La tortue rouge

Un songe.

Je n’attends rien, je plonge dans la salle obscure pour échapper un peu à la chaleur et parce que ce film d’animation semble gracieux. Je n’attends rien : au début, j’ai même l’impression d’avoir déjà tout vu dans la bande-annonce. Elle déflore indéniablement le film – parce qu’on en devine la trame –, mais elle en préserve l’essentiel : l’émotion qui enfle dans la gorge, le mystère, l’échappée bouleversante dans l’humanité.

Des flots éperdus, des ciels torturés de gris ou saturés de soleil d’été, le chant des oiseaux : l’île déserte est l’univers de notre Robinson ; elle devient le nôtre. Les gestes de survie – faire sécher des peaux de phoque pour se vêtir, se nourrir de fruits, construire un radeau pour regagner la civilisation –, s’accompagnent d’une langueur apaisante à laquelle on se laisse aller. Plus encore, ces scènes du quotidien portent la profonde intimité qui lie les êtres, au-delà des mots, absents de ce film presque muet. Car Robinson ne reste pas seul : une femme le rejoint.

Qu’elle soit née de la carapace d’une tortue ou du songe de l’homme, que nous importe ?

Dans La tortue rouge, tout va mêlé : la peur, la solitude, l’amour, la filiation, le bonheur insensé de voir le jour, et enfin la mort. Paradoxalement, c’est en regardant l’homme seul que jaillissent des sentiments profonds et intenses d’appartenance au genre humain. Ce film est une pépite : tout entier, il est la Création.

La tortue rouge de Mickaël Dudok de Wit, sorti le 29 juin 2016

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