Tous chez Mavrommatis !

Du 19 au 25 septembre dernier, s’est tenue la deuxième édition de Tous au Restaurant, une opération « découverte de la gastronomie » imaginée par Alain Ducasse Entreprise (et oui, Alain Ducasse est aussi une entreprise !). Nous avons eu envie de tester et de voir si le slogan « votre invité est notre invité » se vérifiait au Mavrommatis, un restaurant grec « gastronomique ». Oui, vous lisez bien, ça existe…

Alertés par nos indics de la casserole, nous avions eu fin septembre des échos positifs de ce raout culinaire destiné à promouvoir la gastronomie française, qu’il s’agisse d’un bistrot de quartier, d’un restaurant marocain, italien, ou d’un grand nom de la profession. Folie des grandeurs, nous avions misé sur un représentant de la haute gastronomie, étoilé ou non. Seulement voilà, la chasse aux bons plans était ouverte depuis le 7 septembre sur le site www.tousaurestaurant.com et nous étions déjà le 20 septembre.

Haro sur l’adresse prestigieuse ! Les Alain Ducasse – encore lui –, Hélène Darroze, Dutournier (Carré des Feuillants ou Pinxo) ont été pris d’assaut par des Parisiens avides de repas élitiste. À croire qu’en période de crise, les Français ont plus que jamais besoin de goûter à des plaisirs délicats. Étrangement, de superbes tables provinciales comme Patrick Jeffroy à Carantec étaient encore disponibles quelques jours avant la fin de l’opération. Mais nous reviendrons un autre jour sur ce digne représentant de la gastronomie bretonne…

Quelques clics plus tard, notre choix s’était arrêté sur le Mavrommatis, un grec comme son nom l’indique et chic de surcroît. Un message s’affiche, pas de réservation possible sur Internet, il faut donc appeler directement le restaurant. Une voix féminine répond et constate que le cahier de réservation est déjà bien plein mais finalement rendez-vous est pris pour le vendredi 23, à 20h45. C’est précis, trop précis et je crains le pire, de ces dîners à plusieurs services où montre en main, on vous demande de quitter la table pour faire place aux suivants.

Je me trompais comme la suite va le prouver. L’endroit est élégant, effectivement, juste à côté du métro Censier-Daubenton, il fait déjà nuit et l’on dîne en terrasse. Oui, nous avons réservé et, surprise, on nous laisse le choix de la table, à l’intérieur ou à l’extérieur. Service efficace, assuré par des messieurs en costume, dont l’accent évoque plus le Pirée que le Quartier latin. Mais attention, ici on ne rabat pas ! N’imaginez surtout pas de ces infâmes gargotes où vous regardent, sournoises, des brochettes en plastique ou pire, des feuilles de vignes préparées il y a dix jours. Le menu à 58 euros trône en bonne place sur la table et l’on explique aux clients qu’ils peuvent le sélectionner, « un menu = deux », traduisez « pour deux personnes, vous ne payez qu’un menu ».

La plupart des convives choisissent cette formule, à part quelques habitués, dont des Grecs. Bon signe ça… Emportés par l’excitation gourmande, nous commandons un apéritif, sorte de porto chypriote aux notes boisées-fruitées. À tomber… 8 euros chacun. Puis viennent les mézédès, c’est-à-dire l’entrée, régal de fraîcheur et de raffinement (boulettes d’agneau, poulpe mariné, etc.). Bien, bien, on se frotte les mains et commande dans la foulée une bouteille de résiné (un domaine Kechris), qu’importe si j’ai choisi un pavé de bar rôti aux blettes et Théophraste une trilogie d’agneau ; le sommelier le confirme « Chez nous en Grèce, le résiné va avec tout ! Et celui-là ne vous donnera pas l’impression de tremper les lèvres dans du jus de sapin ». Effectivement, l’arôme est subtil, et la résine se fait discrète. C’est rafraîchissant, presque floral, et pas donné…

Arrivent les plats. Belle présentation, on fait des efforts ici, on soigne les visuels ; c’est qu’on tient à afficher un certain standing. Théophraste grogne de satisfaction ; l’agneau est cuit à la perfection, l’association avec les légumes tombe pile juste. Quant à mon poisson, rien à dire, c’est savoureux, la sauce est fine et évoque aussi peu que possible les pièges à touristes mentionnés plus haut. Restera t-il de la place pour le dessert ? Alors que l’on vient remplir nos verres, le suspens grandit. Insoutenable.

C’est léger ! Un nid de cheveux d’ange dorés – ou kadaïf – accueille une purée de fenouil confit légèrement sucrée, presque acidulée, comme les framboises délicatement posées dessus… Il est tard, presque 23h ; nous avons pris notre temps, discuté des mérites respectifs de la feuille de vigne et de la glace à l’huile d’olive qui accompagnait le dessert. L’addition arrive, dans les 120 euros ! Salé mais ça valait le coup… Car le voilà, le piège de « Tous au Restaurant » : tomber sur une bonne adresse et se laisser emporter, juste pour passer un bon moment, et faire exploser le budget.

Petite précision, chez Mavrommatis, on vous propose en général un menu « Tradition » tout ce qu’il y a de plus honorable ressemblant presque trait pour trait à celui de l’opération et ce pour… 35 euros ! Conclusion, l’économie réalisée est d’à peine 12 euros pour deux. Le bénéfice financier est mince, la plus-value est ailleurs ; plaisir de découvrir un excellent restaurant qui prouve que la gastronomie grecque n’a rien à envier à ses voisines méditerranéennes. Efkharisto Mavrommatis !

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