Amy d’Asif Kapadia

AMY du britannique Asif Kapadia sort sur les écrans français ce mercredi 8 juillet 2015. Documentaire étonnant sur une star à l’ère 2.0, ce film polémique évoque la vie d’Amy Winehouse en nous plongeant dans la descente aux enfers de la talentueuse chanteuse anglaise, et fait naître en nous des émotions contradictoires – de l’empathie au voyeurisme.

Une précocité stupéfiante

Les premières images du film sont sidérantes. Amy Winehouse capturée par une caméra amateure chante de manière détachée un happy birthday à la fête d’une amie. Elle n’a que 14 ans. Un moment anodin entre ados, intime mais sans conséquences. Et pourtant. On ne voit qu’elle, on n’entend qu’elle. Incroyablement diva avec la caméra, elle vole déjà la vedette à tous ceux qui l’entourent. Avec son physique unique et sa voix d’une maturité folle, Amy est repérée quelques années plus tard par un producteur quasiment aussi jeune qu’elle.

Une avalanche d’archives personnelles

Le choix du documentariste s’est porté uniquement sur un montage d’archives. Mais pas n’importe lesquelles. Outre les classiques émissions télé ou concerts filmés, Asif Kapadia a essentiellement pris comme matériau des séquences filmées au portable – celui d’ Amy elle-même ou celui de son entourage -, des enregistrements téléphoniques, et des photos ou vidéos de paparazzi. Il en découle des sentiments totalement contradictoires. Une vérité certes, mais un voyeurisme dérangeant qui devient ce qu’il veut dénoncer. Le fait de ne pas laisser apparaître les personnes interrogées (les voix sont off) s’avère cependant payant. Il évite ainsi deux écueils récurrents de l’exercice biographique filmé : le côté trop statique – interlocuteur chiant et immobile sur fond noir -, et l’hommage hagiographique plombant.

Deux films en un

Le film est presque constitué de deux parties. Une première période – formidable -, où le talent d’Amy explose et où l’on parle beaucoup de musique, de ses influences jazz – Sarah Vaughan, Dinah Washington, Tony Benett -, de son envie irrépressible de chanter… Une deuxième partie qui se concentre sur sa rapide descente en enfer. Et c’est presque curieusement un autre film, franchement discutable, tant l’utilisation des images glauques est surexploitée. Mais il est quelque part à l’image de la vie de la chanteuse qui connaît des épisodes de dépression sévère, et sombre chaque jour davantage dans la dépendance aux drogues dures et à l’alcool. Et à l’amour destructeur : « en un sens, l’amour me tue » dit-elle…

Une tristesse infinie…

AMYLe succès agit comme un miroir déformant sur Amy : plus elle est ce monstre de foire choucrouté que tout le monde désire, plus elle se shoote et picole. Elle chante comme un pantin Rehab ou Back to Black, et devient ce clown pathétique et défoncé incapable d’assurer ses concerts dont la presse et le public se délectent. Véritable curée qui n’est que le reflet de notre époque où tout est filmé et jeté en pâture sur le web. Amy ne s’en remettra jamais. Et ses derniers moments où elle se sent mieux – notamment pendant un duo émouvant avec son idole Tony Benett –, sont totalement bouleversants. Ironie macabre de la vie, c’est justement à cette période où elle est plus « clean »,  que son corps épuisé lâche définitivement en 2011, laissant derrière elle un immense sentiment de gâchis. Elle avait 27 ans.

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