Le Street Art exposé

Les récents évènements nous rappellent brutalement que la liberté d’expression n’est jamais un acquis. Dans ce contexte, l’expo #StreetArt – l’innovation au cœur d’un mouvement – à l’Espace Fondation EDF, agit comme un véritable souffle d’air et d’optimisme. Parce que le Street Art, par définition, s’affiche dans la rue et s’affranchit de toutes règles. Il représente la liberté absolue en matière d’expression graphique, d’utilisation de supports et d’outils pour dessiner, peindre, construire, modeler, détourner…sans barrière sociale, culturelle ou économique. Tout le monde peut se l’approprier. Il interpelle tout le monde. Et puis le Street art a toujours un temps d’avance. La jeunesse s’en empare à chaque génération. Le Street Art est un cri de rébellion, de rage, c’est l’expressivité brute, créatrice, la volonté de « pousser » les murs gris et sinistres de la ville.

L’expo se divise ainsi en deux temps : un historique du Street Art et un panorama de l’utilisation des dernières technologies du web 2.0 dans le Street Art.

De la bombe de peinture à l’arrivée du web

Truly - Fondation EDFAlors, pourquoi exposer le Street Art, expression artistique libre par essence ? Ce curieux paradoxe prend tout son sens dans une judicieuse présentation historique : des prémices de la peinture murale (peindre sur un mur est la première forme de l’expression de l’art – voir les peintures préhistoriques), jusqu’à l’explosion du Street Art dans les années 70-80 aux Etats-Unis, en Europe mais également partout dans le monde. On commence donc l’expo avec différents documents : pochettes de vinyles (surtout de hip hop), affiches, photos (de grafs, du métro new yorkais), des fanzines… Le Street Art a toujours eu des rapports très étroits avec la musique et, art de ville par excellence, particulièrement la musique urbaine : le rap et l’électro. L’énorme ghetto-blaster exposé est un anachronisme surréaliste à l’époque du Mp3 ! Comment les b-boys pouvaient-ils se balader avec cet énorme machin sur l’épaule ?? Toutes ces archives passionnantes nous rappellent l’esprit bouillonnant de la période 70-90 et l’aspect système D. C’est notamment grâce à cette énergie, et sur les fondements de ces créateurs précoces, que va s’inspirer la nouvelle génération.

Les nouvelles formes de Street Art

Street ArtLe commissaire d’expo a donc choisi de se focaliser sur les innovations et les nouvelles façons de « faire du Street Art » dans les années 2010. On retrouve les noms des plus célèbres des créateurs, ou de crew, mais également des inconnus : Obey, JR, Zevs, Truly Design, C215, Patrick Suchet, Antonin Fourneau, Rezine… L’aspect subversif n’est pas pour autant oublié. Zevs qui détourne les logos des grandes marques en les « liquéfiant » sur les vitrines, a été condamné à quelques semaines de prison à Hong-Kong pour avoir détourné le double C entrelacé de Chanel. Petite revue (très loin d’être exhaustive) de quelques nouvelles techniques utilisées :

L’anamorphose : en soi, ce n’est pas une nouveauté. Pourtant elle est utilisée assez récemment dans le Stree Art. Elle est souvent spectaculaire. Il s’agit de composer une peinture en plusieurs plans sur différents murs à différents niveaux, compréhensible et lisible à partir d’un point unique souvent éloigné. L’exemple du Pégase du collectif Truly Design exposé à la Fondation EDF est particulièrement parlant. Incompréhensible, si on ne se positionne pas à un point précis pour tout à coup voir « apparaître » le monumental Pégase bleu.

Le light-painting : Késaco ? Ce n’est pas une nouveauté non plus, mais il est depuis quelques temps revenu très à la mode. On utilise un temps de pause long dans le noir, on déplace des sources de lumières (torches, lasers…), en dessinant un tag par exemple. Le mouvement des traces lumineuses est ainsi fixé.

Le Water Light Graffiti : est un peu une variante du précédent. On peint avec de l’eau sur un mur de leds, et le contact réalisé fait apparaître la lumière. Vous pourrez vous y essayer sur l’immense mur proposé à la Fondation EDF.

La photo et la vidéo : d’abord elles permettent de capter des œuvres qui sont souvent éphémères, d’autre part, la photo et la vidéo numériques sont dorénavant utilisées dans le Street Art comme outil.

Bref, on ne va pas tout vous dévoiler, il y a des dizaines de nouvelles autres techniques tout aussi passionnantes. L’expo se développe sur trois niveaux interactifs, elle est vraiment à voir, en parallèle, bien sûr, de balades dans Paris qui regorge de Street Art. Profitez-en, la capitale est particulièrement productive et se trouve être un terrain de jeu permanent pour les street artists, car le Street Art reste avant tout illégal, libre, rebelle et…dans la rue.

#StreetArt, l’innovation au cœur d’un mouvement, jusqu’au 1er mars 2015
Espace Fondation EDF –  6, rue Récamier, 75007 Paris (M° Sèvres-Babylone ou Saint-Sulpice)
Entrée libre. Ouvert du mardi au dimanche, de 12h à 19h

BONUS :

En complément, deux vidéos des films de figures essentielles et fondatrices du Street Art new yorkais des années 80 : Henry Chalfant et son film Style Wars (sur les graff dans le métro de NY) ; Charlie Ahearn et son film Wildstyle (sur la culture hip-hop en général).

Un super reportage dans Tracks sur Arte : un supermarché de 40 000 m2 abandonné et laissé aux street artists Sowat et Lek :

Une chouette vidéo de Dj Oil « Black Notes », avec un travail dépouillé sur le graff :

http://www.dailymotion.com/video/xr6vtn_dj-oil-black-notes-feat-gift-of-gab-official-video_music

Et pour finir, à voir : la plateforme Fatcap, vraie référence pour le gaffiti et le Street Art   http://www.fatcap.org/

 

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