Randall is a great master of atmosphere, and he also works with a phenomenal group of players that I’ve been lucky to work with – Milky Burgess, Steve Moore, Eyvind Kang, Steve Nistor, Janel Leppin, Brad Mowen, Jonas Haskins, Jay Kardong- the list goes on and on but I wouldn’t have met these people if it weren’t for Randall. Randall also has challenged me to expand my musical pallette. He challenges me to continue to evolve.

Is Edgard Poe still a source of inspiration for you ? What inspires you in general ?

No, not really, to be honest. I love his work but I wouldn’t call that work a current source of inspiration for me. The headlines of today’s news stories, personal relationship, and my own internal world tend to be the best muses that I have.
Your covered last years « Famous blue Raincoat »and « Seems so long ago, Nancy » from L.Cohen and « Pitseleh » from Elliott Smith : what do these two musicians, these three songs represent for you?

Just to be accurate, I covered Famous Blue Raincoat ten years ago on the album Songs III: Bird on The Water. Cohen has been a big source of inspiration for me throughout the years. I am also a big Elliot Smith fan and his music had a profound influence on me as well.

Can you tell me about the personal musical journey you have done since « July » ? And since your musical debut ?

To be honest, I just keep my head down and continue to try to write the best songs that I can, album after album. I hope each one is better than the next. That’s the hope of most artists, I think. My evolution has happened organically, and hasn’t been something I have consciously set out to do. At the core of my approach to music and art has always been to remain true to myself. I write songs that I want people to feel from. I try to stay as pure as I can throughout this bullshit industry. It’s not always easy but I think if I can stand behind my work then nothing else matters.

You have directed the video of « All The Colors Of The Dark » by yourself : in what way does this artistic approach inspire you and are your going to make others videos or perhaps movies ?

I have an extensive fine art background, but am relatively new to stop-motion animation. I began doing that a few years ago and very much enjoy the process. It’s time consuming but I find it pretty magical and meditative. I have every intention of continuing to animate and make videos and I hope to get better with each one as well. I’m currently working on an animated video for Janie in Love and hope to make lots more in the future.