Jamie Oliver, chef So British

Pour Jamie Oliver, chef aussi sympathique que médiatique, il est mille et une façons de convertir le profane à la cuisine anglaise. Il nous le prouve dans un livre sobrement intitulé So British.

Du haut de notre tour d’ivoire gastronomique française, on a souvent tendance à mépriser la cuisine anglo-saxonne, ou plutôt la « non-cuisine » anglo-saxonne. Qui, lors d’un voyage de classe en Angleterre, n’a pas reçu le mythique lunch bag « soda / sandwich au corned-beef / barre chocolatée » ? D’ailleurs, Jamie Oliver n’est pas dupe : « Bien que l’Angleterre puisse se targuer d’une longue et savoureuse tradition culinaire, celle-ci avait été anéantie par la révolution industrielle, par deux guerres mondiales auxquelles succédèrent plusieurs années de restriction, puis par l’essor de la mécanisation de la production alimentaire. »

Cependant, depuis une quinzaine d’années, le goût du produit et l’attrait pour les traditions et l’innovation culinaires ne font que croître outre-Manche. Emblématique de ce mouvement, Jamie Oliver bataille pour revaloriser les petits producteurs et le « fait maison ». Dans un style « bobio » bien à lui, il remet à l’honneur la simplicité, avec une certaine touche de fantaisie qui a fait son succès. En 2004, il lance une campagne afin d’alerter l’opinion et les pouvoirs publics sur la qualité déplorable de l’alimentation servie dans les cantines scolaires britanniques. Depuis, il multiplie les shows télé, les livres et il a même créé sa fondation. Pour engager les Anglais sur la voie des plaisirs gourmets, il a ouvert des « ministry of food», lieux d’échange et de rencontre subventionnés par l’État ou les collectivités locales, où les intervenants sensibilisent des groupes (écoliers, populations défavorisées…) à la « good food ». Évidemment, tout un chacun peut également venir y prendre un cours de cuisine…

http://www.youtube.com/watch?v=lciMaYPGwhw

Dans So British, même combat. Jamie a connu ses premiers émois culinaires dans le pub-restaurant de ses parents, dans l’Essex, et nous fait donc partager son amour de bons petits plats intemporels. Plus encore, il nous prouve qu’on peut réaliser des mets vraiment savoureux à la maison, sans pour cela être un fin cordon-bleu. Au fil des pages, ce sont de divines recettes, mais aussi de petits instantanés festifs d’un Royaume-Uni bigarré et multiculturel, lequel s’est enrichi de mille sources d’inspiration culinaires à travers les siècles. Entre un petit déjeuner de minuit (ultra-riche !), un cake au thé Earl Grey, des moules des Highlands ou un pudding d’été au sureau, Jamie nous présente ses coups de cœur : là un éleveur de porcs et un restaurant jamaïcain, ici une ferme cidricole et des jardins ouvriers… Car il s’agit aussi de cultiver son jardin, au sens propre comme au figuré. Les photos sont belles, chatoyantes ; les recettes sont réalisées dans un réel souci de pédagogie. En fait, deux mots me viennent à l’esprit pour qualifier ce livre attachant : plaisir et convivialité ! L’âme de la gastronomie, en quelque sorte.

Jamie Oliver, So British, Hachette Pratique, 2012, 29,90 euros

www.jamieoliver.fr

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