Franz Ferdinand à table

On ne vous le répétera jamais assez : le rock et la bonne bouffe ont toujours eu des relations passionnelles, évidentes et charnelles. Ce n’est pas Alex Kapranos, leader du groupe écossais Franz Ferdinand, qui va nous contredire. Ce mois-ci sort  en France « La Tournée des grands-ducs » aux Editions du Rouergue, recueil sur les impressions culinaires d’Alex durant la tournée du groupe en 2005, commandé à cette époque par le journal The Guardian. Du Mexique à l’Australie, de la Grèce au Japon, Alex nous offre sur un plateau bigarré une véritable profusion de mets exotiques, bizarres, fabuleux ou épouvantables. Sandwich Subway ou resto étoilé sont au menu ! Comme le groupe l’est sur scène, c’est souvent drôle, énergique, barré, irrésistible, cru. Et terriblement british.

Franz Ferdinand - La Tournée des Grands-DucsVin résiné, olives vertes et jelly rose

 Alex Kapranos a beau avoir la tête de l’emploi type du chanteur britannique : grand, un accent english à couper au couteau, la mèche blonde sur l’oeil, une cravate fine ou une chemise 60’s cintrée, il a aussi du sang grec qui coule dans ses veines. Né et élevé au Royaume-Uni par une mère anglaise et un père grec, il a toujours, culinairement parlant, fait le grand écart entre la « délicieuse » gastronomie britannique – jelly verte en poudre, fish & chips plus-gras-tu-te-flingues -, et la généreuse et saine nourriture méditerranéenne. Sa première cuite (à huit ans !) se déroule en Grèce où il passe les vacances d’été chez ses grands-parents paternels. Durant un festival viticole, il se pochtronne avec son frère aux yeux et à la barbe de la famille qui les retrouve hilares et ne tenant plus debout ! Gueule de bois monumentale. Sans doute, la première d’une longue liste…

Juste un cuistot de Glasgow

Avant de devenir célèbre, Alex Kapranos a travaillé en tant que commis, sommelier, livreur ou chef, dans des bouis-bouis infects à Glasgow ou ailleurs, jusqu’à sa trentaine. On a tendance à l’oublier, mais les Franz Ferdinand se sont formés assez tardivement, ce qui est plutôt rare et notable dans le monde formaté de la pop anglaise. Alex est de la génération Blur, Oasis ou Pulp, mais son groupe n’a émergé que 10 ans après la période Britpop. Cela explique peut-être cet air d’éternel adolescent qu’arbore Alex, et cette curiosité perpétuelle devant la nourriture, alors qu’il a maintenant largement dépassé la quarantaine. En tout cas, la bouffe, il connaît bien. Et rien ne lui fait peur. Mettre les mains dans les viscères et les entrailles, il l’a fait plusieurs fois et le décrit avec une brutalité sanglante, un réalisme direct et un humour décapant. Le pigeon qui se fait littéralement éclater sur le pavé parisien par une bagnole alors que le groupe mange des gésiers Porte-de-Clignancourt est un passage du livre à la fois cru, gore et très drôle !

 

« Manger est une aventure… »

C’est sans doute la qualité première de ce bouquin. Un tour du monde des saveurs, à l’image de la tournée du groupe. Mais pas forcément là où on l’attend. Alex Kapranos est un aventurier de la nourriture. Il mélange les goûts et les lieux avec une facilité « mondialisée » : il mange chinois en Australie, indien en Angleterre, français à Manhattan et marocain à Paris. Ou bien d’une façon plus classique, typiquement italien à Milan, franchement français à Paris, carrément américain à NY. Il n’a pas de préjugés et essaye tout, qu’importe le lieu. En paragraphes très courts, il choisit et décrit une destination, un pays, un restaurant et se délecte (ou pas !) de ce qu’il avale. Certains plats agissent comme une madeleine de Proust, d’autres sont de véritables découvertes culinaires – parfois même traumatisantes : l’oursin est sans doute la seule nourriture qui n’a jamais trouvé grâce à notre gourmet-rockeur !

Le livre se savoure aussi vite qu’un repas entre potes de tournée, mais avec délectation, partage et franches rigolades. Comme le dit Alex lui-même  : « si le chef a le sens de l’humour, il y a de grandes chances que sa cuisine soit bonne ».

Alex Kapranos, Franz Ferdinand, la tournée des grands-ducs, éditions le Rouergue, Paris, mars 2015. 18 euros.

Le groupe Franz Ferdinand sort un album avec les Sparks et sera en concert avec eux, notamment le 24 juin à l’Ancienne Belgique à Bruxelles, le 26 juin au Bataclan à Paris, le 5 juillet au Transbordeur à Lyon (Villeurbanne), et le WE du 28-30 août au festival Rock en Seine.

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