Le Noël d’HdO 2015: Hannibal, la série.

Afin de célébrer dignement la nouvelle version du site, la rédaction d’HdO a décidé de déposer au pied d’un sapin virtuel ses coups de cœur et ses cadeaux imaginaires. L’année 2015 a été rude, il est temps de brûler dignement le bonhomme Hiver, d’en faire un grand feu d’espoir et de joie. A chacun sa méthode, et ses goûts, mais le message reste le même : accrochez-vous à la culture, c’est tout ce qu’il vous reste lorsque tout s’écroule autour de vous. Qu’elle soit classique ou « pop », c’est elle qui fait de nous des êtres humains, nous offre une mémoire, individuelle et collective, tout en nous donnant le goût de la transgression et la lutte. Pour que les marchands de peur n’aient pas raison de votre âme, mes amis, amusez-vous !

Cadeau N°1 : Hannibal, série télévisée en 39 épisodes de Bryan Fuller

Série HannibalIl m’aura fallu deux ans pour sauter le pas, deux ans à tourner autour de cet ovni télévisuel sans pouvoir me décider. A la fois influencée par des critiques négatives et soumise à mon propre raisonnement (« l’horreur et la mort valent-elles la peine d’être écrites, peintes, représentées » : vous avez quatre heures). Mais voilà, c’est fait, j’ai plongé, sans bouteilles de survie, dans Hannibal, série librement inspirée de Thomas Harris dont les œuvres cannibales nous ont déjà valu plusieurs adaptations, plus ou moins, comment dire... Immersion nocturne, suffocante et finalement revigorante. Ayant réussi à ne pas m’y noyer, c’est donc elle que je dépose en premier au pied de notre sapin imaginaire.

Qu’importe le gore pourvu qu’on ait l’ivresse…

« Oh la la, c’est pas vrai, ils ont viré dingue sur www.horsdoeuvre.fr » s’exclame alors le lecteur avisé. Lecteur, arrête-toi et écoute. Je réprouve la violence et la cruauté, toute complaisance sur le sujet m’est odieuse, je ne vais donc te poser qu’une seule question : aimes-tu les contes de fées, les trouves-tu plus dangereux que la réalité ? Il était une fois un ogre qui aimait manger des grandes personnes, un dragon, des animaux magiques et des forêts, le château de la Bête ou celui de Barbe-Bleue. Alors, qu’importe le gore et le mauvais goût si l’on a l’ivresse des visions oniriques – parfois prodigieuses – d’une série que l’on a taxée, à tort, d’ « arrogante » et « prétentieuse ». Voilà qui en dit long sur l’époque !

Devine qui vient dîner ?

Hannibal Lucifer...Il faut dire que ce docteur Hannibal Lecter-là, psychiatre de son état, approuverait la ligne éditoriale de www.horsdoeuvre.fr. Cuisinier amateur de génie (il fait lui-même son jambon, à l’os), claveciniste ému par Mozart, Haendel ou Debussy, il concocte des repas – et des meurtres – qui ressemblent à des Vanités ; jamais le mot « nature morte » n’a été mieux employé. Toute en nuances de bruns et de verts glauques, de bleus noirs et de fulgurances de pourpre sombre – le sang y coule par hectolitres -, la série convoque tour à tour Francis Bacon, Hopper ou Füssli. Sans oublier William Blake, mais on ne va tout de même pas raconter l’intrigue.

Hémoglobine et romantisme noir

Série HannibalDe toutes façons, elle tient en quelques lignes : si un profiler du FBI (Hugh Dancy), légèrement autiste et doué d’empathie absolue, rencontrait un tueur en série aussi attirant que monstrueux (Mads Mikkelsen, délicieusement inquiétant), qu’arriverait-il ? Et qu’arriverait-il si ce dernier, par amour, voulait l’emmener en enfer avec lui ? N’en resterait, une fois retiré le gore du cahier des charges, qu’une histoire d’un romantisme très noir, bien loin du monde tel qu’on veut nous l’imposer : vulgaire à force d’être mercantile, adepte d’une sexualité sans désir et paniqué par les monstres qu’il a lui-même engendrés. Ce n’est pas un hasard si NBC y a flouté un tableau de Botticelli et pas les éviscérations : la véritable horreur a pour nom censure et hypocrisie.

Un régal morbide et sensuel

Série HannibalA vous de voir, donc, si vous avez envie de vous plonger dans cette série complexe, parfois grotesque, parfois sublime, toujours morbide et sensuelle. Mais à mon avis, accompagnée d’un verre de Bâtard-Montrachet (comptez 200 euros la bouteille, Lecter a des goûts de luxe), d’ortolans (il est très important de les faire mourir dans un Armagnac de qualité et de les déguster en bonne compagnie), ou d’un sanguinaccio (un très bon dessert au sang, ah, la cruauté latine !), ça pourrait le faire. A condition, bien sûr, d’avoir gardé une âme d’enfant pervers et un minimum d’humour.

Le DVD de la saison 3 ne sera disponible en France qu’en juin 2016, voilà qui mérite punition, ou au moins une invitation à dîner ! (avec Mads Mikkelsen, Hugh Dancy, Laurence Fishburne, Gillian Anderson, Richard Armitage)

Cadeaux complémentaires autour d’Hannibal :

– Le très beau single Love Crime de Siouxsie Sioux, composé spécialement pour la série.

– Une petite visite sur l’étonnant blog de Janice Poon, la styliste culinaire de la série

– Une monographie de William Blake, au minimum, et L’Enfer de Dante, illustré par Gustave Doré.

– La B.O très musique contemporaine, toute en souffles et en grincements, composée par Brian Reitzell, plus connu pour son travail avec Sofia Coppola.

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