Beat Generation : Tiempo Libre

Quoi de mieux pour, à la fois clôturer notre folk trip estival et le poursuivre à l’infini, qu’une rétrospective consacrée à la Beat Generation ? Montez dans la Time Machine imaginée par le Centre Pompidou et partez en road trip à la découverte de cette flamboyante génération d’écrivains et poètes qui bouleversèrent l’art en profondeur et contribuèrent à l’émergence de la contre-culture américaine et des mouvements contestataires des 60’s.

Dans ce désert artistique que peut être un mois août à Paris (oui, d’accord, je suis un peu de mauvaise foi, la sublime Tortue Rouge était encore programmée au cinoche, de belles expos, dont nous avions parlé sur HdO, étaient encore d’actualité…), mon être assoiffé de cinéma, de musique, de littérature et de peinture, fut tout naturellement attiré vers une véritable oasis de culture : l’exposition proposée par le Centre Pompidou sur la Beat Generation.

Grégory Corso © Archives Jean-Jacques Lebel
Grégory Corso © Archives Jean-Jacques Lebel

De la Beat Generation, je ne connaissais que le cultissime Sur la Route du beau gosse Kerouac, découvert, avec Le Festin Nu de William S.Burroughs» et Howl d’Allen Ginsberg, à l’acmée de ma Doors Mania et de ma crise d’acné. Je ne savais pas encore, en me rendant à Beaubourg, qu’une myriade d’artistes avait constitué cette Beat Generation, initiée par ces trois monuments de la littérature américaine que furent Burroughs, Kerouac et Ginsberg, et que leur créativité fut à ce point exponentielle. Cette rétrospective revient en effet sur plus de 500 œuvres issues de la culture Beat, dont le fondement est la littérature, certes, mais une littérature libérée de toutes contraintes stylistiques. La prose spontanée, proche de l’écriture automatique chère aux Surréalistes et de l’impro jazz que vénéraient Kerouac, Ginsberg et Burroughs, constitue ainsi le cœur de cette culture, son rythme, son « beat ».

La Beat Generation ne se contenta pas de libérer l’écriture : elle dépoussiéra et renouvela également tous les genres artistiques, de la peinture au cinéma en passant par la poésie vocale, la calligraphie japonaise, le collage ou encore la photographie.

Robert Frank- The Americans
Robert Frank – The Americans

C’est au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale puis dans les années 1950 que ces « clochards célestes » se lancèrent, par le truchement des drogues, des voyages, du bouddhisme, du chamanisme, du jazz et de la poésie dans une immense quête spirituelle et une prolifique activité artistique à la fois foutraque et brûlante qui scandalisèrent l’Amérique rigide et coincée de l’époque. Cette bande de potes, amis et amants recherchaient ainsi sans cesse de nouvelles formes d’existence et d’expressions artistiques aux antipodes du matérialisme et de l’individualisme à outrance, de la pudibonderie et de l’utraconservatisme qui triomphaient alors.

Photo Allen Ginsberg
Photo Allen Ginsberg

« Everything belongs to me because I’m poor » peut-on d’ailleurs lire sur l’un des premiers murs de l’exposition présentée à Beaubourg. Cette phrase extraite de Sur la Route résume on ne peut mieux l’état d’esprit de la Beat Generation. « Beat » est d’ailleurs un terme argotique se définissant par « fauché », « cassé ». Le mot renvoie également au pouls, au rythme du jazz bien-sûr, ainsi qu’à la notion de béatitude. Ces nomades « dans la dèche mais remplis d’une intense conviction » dixit Kerouac, intensément dopés aux grands espaces et aux voyages intérieurs, bousculèrent non seulement leurs contemporains corsetés mais posèrent aussi les jalons des mouvements contestataires, des luttes pour les droits civiques, de la libération sexuelle et de toute la contre-culture américaine qui émergèrent dans les années 1960.

Pour aborder cette rétrospective, je décidai de me mettre d’emblée dans la Beat attitude en laissant mes sens me guider dans les différentes pièces au gré des sons, enregistrements, photos, images, films, clips, revues, objets qui m’attiraient spontanément. La scénographie de l’expo semble de toute façon avoir été conçue ainsi, sans obligation aucune de suivre un chemin tout tracé. Voyageant entre New-York, San Fransisco, L.A, Tanger, le Maroc, le Mexique et Paris, je me suis ainsi nourrie de toutes sortes d’expérimentations artistiques, me délectant de cette multitude de projets individuels et collaboratifs où tous les arts s’entrechoquent, où la liberté de création est totale.

A l’issue de ces envoûtantes explorations au sein de la culture Beat, je ne cessai de revenir, comme l’ensemble des visiteurs, vers le fascinant tapuscrit de Sur La Route. 36 mètres de texte conçu, selon Kerouac, en état de transe, comme un morceau de jazz. Ecrit spontanément, sans aucune ponctuation. Exit les règles typo : l’imagination en 1951 était déjà au pouvoir. Ce rouleau calque est le cœur battant de cette rétrospective, symbole, pulsation, fil d’Ariane, porte-parole de la Beat Generation. En longeant cette hypnotique route de mots, un incroyable vent de liberté et de révolte souffla alors dans toute mon âme et eut tôt fait de me remplir d’espoir, d’énergie ainsi que d’une envie tenace d’en découdre avec les sectaires comme les fâcheux de tout bord.

Jack Kerouac - On the Road © John Sampas, Executor, The Estate of Jack Kerouac
Jack Kerouac – On the Road © John Sampas, Executor, The Estate of Jack Kerouac

En cette fin d’été dominée par la peur de l’autre et le repli sur soi, retrouvez les chemins de la liberté en plongeant dans la foisonnante, intrépide et insoumise culture Beat.

Beat Generation – Centre Pompidou – Jusqu’au 3 octobre 2016. Nocturne le jeudi jusqu’à 23h.

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