Singin’ in the Rain!

Est-il légitime de pousser des hurlements d’enthousiasme devant une comédie musicale ? Oui, si elle est mise en scène par Robert Carsen au théâtre du Châtelet et s’il s’agit de Singin in the Rain, reprise du génial film de Stanley Donen. Oui, oui, celui avec Gene Kelly et Donald O’Connor, mais est-il besoin de le préciser ?

Car comment adapter sur scène une comédie musicale filmée – et mythique – , qui se moque du cinéma, sans la singer ni la dénaturer ? A priori, c’est une gageure, un casse gueule… Mais c’est mal connaître Carsen – à qui l’on doit, entre autres, les mises en scène inspirées et minimalistes du Dialogue des Carmélites de Poulenc ou le Midsummer’s Night Dream de Britten : non, ce n’est pas le même genre – et sa remarquable intelligence scénique.

Dès la première scène, où défile la « crème » du tout-Hollywood des années 20, on reste bouche bée. Gris, noirs, blancs, scintillants, les costumes sont dignes de Cecil Beaton et déjà les acteurs bougent avec une telle fluidité, jouent avec un tel enthousiasme que l’on ne sait plus où donner de la tête. Don Lockwood (Dan Burton, qui a l’élégance de ne pas essayer d’être Gene Kelly) évoque ses souvenirs d’enfance ? Les voilà sur grand écran – un vrai – en noir et blanc, avant que « pour de vrai », ses souvenirs ne se matérialisent sur scène en irrésistible numéro de clowns dansants : Don et Cosmo Brown (le bondissant Daniel Crossley).

Singin’ in the Rain ©Anthony Powell

Outre la beauté des tableaux, euphorisants et facétieux, la qualité du chant (le Would You de Clare Helse est ravissant), des numéros de danse – étourdissants -, la drôlerie des acteurs (oui, on rit, encore et encore, du tournage du plus mauvais film « muet parlant » de l’histoire du cinéma, de la méchanceté et de la bêtise de Lina Lamont, interprétée par une Emma Kate Nelson en grande forme), tout est dans cette pièce d’une totale inventivité.

Théâtre du Châtelet ©Patrick Berger

Singin In The Rain est une éblouissante mise en abyme du théâtre dans le théâtre, ou plutôt du cinéma dans le théâtre qui lui-même… Pendant près de 3 heures (c’est trop court, encore, encore !), le spectateur participe, rit à gorge déployée, passe mentalement avec les acteurs devant et derrière l’écran, chante presque, oubliant qui il est, où il est. Pour un soir au moins, la vie est belle, l’avenir moins incertain ; il ne fera plus jamais froid, la pluie ne mouille pas, ni dehors, ni sur scène, où elle ruisselle comme par magie. Le monde tout entier devient peu à peu technicolor, il fait des claquettes, tourbillonne et s’extasie.

Et quand, alors que l’on croyait la comédie finie, la troupe au grand complet revient avec cirés et parapluies, c’est presque trop beau, trop joli. On voudrait chanter, danser comme eux, être un air de Brown et Freed… Ah, malheureux qui n’y étiez pas, il ne vous reste plus qu’à espérer une énième, et hypothétique, reprise.

Ou alors, branchez-vous sur France Musique le 16 janvier 2016 à 19h30. Samedi Soir à l’Opéra (car c’en est un) diffusera le spectacle, vous aurez au moins le son !

Théâtre du Châtelet ©Marie-Noëlle Robert

Singin’ in the Rain, au théâtre du Châtelet jusqu’au 15 janvier 2016 avec l’orchestre Pasdeloup

Scénario : Betty Comden et Adolphe Green, d’après le film de la MGM
Mise en scène : Robert Carsen
Direction musicale : Stephen Betteridge
Chorégraphie : Stephen Mear
Costumes : Anthony Powell
Décors : Tim Hatley

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