Au-delà des montagnes : cry me a river

Je ne compte plus le nombre de chansons qui m’ont fait chialer comme un veau mais jamais je n’aurais pensé un jour verser une larme sur « Go West » des Pet Shop Boys.  C’est pourtant ce qui m’est arrivée hier en allant voir « Au-delà des montagnes » superbe mélo sirkien du réalisateur chinois Jia Zhang-Ke.

Pour ceux qui n’ont pas connu la chute du mur de Berlin, qui n’ont pas chez eux tous les vinyles des Village People (auteurs du Go West version originale) et qui ne sont pas supporter du PSG, « Go West » des Pet Shop Boys, c’est ça :

Pas le genre de musique que l’on utilise en général pour faire pleurer dans les chaumières à coup de violons sirupeux.

Quand le cinéma te fait kiffer des musiques inavouables

Ce n’est pas la première fois que le cinéma me donne envie de pleurer sur des titres improbables. J’en veux ainsi encore à Xavier Dolan d’avoir perturbé mon système lacrymal avec « On ne change pas » de Céline Dion :

C’est quand même plus classe en effet d’avouer avoir essuyé quelques larmes sur « Speak low » de Kurt Weill, magnifique fil d’Ariane du dernier film de Christian Petzold, que de reconnaître avoir versé un torrent d’eau salée et de morve sur « L’envie » de Johnny Halliday, point d’acmé du film « A vendre » de Laetitia Masson.

Un diptyque pet-shop-boyesque entre rires et larmes

Mais voilà, désormais, c’est « Go West » qui me met la larme à l’œil, au souvenir de cette magnifique scène finale d’« Au-delà des montagnes » dont je ne peux rien dévoiler, sous peine de vous faire pleurer de rage et de dépit. Je peux cependant vous confier que cette scène si touchante constitue le pendant poétique, onirique et ultra-mélancolique de la scène d’ouverture du film, portée également par le tube des Pet Shop Boys, et qui m’a fait quant à elle pleurer de rire, à l’image du clip so kitchouille de Go West où les soviets escaladent joyeusement les marches de la gloire capitaliste (voir ci-dessus).

Au-delà des montagnes ©AD VITAM

Ce diptyque pet-shop-boyesque entre rires et larmes constitue à mon sens l’une des clés (il est pas mal question de clé ici) de ce film magistral, qui traite, via l’histoire assez banale d’un triangle (il est aussi pas mal question de géométrie) amoureux sur fond de lutte des classes, de la mutation accélérée d’un pays, la Chine, entre 1999 et 2025 (si, si, c’est un mélo tendance SF), qui, au tournant du 21è siècle, envoie promener taoïsme et maoïsme pour se précipiter la tête la première dans les vagues néocapitalistes.

Le fric… pas si chic

Cette mue radicale pousse les personnages au bord du précipice : dénués de repères, ne trouvant plus leur place dans cette société (que ce soit celle de 1999, de 2014 ou de 2025) dont ils ne comprennent ni le sens ni la finalité, les protagonistes du film ne comptent plus que sur un mince (ou plutôt une liasse) papier rectangulaire pour leur sauver la mise.  Le dollar devient ainsi la seule valeur à laquelle se raccrocher, le seul espoir de guérir d’un cancer provoqué par des décennies de négligence écologique, le seul moyen de rapatrier un corps tendrement aimé et qu’il faut enterrer. Il devient un prénom, il devient un symbole de réussite, il représente l’avenir en ouvrant les portes des meilleures écoles du pays. Et pourtant il brise chaque être, un à un, sur son passage.

Ce n’est qu’en 2025 qu’une partie de ces hommes et de ces femmes à la dérive va enfin mettre le paquet de fric KO… A coup de Pet Shop Boys. Quand j’y repense, ça me redonne envie de pleurer…de joie.

Au-delà des montagnes de Jia Zhang-Ke, avec Zhao Tao , Zhang Yi , Liang Jing Dong. En salle depuis le 23 décembre 2015. 

Pour découvrir la bande-annonce (mais je vous préviens, elle révèle beaucoup de belles séquences et une bonne partie de l’histoire…), c’est ici :

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